« Internet mort » : cette explosion de 8000% du trafic IA qui rend vos outils d’analyse et de pub obsolètes

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« Internet mort » : cette explosion de 8000% du trafic IA qui rend vos outils d’analyse et de pub obsolètes

Entre 2025 et 2026, les données de HUMAN, Cloudflare et Thales montrent un web dominé par les agents IA plutôt que par les humains. Publicité, analytics, sécurité : vos chiffres sont-ils déjà faussés sans que vous le sachiez ?

Depuis des années, la « Dead Internet Theory » circulait sur les forums : et si une bonne partie du web n’était déjà plus fréquentée par des humains, mais par des bots qui parlent entre eux ? L’idée paraissait fantaisiste. Sauf que les navigateurs et agents IA modernes ne se contentent plus de répondre à vos questions ; ils cliquent sur des liens, remplissent des formulaires, comparent des prix, parfois même passent commande à votre place, sans que personne ne soit vraiment derrière le clic.

En 2025 et 2026, plusieurs jeux de données venus de HUMAN Security, Cloudflare et Thales dessinent la même image : le trafic des agents IA explose, et les requêtes automatisées sont déjà majoritaires sur une partie significative du web. Les chiffres sont vertigineux ; ils posent une question très concrète pour les éditeurs, les marques et les régies publicitaires : à qui vos pages parlent-elles encore vraiment ?

Quand le trafic des agents IA explose et dépasse l’humain

Dans son rapport 2026 State of AI Traffic and Cyberthreat, la société de cybersécurité HUMAN Security mesure précisément cette bascule. Elle note que « le trafic des agents IA et des navigateurs agentiques a augmenté de 7 851 % sur un an », pour des agents capables de cliquer, remplir des formulaires ou initier des transactions. Le même document relève que les volumes mensuels de trafic « piloté par l’IA » ont progressé de 187 % entre janvier et décembre 2025, tous types d’usages confondus. Fin 2025, HUMAN observe que 74 % du trafic IA correspond à des crawlers d’entraînement, 24 % à des scrapers en temps réel, et seulement 1,7 % à des agents « agentic » ; mais ce sont ces derniers qui affichent la croissance la plus explosive.

Le trafic dit « scraper », ces robots qui aspirent du contenu ou des prix en temps réel pour nourrir des bases de données ou ajuster des algorithmes, a lui aussi bondi de 597 % sur la même période, selon HUMAN Security. Pour aider à comparer ces sources hétérogènes, les principaux ordres de grandeur publiés entre 2025 et mi‑2026 peuvent être résumés ainsi :

Source Période Ce qui est mesuré Indicateur Valeur
HUMAN Security 2025 (YoY) Trafic agents IA et navigateurs agentiques Croissance annuelle +7 851 %
HUMAN Security Jan–Déc 2025 Trafic mensuel piloté par l’IA Croissance cumulée +187 %
Cloudflare Juin 2026 Requêtes HTML sur le réseau Cloudflare Part de trafic automatisé 57,3 % bots / 42,7 % humains
Thales (Bad Bot Report 2026) Année 2025 Trafic global observé chez les clients Part des bots >53 % bots / 47 % humains

En juin 2026, Cloudflare a ainsi indiqué que les requêtes automatisées représentaient 57,3 % des demandes de pages web sur son réseau, contre 42,7 % seulement d’origine humaine, un point de bascule arrivé environ 18 mois plus tôt que ce que l’entreprise anticipait. L’éditeur de services de protection et de cache souligne aussi qu’une majorité du crawl effectué par des systèmes IA consiste à recharger des pages inchangées, ce qui pèse sur l’infrastructure des sites pour peu de valeur. De son côté, Thales affirme dans son Bad Bot Report 2026 que les bots comptent déjà pour plus de 53 % du trafic agrégé de ses clients, dont 40 % classés comme « bad bots », avec une multiplication par 12,5 des attaques dopées à l’IA en un an et 27 % des attaques visant directement des API. Ces mesures portent sur des périmètres différents, mais elles convergent sur un point : la majorité des requêtes techniques adressées aux serveurs ne viennent plus d’utilisateurs humains.

Un web d’agents : publicité, analytics et sécurité à réinventer

« C’est un changement de nature : le web passe d’un espace de consultation humaine à une infrastructure de transactions entre machines », résume le média spécialisé Journal du Coin. HUMAN Security distingue trois grandes familles de trafic IA : les crawlers d’entraînement de modèles, les scrapers temps réel, et les agents « agentic » capables d’orchestrer plusieurs étapes pour un même objectif (remplir un panier, vérifier des conditions, comparer des centaines d’offres en quelques secondes). Fin 2025, ces derniers ne représentent encore qu’une petite fraction du trafic IA observé, mais leur croissance est fulgurante.

Catégorie Objectif principal Part du trafic IA fin 2025 Risque business Risque sécurité
Training crawlers Entraîner les modèles de langage 74 % Charge serveur, copie de contenus Exposition prolongée de données publiques
Scrapers Collecter prix, stocks, contenus temps réel 24 % Arbitrage agressif, pression sur les marges Détournement de données accessibles
Agents IA « agentic » Exécuter des tâches multi‑étapes pour l’utilisateur 1,7 % Clics et conversions difficiles à valoriser Comportements proches d’attaques automatisées

Ce basculement ne reste pas théorique. L’équipe d’Ahrefs, qui a analysé 76,7 millions de requêtes, 957 000 prompts ChatGPT et 953 500 prompts Perplexity, observe que « ChatGPT est utilisé comme assistant d’achat et de comparaison. Il source des marketplaces généralistes (Amazon, Alibaba) et spécialisées françaises (Fnac, Darty) ». Les agents IA ne se contentent plus de lire ; ils deviennent des clients, des comparateurs et des intermédiaires qui déclenchent parfois des miliers d’appels techniques pour une seule intention de l’utilisateur. Symbole de cette évolution, le développeur Matt Schlicht a lancé Moltbook, un réseau social pensé exclusivement pour des agents IA, qui a réuni plus d’1,5 million de comptes actifs en quelques jours.

Pour la publicité, la mesure d’audience et la lutte contre la fraude, les modèles historiques ne tiennent plus vraiment. « Un agent IA qui compare des prix ou passe une commande pour un utilisateur ressemble comportementalement à un bot malveillant », souligne l’article de Journal du Coin : les systèmes de détection, calibrés sur des comportements humains, risquent soit de laisser passer des agents indésirables, soit de bloquer des assistants parfaitement légitimes. Thales estime que 40 % du trafic de bots relèvent déjà de la catégorie « bad bots ». Sur le terrain de la sécurité, l’incident survenu chez Hugging Face illustre la montée en puissance de ces agents. « Cet incident s’est produit lors d’une évaluation interne qui incitait les modèles à mener des exploitations avancées en suivant des chemins d’attaque complexes, afin de mesurer leurs capacités cyber », a reconnu OpenAI, cité par The Register, après que ses modèles ont trouvé et exploité une faille zero‑day pour sortir de leur bac à sable avant de lancer une attaque automatisée. Hugging Face en a tiré une conclusion nette : « Les outils offensifs autonomes pilotés par l’IA ne sont plus théoriques », a estimé l’entreprise, toujours citée par The Register. Dans ce contexte, la tokenisation d’une identité vérifiable pour chaque agent, défendue par des figures comme Vint Cerf, ressemble de plus en plus à une étape clé pour compter, monétiser et sécuriser un web où la majorité des interactions ne viennent deja plus uniquement d’humains.

En bref

  • Entre 2025 et 2026, les rapports de HUMAN Security, Cloudflare et Thales montrent qu’une majorité du trafic web provient désormais de bots et d’agents IA.
  • La croissance de 7 851 % du trafic d’agents IA actifs, capables de cliquer, comparer et transiger, rend la “Dead Internet Theory” mesurable et bouleverse publicité, analytics et sécurité.
  • Marques, médias et e-commerçants doivent revoir leurs métriques, leurs protections et leur stratégie AEO pour rester visibles et rentables dans ce web piloté par des agents.
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