Cyberattaque sur les ports de Marseille et La Rochelle : ces hackers payés 1 dollar en crypto pour paralyser la France

Le 14 octobre 2026, une alerte M-CERT signale des attaques DDoS visant Marseille, La Rochelle et plusieurs acteurs maritimes français. Qui se cache derrière ces offensives menées par des volontaires payés à peine un dollar en cryptomonnaie ?
Des ports français stratégiques pris pour cible par une armée de volontaires payés à peine plus d’un dollar la journée. Depuis le 14 octobre 2026, une alerte de M-CERT, le centre de réponse aux incidents cyber du secteur maritime, circule dans les boîtes mail des acteurs du transport. Elle évoque des attaques par déni de service visant plusieurs sites liés au fret et à la recherche en mer, avec en ligne de mire le Grand Port Maritime de Marseille et le Port Atlantique La Rochelle.
Derrière cette campagne, le collectif prorusse NoName057(16), déjà connu en Europe de l’Est, revendique une nouvelle offensive coordonnée. Ses partisans utilisent un outil nommé DDoSia, présenté comme un jeu, pour saturer les services en ligne contre une rémunération symbolique en cryptomonnaie. Un dollar par jour pour tenter de faire tomber des ports français : l’équation interressante soulève de nombreuses questions.
Ports de Marseille et La Rochelle visés : ce que dit l’alerte M-CERT
L’avertissement n’est pas passé par un communiqué public, mais par un courriel adressé aux ports, armateurs et prestataires maritimes. Dans ce message, le centre de réponse explique avoir identifié une campagne en cours visant le secteur français. Le mail d’alerte résume la situation en ces termes : « Nous avons ainsi découvert que le secteur maritime et portuaire français était actuellement pris pour cible par le groupe hacktiviste supportant la Russie NoName057(16). Les attaques (DDOS) sont en cours ou susceptibles d’être lancées de manière imminente », écrit le M-CERT.
Le message recommande aux entreprises touchées de se rapprocher de la gendarmerie maritime. En parallèle, une capture d’écran de ce courriel, signée du M-CERT, a été publiée sur X par Seb La Tombe, fondateur du compte French Breaches, rendant l’alerte publique. Sur son canal Telegram, le collectif liste ses cibles : les armateurs Marfret et Compagnie Maritime Nantaise, l’opérateur scientifique Genavir, mais aussi le site du Grand Port Maritime de Marseille et celui du Port Atlantique La Rochelle, portail d’autorisation compris. À ce stade, aucun de ces acteurs n’a confirmé de perturbation majeure, même si des attaques DDoS peuvent rendre des services en ligne indisponibles sans entraîner d’intrusion ni de vol de données.
DDoSia, un “jeu en ligne patriotique” payé en TON pour un dollar
Pour participer à cette cyberattaque DDoS distribuée, le processus tient en quelques étapes. Un volontaire contacte d’abord un bot sur Telegram, reçoit ensuite une clé et une adresse de serveur, puis télécharge et lance le programme DDoSia. L’outil fonctionne sous Windows, Linux, macOS, Android, et peut même tourner sur un routeur. Une fois installé, l’appareil inonde automatiquement les sites désignés par les administrateurs de requêtes pour tenter de les saturer – l’utilisateur n’a pas la main sur la liste des cibles.
La rémunération suit le rythme des attaques. Dans ce système, 500 000 requêtes réussies en une journée rapportent 50 dCoins. Chaque dCoin est ensuite échangé contre 2 roubles, soit environ 2,4 cents, avant d’être converti en TON, la cryptomonnaie de l’écosystème Telegram, puis en argent liquide. Au final, une journée d’activité représente un peu plus d’un dollar, autour d’un euro, avec la possibilité d’augmenter ce montant en branchant plusieurs appareils ou en parrainant d’autres participants.
| Activité journalière | Récompense (dCoins) | Conversion annoncée | Paiement en crypto | Gain estimé / jour |
|---|---|---|---|---|
| 500 000 requêtes réussies | 50 dCoins | 1 dCoin = 2 roubles (~2,4 cents) | dCoins convertis en TON | Un peu plus d’1 dollar |
| Plusieurs appareils actifs | Plus de 50 dCoins | Même taux d’échange | TON crédité au participant | Gains supérieurs à 1 dollar |
| Parrainage d’un ami | Bonus de dCoins | Même taux d’échange | TON via Telegram | Revenu additionnel symbolique |
Au-delà de la rémunération, tout est pensé pour fidéliser ces volontaires. Les participants gravissent des grades inspirés de l’armée, du simple soldat jusqu’à « General Dosi ». Le collectif décrit DDoSia comme un « jeu en ligne patriotique ». À l’inverse, Europol parle d’une « manipulation ludique » visant souvent de jeunes délinquants en quête d’un « sentiment de statut », avec badges et classements pour entretenir la motivation. Malgré l’opération Eastwood, menée du 14 au 17 juillet 2025 dans douze pays, qui a permis de couper plus de 100 serveurs, de mener 24 perquisitions, d’arrêter deux personnes en France et en Espagne et de lancer sept mandats d’arrêt, le groupe revendique encore environ 300 opérations par mois.
Les chiffres recensés montrent même une activité en hausse : environ 6 300 ordres d’attaque par mois avant Eastwood, 7 700 ensuite, et 1 530 opérations revendiquées entre fin octobre 2025 et mi-mars 2026, visant surtout des sites gouvernementaux, puis la finance et les transports. Un expert, Leonid Yuldashev, estime que 80 % des sites visés disposent d’une protection anti-DDoS et le ministère polonais du Numérique évoque des dégâts limités, mais le modèle tient parce qu’il ne coûte presque rien, un dollar par jour et par volontaire payé en crypto, en dehors des banques. En décembre 2025, le ministère américain de la Justice a engagé des poursuites contre des membres présumés de NoName057(16), tandis que les paiements continuent de transiter par Telegram et par le TON, au moment même où l’ »armée » de DDoSia revendique désormais de viser Marseille et La Rochelle.
En bref
- Le 14 octobre 2026, M-CERT alerte le secteur maritime français d’attaques DDoS visant le Grand Port Maritime de Marseille, le Port Atlantique La Rochelle et plusieurs armateurs.
- Le collectif prorusse NoName057(16) orchestre ces offensives via le logiciel DDoSia, en recrutant sur Telegram une armée de volontaires qui saturent les sites ciblés.
- Payés à peine plus d’un dollar par jour en dCoins convertis en TON, ces participants transforment la cyberattaque en jeu gamifié, tandis que l’ampleur réelle des perturbations reste floue.








