Succession : le fisc leur réclamait 350 000€, ce détail sur la renonciation qui a tout changé devant la justice

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Après la mort de leur grand-mère, trois petits-enfants se voient réclamer plus de 350 000 € de droits de succession. Face à ce redressement lié aux dons faits à leur mère, la Cour de cassation réinterprète la portée de la renonciation.

Succession : le fisc leur réclamait 350 000€, ce détail sur la renonciation qui a tout changé devant la justice

Se voir réclamer plus de 350 000 euros de droits de succession alors qu’on n’a, en apparence, rien reçu de plus que sa part d’héritage : c’est la situation à laquelle ont été confrontés trois petits-enfants après le décès de leur grand-mère, dont la succession avoisinait 2,9 millions d’euros. À la suite d’un contrôle, l’administration fiscale a estimé que les donations accordées auparavant à leur mère devaient être prises en compte dans le calcul, ce qui faisait basculer l’imposition dans une tranche à 40 % et entraînait un redressement de 354 556 euros.

Les principaux interessés ont contesté cette lecture devant les juges, estimant qu’on leur appliquait des règles fiscales attachées à des sommes qu’ils n’avaient jamais perçues. Après une première victoire de l’administration devant la cour d’appel de Paris, la chambre commerciale de la Cour de cassation a finalement annulé cette décision, dans un arrêt rendu le 8 juillet 2026. Au coeur du dossier : la manière dont s’articulent la renonciation à la succession, la représentation par les petits-enfants et l’article 784 du Code général des impôts. Une articulation qui a fait toute la différence.

Une renonciation à la succession et un redressement de plus de 350 000 euros

La défunte laisse deux enfants et une succession évaluée à environ 2,9 millions d’euros après son décès, le 25 septembre 2016. Sa fille, qui aurait dû recueillir une part de 1 455 095 euros, choisit le 21 février 2017 de renoncer à la succession au profit de ses trois enfants. En droit civil, ces derniers viennent alors par représentation à la place de leur mère et chacun se voit attribuer une part d’environ 485 031 euros.

Lors du contrôle, l’administration fiscale relève que la fille avait reçu, dans les quinze années précédant le décès, des donations cumulées de 1 065 738 euros. En appliquant l’article 784 du Code général des impôts, qui prévoit le rappel des donations consenties moins de quinze ans avant une succession pour liquider les droits de mutation à titre gratuit, le fisc estime que ces donations ont déjà consommé l’abattement en ligne directe de 100 000 euros et les premières tranches du barème de l’article 777. Les trois petits-enfants se retrouvent alors taxés sur leur part d’héritage directement au taux de 40 %, ce qui aboutit au redressement fiscal de 354 556 euros, et l’ensemble de cette chronologie se lit en quelques dates clés.

Date Événement Conséquence fiscale ou procédurale
25/09/2016 Décès de la grand-mère Ouverture de la succession (~2,9 M€)
21/02/2017 Renonciation de la fille Les 3 petits-enfants la représentent
06/01/2025 Arrêt de la cour d’appel de Paris Validation du redressement fiscal
08/07/2026 Arrêt de la Cour de cassation Cassation et renvoi de l’affaire

Ce que décide la Cour de cassation sur les droits de succession

Devant la Cour de cassation, le débat se déplace sur le terrain des textes. La haute juridiction rappelle d’abord qu’en vertu de l’article 805 du Code civil, l’héritier qui renonce est réputé n’avoir jamais été héritier. Les trois petits-enfants ne sont donc pas les continuateurs fiscaux de leur mère, mais des héritiers directs de leur grand-mère pour le calcul des droits de succession. Ils « doivent être imposés personnellement d’après leur lien de parenté » avec la défunte, « sans que puissent leur être opposées les donations antérieures consenties à leur auteur renonçant », tranche la Cour de cassation dans son arrêt du 8 juillet 2026.

Les juges s’attachent ensuite à la lettre de l’article 784 du Code général des impôts, qui organise le rappel des donations antérieures au nom des donataires, héritiers ou légataires pour appliquer le barème progressif de l’article 777. L’arrêt souligne que ce texte « ne comporte aucune disposition relative aux représentants » : en clair, les donations reçues par la mère renonçante ne peuvent pas être imputées à ses enfants pour les faire entrer artificiellement dans la tranche de 40 %. Les trois petits-enfants doivent être imposés uniquement en fonction de leur propre situation et des éventuelles libéralités qu’ils ont eux-mêmes reçues, ce qui prive de fondement le redressement de 354 556 euros et oblige l’administration à revoir son calcul. Un simple tableau permet de mesurer l’écart entre les deux lectures.

Point en jeu Position du fisc Position Cour de cassation Texte invoqué Impact pour les héritiers
Personne à imposer Petits-enfants assimilés à leur mère Petits-enfants imposés en propre Article 805 Code civil Lien direct avec la grand-mère retenu
Donations à la mère Rappelées sur la part des enfants Non opposables aux représentants Article 784 CGI Pas de cumul fiscal sur les enfants
Champ de l’article 784 Élargi aux représentants Limité aux personnes visées Donataires, héritiers, légataires Empêche d’appliquer 40 % par ricochet
Taux du barème Application directe du taux 40 % Barème recalculé pour chaque enfant Article 777 CGI Redressement de 354 556 € remis en cause

En bref

  • En 2016, après le décès d’une grand-mère laissant près de 2,9 M€, sa fille renonce à la succession au profit de ses trois enfants, qui deviennent héritiers par représentation.
  • Lors d’un contrôle, la DGFiP applique l’article 784 CGI en rappelant plus de 1 M€ de donations versées à la mère et taxe les petits-enfants à 40 %, avant d’être désavouée par la Cour de cassation.
  • Cet arrêt du 8 juillet 2026 précise jusqu’où le fisc peut aller en cas de renonciation et éclaire les familles sur les limites de la réintégration fiscale des donations.
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