Bitcoin : il croyait ses 61 BTC perdus depuis 12 ans, voici la nuance qui lui a permis de récupérer 4 millions d'euros

En 2011, un Britannique pensait avoir enterré pour toujours 61 BTC coincés sur l’exchange Intersango, disparu dans le chaos des débuts de Bitcoin. Douze ans plus tard, une procédure express les lui rend et bouscule une certitude sur les bitcoins soi-disant perdus.
En 2011, un Britannique ordinaire met 1 500 livres sur un exchange encore balbutiant, convaincu par un ami que le bitcoin est la prochaine grande chose. Quelques années plus tard, la plateforme ferme, disparaît des radars, et avec elle 61 BTC qui valaient déjà plusieurs milliers de livres. Chris, comme beaucoup d’utilisateurs d’exchanges de l’époque, considère alors que son argent est parti en fumée, coincé dans les limbes d’un site baptisé Intersango.
Douze ans plus tard, ces mêmes bitcoins ont pourtant été restitués à leur propriétaire, au terme d’une procédure juridique menée tambour battant par le cabinet CEL Solicitors. L’exchange disparu, Britcoin devenu Intersango, a laissé derrière lui des milliers de clients persuadés que leurs fonds avaient définitivement disparu ; un contentieux ouvert en Californie, des aveux devant un tribunal et des justificatifs conservés pendant plus d’une décennie ont changé la donne pour Chris. Reste une question que beaucoup de détenteurs de crypto se posent en silence : qu’est-ce qui rend ces 61 BTC récupérables quand tant d’autres semblent perdus à jamais ?
Comment 61 BTC ont été récupérés douze ans après Intersango
Retour en décembre 2011. Chris finit par écouter un ami, « à fond dans les actions », qui lui répète que le bitcoin va devenir « un truc énorme », raconte Chris à la radio britannique LBC. Il dépose 1 500 livres, soit moins de 2 000 euros, sur Britcoin, qui sera rapidement rebaptisé Intersango. L’exchange connaît un bref succès, avant de stopper les échanges en livres sterling et en dollars fin 2012, puis de disparaître début 2014. Au moment où son compte est gelé, les 61 BTC de Chris valent environ 4 000 livres, quelque 5 000 euros. « Ils ont eu le privilège de simplement fermer et de s’en aller », résume-t-il. Il regarde ensuite le bitcoin enchaîner les records : « Ça a été un coup de poing dans le ventre de voir le bitcoin grimper, encore et encore. » En 2018, des e-mails signés des cofondateurs l’invitent à se manifester ; persuadé d’avoir affaire à des arnaqueurs, il les supprime. Il faudra l’insistance de sa femme, et encore huit années de plus, pour qu’il pousse enfin la porte du cabinet CEL Solicitors à Liverpool, le 20 janvier 2026.
| Étape | Date | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Achat via Britcoin / Intersango | Décembre 2011 | Investissement de 1 500 livres (61 BTC) |
| Arrêt des échanges en livres et en dollars | Fin 2012 | Plateforme coupe les paires fiat |
| Disparition du site | Début 2014 | Compte gelé, accès aux 61 BTC perdu |
| Dissolution d’Intersango Ltd | Mars 2016 | Radiation au registre britannique Companies House |
| E-mails des cofondateurs | 2018 | Messages de contact supprimés par Chris |
| Mandat à CEL Solicitors | 20 janvier 2026 | Ouverture du dossier en « no win, no fee » |
| Accord de règlement | 28 mai 2026 | Restitution des 61 BTC sur une plateforme régulée |
Le cabinet, qui travaille sur la base du « no win, no fee » (aucun honoraire si le dossier échoue), commence par rassembler douze ans de justificatifs prouvant que ce compte fantôme était bien le sien. Le nœud se situe en Californie, où un litige oppose depuis près de dix ans les cofondateurs d’Intersango ; l’un d’eux a reconnu devant un tribunal qu’il détenait encore des fonds appartenant aux anciens utilisateurs. « Il a fallu préparer tous les documents pour les tribunaux américains… on pourrait décrire tout le processus comme une négociation », explique Ryan Sweetnam, directeur du contentieux financier chez CEL. Sans même passer par une audience, un accord est signé le 28 mai 2026 : les 61 BTC de Chris, valorisés 3 331 618 livres, soit un peu moins de 4 millions d’euros, sont transférés sur une plateforme régulée par la FCA.
Pourquoi ces bitcoins n’étaient pas vraiment perdus
Cette issue heureuse tient à une nuance interressante dans l’univers des cryptomonnaies. Les histoires de bitcoins réellement perdus abondent : un disque dur envoyé à la décharge, un mot de passe envolé, une clé privée effacée. CryptoQuant estime à 3,56 millions le nombre de BTC immobiles depuis plus de dix ans, dont une grande partie ne reverra jamais le jour. L’exemple de James Howells, qui cherche toujours 8 000 BTC dans une décharge de Newport, illustre ce scénario sans retour. Chris, lui, n’avait pas de clé privée à protéger : il avait confié ses coins à un dépositaire. Quand Intersango a fermé, ses bitcoins sont restés sur la blockchain ; ils ont simplement changé de gardien, pas de propriétaire juridique.
Pour monter son dossier, CEL s’est appuyé sur The Crypto Tracing Experts, sa filiale spécialisée dans le traçage on-chain, qui affirme avoir identifié un portefeuille de plus de 5 500 BTC attribuable aux anciens clients d’Intersango, soit plus de 300 millions de livres, plusieurs centaines de millions d’euros aux cours actuels. « Des centaines de millions de livres sont toujours assises dans un portefeuille qui peut être restitué », insiste Ryan Sweetnam. Tous ces montants restent à confirmer par la justice, un peu comme dans le dossier Mt. Gox, où les créanciers attendent toujours la fin des remboursements d’environ 850 000 BTC, repoussée au 31 octobre 2026. Chris, lui, prévoit d’utiliser une partie de cette fortune pour une maison plus grande et des vacances en famille, mais il dit craindre désormais « les escrocs et les hackers » et rouvre son application « tous les jours, vingt fois par jour ». Dans un écosystème où l’on répète « not your keys, not your coins », son histoire rappelle qu’il existe parfois une voie juridique pour retrouver des bitcoins bloqués chez un dépositaire.
En bref
- En 2011, Chris, investisseur britannique, place 1 500 livres sur Britcoin/Intersango, avant que la plateforme ne coupe ses services puis ne disparaisse entre 2012 et 2014.
- En 2026, accompagné du cabinet CEL Solicitors et après un contentieux en Californie, il parvient à faire restituer ses 61 BTC, valorisés plus de 3,3 millions de livres sur une plateforme régulée par la FCA.
- Cette affaire éclaire la différence entre bitcoins réellement perdus et fonds bloqués chez un dépositaire, et esquisse les conditions pour que d’autres ex-clients d’Intersango envisagent une démarche similaire.





