Guerre au Moyen-Orient : pourquoi la France ne revivra pas le cauchemar énergétique de 2022 selon l'Insee

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

En Iran, la guerre ravive la peur d’un nouveau choc énergétique alors que le baril dépasse les 100 dollars. Mais l’Insee affirme que l’économie française encaisse mieux qu’en 2022, grâce à plusieurs amortisseurs encore fragiles.

Guerre au Moyen-Orient : pourquoi la France ne revivra pas le cauchemar énergétique de 2022 selon l’Insee

Les tensions au Moyen-Orient ont ravivé le spectre des grands chocs pétroliers. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février, le prix du baril de Brent a dépassé les 100 dollars, soit un peu plus de 93 € : de quoi inquiéter les ménages à la pompe et les entreprises gourdes en énergie. L’idée d’un nouvel épisode aussi brutal que celui de 2022 a rapidement circulé.

Une nouvelle note de conjoncture de l’Insee vient toutefois nuancer ce scénario. En comparant le choc énergétique actuel à ceux de 1973, 1979 et du choc pétrolier de 2022, l’institut estime que « Ce choc, s’il demeure de cette dimension, apparaît de moindre importance que les crises pétrolières des années 1970, mais également que le choc de 2022 », écrivent Gaston Vermersch et Sarah Zaidan dans une note de conjoncture citée par La Tribune. Reste à comprendre ce qui fait, concrètement, la différence avec 2022.

Guerre au Moyen-Orient : un choc énergétique moins fort que le choc de 2022

La flambée a été réelle. Le déclenchement de la guerre en Iran a propulsé le Brent au-delà de 100 dollars (un peu plus de 93 €) avant qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran ne vienne calmer le marché. Avant même la signature du protocole d’accord en Suisse, le baril de Brent était repassé sous les 80 dollars, soit environ 74 € : « À moyen terme, le prix du baril de brut pourrait rester plus élevé que fin 2025 (où il s’établissait autour de 60 $) même en cas de levée du blocage si les capacités d’extraction et de raffinage dans la région restaient durablement affectées », précisent encore Gaston Vermersch et Sarah Zaidan dans cette note de l’Insee. Le baril s’établissait justement autour de 60 dollars (près de 56 €) fin 2025, et « le baril a flambé de plus de 60 % par rapport à son niveau de la fin 2025 ».

Sur les marchés, la détente se confirme : le 16 juin, le Brent cédait encore du terrain à 81,53 dollars (environ 76 €) et le WTI américain à 78,97 dollars (près de 73 €), alors que le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole, se dirige vers un retour à la normale. L’Insee rappelle par ailleurs que les envolées actuelles restent en deçà des années 1970, quand le baril avait triplé après la guerre du Kippour en 1973 puis la révolution iranienne en 1979, et moins marquées qu’en 2022, où les prix avaient doublé avec la reprise post-Covid et la guerre en Ukraine. L’Institut national de la statistique souligne aussi que le pic historique n’a pas été atteint pendant ces crises, mais en juin 2008, juste avant la crise des subprimes, quand le baril dépassait les 130 dollars, soit plus de 121 €.

Euro, gaz et nucléaire : pourquoi l’impact est moins lourd pour l’économie française

Derrière ce choc pétrolier jugé plus limité se cachent plusieurs amortisseurs. Le premier tient au taux de change euro-dollar. L’Insee, cité par Sud Ouest, rappelle que c’est en 2022, quand l’euro très déprécié était à parité avec le dollar, que la facture a été la plus lourde pour les pays de la zone euro. Aujourd’hui, un euro plus ferme allège le coût du baril en euros, même si le prix en dollars a grimpé. Cette perception se retrouve sur les marchés financiers : « Le marché achète la fin du choc pétrolier, mais pas encore la fin complète du choc inflationniste », résume Florian Ielpo de la banque privée Lombard Odier, cité par Capital. « L’accord sur la guerre en Iran a favorisé un regain d’appétit pour le risque global », soulignent aussi les analystes et stratégistes de Natixis, cités par le même média, même si la question des prix reste sensible pour les ménages.

Autre différence majeure avec 2022 : le choc actuel se concentre sur le pétrole, alors qu’il touchait aussi le gaz et l’électricité il y a deux ans. L’Insee rappelle que l’explosion des prix de 2022 s’expliquait par des « craintes de ruptures d’approvisionnement en gaz après l’embargo contre la Russie », et « d’une indisponibilité d’une large fraction du parc nucléaire français ». Aujourd’hui, ces deux facteurs sont moins présents, tandis que la dépendance de la France aux produits pétroliers recule progressivement grâce au nucléaire et aux gains d’efficacité énergétique de l’industrie. Dans sa note, l’institut estime même que « le choc actuel pourrait même contribuer à amplifier la tendance récente à l’électrification du parc de véhicules en France, ce qui réduirait encore davantage la dépendance de l’Hexagone aux produits pétroliers ». Pour autant, le pouvoir d’achat lié aux carburants reste historiquement bas et certains ménages, en particulier les gros rouleurs ou ceux vivant loin des centres urbains, ressentent encore fortement ce choc, ce qui nourrit des interogations sur la durée de cette accalmie relative.

En bref

  • Depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février 2026, le baril de Brent a dépassé les 100 dollars, poussant l’Insee à comparer ce choc énergétique à ceux de 1973, 1979 et 2022.
  • Selon la note de conjoncture, l’impact actuel sur l’inflation française serait environ deux fois moindre qu’en 2022 grâce à un euro plus fort, à un choc centré sur le pétrole et à un parc nucléaire plus disponible.
  • Reste que la facture pèse encore sur certains ménages dépendants de la voiture, tandis que l’évolution du détroit d’Ormuz et du prix du baril conditionnera la suite du choc énergétique.
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