Investisseurs crypto : la nouvelle menace n'est pas le piratage mais ce trafic de voitures volées à 2 millions d'euros
En Loire-Atlantique, un réseau de voitures volées à 2 millions d’euros alimente en coulisses des enlèvements liés aux cryptomonnaies. Pilotée depuis une cellule parisienne, cette logistique trouble les enquêteurs, qui s’interrogent encore sur son véritable périmètre.

En France, les détenteurs de cryptomonnaies découvrent que la menace ne vient pas seulement de leurs portefeuilles numériques. Derrière les enlèvements liés aux cryptomonnaies qui se multiplient, les enquêteurs mettent au jour une logistique très matérielle, où la pièce centrale n’est pas un ordinateur mais une simple voiture.
Depuis 2025, une information judiciaire ouverte en Loire-Atlantique sur une vague de vols de véhicules a conduit la Section de recherches de la gendarmerie de Nantes à identifier un réseau structuré : 18 personnes mises en cause, 16 interpellées au fil de trois opérations, et une soixantaine de vols imputés pour un préjudice estimé à environ 2 millions d’euros. Au cœur du dispositif, un commanditaire de 25 ans qui pilotait tout depuis sa cellule à Paris.
Un trafic de voitures volées structuré depuis la prison pour servir le crime organisé
L’enquête des gendarmes de Nantes montre comment ce trafic de voitures volées s’est mis en place à la faveur d’une forte hausse des vols au domicile, via la technique du home-jacking. Les équipes ciblaient des maisons la nuit, fracturaient les portes d’entrée ou arrachaient les barillets pour s’emparer des clés, avant de disparaître avec les véhicules. Selon l’instruction, le commanditaire, détenu à la prison de la Santé à Paris, coordonnait ces opérations depuis sa cellule, recrutant de jeunes exécutants, parfois mineurs, via des messageries chiffrées et des réseaux sociaux, puis en les formant aux aspects techniques.
| Indicateur | Valeur | Détail | Période / date | Source |
|---|---|---|---|---|
| Personnes identifiées | 18 | Mises en cause dans le réseau | 2025-2026 | Enquête gendarmerie de Nantes |
| Personnes interpellées | 16 | Exécutants présumés arrêtés | Août 2025 – juin 2026 | Gendarmerie de Nantes |
| Vols de véhicules | ≈ 60 | Faits imputés au groupement | Depuis 2025 | Gendarmerie de Nantes |
| Préjudice total | 2 000 000 € | Valeur estimée des véhicules | 2025-2026 | Instruction judiciaire |
| Opérations coordonnées | 3 | Vagues principales d’arrestations | 2025-2026 | Gendarmerie de Nantes |
| Extraction du chef | 16 juin 2026 | Mise en examen à Nantes | 16 juin 2026 | Instruction judiciaire |
Une fois les véhicules dérobés, le réseau modifiait les immatriculations pour maquiller leur origine, puis les intégrait immédiatement à des circuits clandestins. Les voleurs ne cherchaient pas à revendre des pièces détachées, mais se positionnaient comme un véritable prestataire logistique au service du grand banditisme : les voitures étaient fournies sur demande pour des braquages, des fusillades ou des agressions visant des détenteurs de cryptomonnaies, avec la promesse d’un moyen de transport rapide et difficilement traçable.
Des voitures volées utilisées dans les enlèvements crypto et des violences jusqu’en Belgique
Selon l’enquête, ces véhicules volés ont servi de support à des actions criminelles violentes en France et dans les pays frontaliers. Les enquêteurs ont par exemple retracé le parcours d’une automobile dérobée en Loire-Atlantique, convoyée vers le nord de la France puis identifiée lors d’une fusillade survenue en Belgique en janvier 2026. D’autres voitures retrouvées dans le cadre du dossier ont été liées à des affaires récentes de séquestration et d’enlèvements visant des investisseurs ou des spécialistes des cryptomonnaies, ce qui confirme la connexion directe avec ces extorsions qualifiées de wrench attacks dans le monde anglo-saxon.
Ces attaques physiques destinées à forcer l’accès à des portefeuilles numériques se multiplient en France : selon un recensement d’experts en sécurité publié début 2026, plus de 30 enlèvements et agressions liés aux cryptomonnaies ont été documentés depuis 2017, dont plus de 20 pour la seule année 2025 et déja une dizaine en 2026. Les auteurs misent sur l’apparente discrétion des crypto-actifs, alors que, comme le rappelle Sébastien Martin, président de la Ligue pour la sécurité du Web3, « Ils veulent récupérer de la crypto. Malheureusement, c’est une fausse bonne idée : tout est traçable », cité par Fibo Crypto.
En bref
- Depuis 2025, la Section de recherches de la gendarmerie de Nantes démantèle en Loire-Atlantique un réseau de vols de voitures évalué à 2 millions d’euros.
- Ce trafic, dirigé par un jeune commanditaire détenu à la prison de la Santé, fournissait des véhicules maquillés pour braquages, fusillades et enlèvements crypto qualifiés de wrench attacks.
- Au-delà des chiffres et des interpellations, cette affaire révèle la dimension très physique du crime organisé autour des cryptomonnaies et laisse ouvertes de nombreuses zones d’ombre.






