Crypto : la fin des transferts gratuits entre vos wallets ? Cette micro-taxe qui se prépare en Europe

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

En 2027, l’Illinois appliquera 0,2 % sur chaque transfert crypto via plateforme, une première mondiale scrutée à Bruxelles. L’UE teste une taxe à 0,1 % : jusqu’où ce modèle peut-il influer sur la fiscalité des investisseurs français ?

Crypto : la fin des transferts gratuits entre vos wallets ? Cette micro-taxe qui se prépare en Europe

Taxer non plus seulement les gains, mais chaque déplacement de crypto-actifs : cette idée quitte doucement les tribunes d’experts pour entrer dans les textes budgétaires. L’Illinois vient d’inscrire une taxe sur les transferts crypto de 0,2 % à compter de 2027, pendant qu’à Bruxelles un document interne évoque un prélèvement de 0,1 % sur les transactions dans toute l’Union européenne.

Pour l’instant, un investisseur français ne paie l’impôt qu’au moment où il vend ses cryptos contre des euros ou les utilise pour régler un achat, pas lorsqu’il se contente de les déplacer entre ses propres wallets. Entre des finances publiques sous tension, l’arrivée de MiCA et de la directive DAC8, la frontière pourrait pourtant bouger beaucoup plus vite qu’on ne le pense.

Illinois teste une taxe sur les transferts crypto à 0,2 %

Le budget 2027 de l’Illinois intègre le Digital Asset Tax Act (SB3019), qui met en place une taxe de 0,2 % sur toute activité économique liée aux actifs numériques via un intermédiaire. Concrètement, le prélèvement porte sur le mouvement lui-même, pas sur une éventuelle plus-value. Un utilisateur qui transfère 1 000 dollars de Bitcoin, soit environ 930 € au taux actuel, entre son compte de trading et un coffre-fort sur la même plateforme paiera 2 dollars de taxe sur ce simple déplacement. S’il retire ensuite ces fonds vers un wallet externe, 2 dollars supplémentaires seront à nouveau prélevés.

Cette logique tranche avec la fiscalité traditionnelle des crypto-actifs, centrée sur les gains réalisés ou la valeur détenue. En Europe, plusieurs pays élargissent déjà leur base imposable, mais avec une autre approche. Depuis le 1er janvier 2026, l’Italie applique un taux de 33 % sur les plus-values crypto et une taxe annuelle de 0,2 % sur la valeur totale des actifs, qu’ils soient gardés sur une plateforme ou en self-custody. Aux Pays-Bas, la réforme de la Box 3 prévoit d’intégrer les variations annuelles de valeur des cryptomonnaies dans le rendement imposable à partir de 2028, tandis qu’en Allemagne une proposition vise à supprimer l’exonération des gains après un an de détention. En France, la flat tax sur les plus-values, cryptos incluses, est passée de 30 à 31,4 % au 1er janvier 2026. Reste que ces dispositifs ciblent le gain ou le stock d’actifs, quand l’Illinois choisit de taxer directement le flux.

Vers une taxe européenne sur les transferts crypto ?

Un document interne de la Commission européenne, daté du 30 mai 2026, étudie la mise en place d’une taxe sur les transactions crypto de 0,1 % dans les vingt-sept États membres pour financer le budget de l’Union. Le prélèvement viserait, comme dans l’Illinois, la transaction elle-même. Bruxelles estime que ce mécanisme pourrait générer jusqu’à 4 milliards d’euros par an, tout en qualifiant ces projections de très incertaines face à la volatilité du marché. Une telle ressource propre exigerait l’unanimité des États, mais le terrain technique est déjà prêt : depuis le 1er janvier 2026, la directive DAC8 impose aux prestataires européens de relever l’historique des transactions de leurs clients et de le transmettre aux administrations fiscales, en application du standard CARF de l’OCDE. En parallèle, le règlement MiCA encadre le marché, avec une période transitoire pour les prestataires de services sur crypto-actifs qui s’achève le 1er juillet 2026.

Juridiction Type de taxe Taux / base Date / statut
Illinois (Digital Asset Tax Act, SB3019) Prélèvement sur chaque mouvement via prestataire 0,2 % appliqué à la valeur transférée En vigueur à partir du 1er janvier 2027
Union européenne (projet Commission européenne) Taxe sur les transactions crypto dans les 27 0,1 % visé sur chaque transaction Piste budgétaire, nécessite accord des États
France (particuliers, régime actuel) Impôt sur plus-values lors des cessions Flat tax 31,4 % sur gain réalisé Taux relevé au 1er janvier 2026

Pour un investisseur français, le contraste est net. Aujourd’hui, les règles détaillées par l’administration et rappelées par les acteurs bancaires indiquent que la plupart des gains crypto sont imposés lorsque l’on vend des actifs contre des euros ou que l’on paie un bien ou un service avec ses coins. Acheter des cryptomonnaies avec des euros, les conserver, les transférer entre ses propres portefeuilles ou les échanger contre d’autres cryptos, y compris des stablecoins ou des NFT, n’entraîne pas d’impôt tant que le montant total annuel des ventes reste inférieur à 305 €. Au moment de declarer ses revenus, le contribuable renseigne ses plus-values sur les formulaires dédiés, dans le cadre du prélèvement forfaitaire unique.

Un schéma inspiré de l’Illinois, combiné aux nouveaux rails de données de DAC8 et à la supervision de MiCA, modifierait profondément ce paysage. Les plateformes centralisées, déjà transformées en terminaux de reporting fiscal par la collecte systématique des historiques de transactions, deviendraient aussi des collecteurs de micro-prélèvements sur chaque mouvement d’actifs. Déplacer des fonds d’un exchange vers un wallet personnel, puis les renvoyer pour les vendre, pourrait alors générer plusieurs couches de taxe sur le simple fait de bouger ses crypto-actifs, indépendamment du résultat final en plus-value ou en perte.

En bref

  • En 2027, l’Illinois instaurera une taxe de 0,2 % sur chaque transfert crypto, tandis qu’à Bruxelles une taxe européenne de 0,1 % sur les transactions est étudiée.
  • Cette nouvelle fiscalité taxe le mouvement des actifs plutôt que les plus-values, en s’appuyant sur les plateformes centralisées encadrées par MiCA et la collecte de données prévue par DAC8.
  • Pour un investisseur français, habitué à être imposé via la flat tax de 31,4 % seulement lors des cessions, l’arrivée d’une micro-taxe sur chaque transfert pourrait bouleverser les stratégies et renchérir les allers-retours.
À propos de l'auteur
La rédaction Bourse Inside

La rédaction Bourse Inside est un collectif de journalistes financiers, d’analystes de marché et d'experts en gestion de patrimoine. Notre mission : décrypter l'actualité macroéconomique, les marchés financiers, l'immobilier et la fiscalité pour en extraire des analyses claires, objectives et actionnables. Engagée pour la transparence et l'indépendance éditoriale, l'équipe applique une charte déontologique stricte afin de fournir à nos lecteurs une information vérifiée, sourcée et à forte valeur ajoutée.

Ses derniers articles