Bitcoin, réserve d'or numérique des USA : la stratégie de Washington pour en accumuler sans piocher dans l'argent public

Depuis un décret de 2025, la Maison-Blanche transforme ses bitcoins saisis en réserve stratégique, tout en réorganisant leur garde. Un an plus tard, Washington sécurise ces avoirs et teste des voies d’accumulation sans calendrier d’achats ni coût affiché pour le contribuable.
Depuis 2025, Washington ne se contente plus de parler régulation : la Maison-Blanche a décidé de traiter le Bitcoin comme une forme d’ »or numérique » via la création d’une réserve stratégique de bitcoins. Un décret présidentiel signé par Donald Trump le 6 mars 2025 a posé les bases de la Strategic Bitcoin Reserve (SBR), pendant que les agences fédérales continuent d’accumuler des BTC issus de saisies judiciaires.
Un an plus tard, Patrick Witt, directeur exécutif du conseil présidentiel chargé des actifs numériques, explique que la priorité du moment est de localiser, comptabiliser et sécuriser les bitcoins détenus par les autorités fédérales, avant même d’envisager de nouvelles acquisitions. Autrement dit, Washington veut d’abord verrouiller ce qu’il possède déjà, tout en explorant des moyens « budgétairement neutres » d’augmenter cette réserve. Une question reste en suspens : comment gonfler ce stock sans lancer un véritable plan d’achats sur le marché ?
Inventorier et sécuriser la réserve stratégique de Bitcoin américaine
Le décret du 6 mars 2025 crée officiellement la Strategic Bitcoin Reserve, conçue « sur le modèle d’une réserve d’or numérique » selon le Trésor français. Le texte confère au Bitcoin le statut d’actif de réserve en soulignant la limite fixe de 21 millions de BTC et la robustesse de sa blockchain. La SBR doit être principalement alimentée par les bitcoins détenus par le Département du Trésor américain à l’issue de procédures de sanction, tandis que les autres régulateurs peuvent transférer leurs propres BTC vers cette réserve s’ils disposent de l’autorité légale pour le faire. L’État fédéral s’engage à conserver ces bitcoins sur le long terme comme réserve de valeur et le décret précise que les BTC versés à la réserve ne doivent pas être vendus, sauf exceptions liées à des décisions de justice ou à l’indemnisation de victimes.
Dans ce cadre, Patrick Witt décrit un vaste chantier de remise en ordre : il s’agit de savoir où se trouvent exactement les actifs, qui en assure la garde et si les dispositifs de conservation doivent être renforcés. Il évoque des pratiques de conservation jugées insuffisantes et un incident présumé impliquant un prestataire des autorités, sans avancer de chiffres sur le volume de BTC effectivement affectés à la réserve. Les avoirs simplement associés à des adresses dites gouvernementales ne correspondent pas forcément au contenu de la SBR ; certains bitcoins restent liés à des procédures judiciaires en cours ou sont destinés à être restitués. Le décret prévoit d’ailleurs que la dotation initiale provienne de bitcoins « définitivement confisqués et juridiquement disponibles », ce qui impose un important travail de tri juridique avant tout affichage officiel des montants.
SBR, DAS et les pistes pour accumuler plus de bitcoins sans coût pour le contribuable
Le même décret crée une seconde poche, la U.S. Digital Asset Stockpile (DAS), réservée aux autres crypto-actifs. Là où la SBR est dédiée exclusivement au Bitcoin traité comme actif de réserve, la DAS regroupe des cryptomonnaies saisies à l’issue de procédures de sanction, sans stratégie d’acquisition complémentaire. Le Secrétaire au Trésor doit définir une gestion « responsable » de cette réserve de crypto-actifs, gestion qui peut inclure la vente des jetons stockés. La distinction est essentielle : dans la SBR, les BTC sont pensés comme une réserve de valeur non destinée à être revendue, alors que la DAS ressemble davantage à un stock de crypto-actifs à administrer et, si besoin, à liquider. Plus en amont, un ordre exécutif signé le 23 janvier et intitulé « renforcer le leadership américain dans le domaine des technologies de la finance numérique » affirme la volonté de la Maison-Blanche de « protéger et promouvoir la capacité des citoyens et des entités du secteur privé à accéder aux réseaux de blockchain publics ouverts et à les utiliser à des fins légales sans être persécutés. », tout en soutenant « le développement et la croissance de stablecoins légaux, régulés et adossés à des dollars, dans le monde entier ».
| Élément | SBR (Bitcoin) | DAS (autres crypto-actifs) | Règle clé du décret |
|---|---|---|---|
| Actifs concernés | Bitcoin uniquement | Autres crypto-actifs saisis | Deux réserves séparées |
| Origine principale | BTC confisqués par le Trésor | Crypto-actifs issus de sanctions | Procédures de sanction fédérales |
| Acquisitions futures | Stratégies possibles, neutres pour le budget | Pas de stratégie d’achat prévue | Neutralité budgétaire pour la SBR |
| Vente des actifs | Interdite, sauf exceptions légales | Possible selon la stratégie de gestion | Réserve de valeur vs gestion active |
| Autorités impliquées | Trésor et Commerce pour les stratégies | Trésor pour la gestion | Mandat distinct pour chaque réserve |
Pour alimenter davantage la SBR, le décret autorise les Secrétaires au Trésor et au Commerce à élaborer des stratégies d’acquisition, à condition que leur impact soit neutre sur les fonds du contribuable. Patrick Witt rappelle qu’un programme classique de dépenses publiques pour acheter du BTC sur le marché exigerait une autorisation du Congrès dont l’administration ne dispose pas. Des pistes alternatives sont donc étudiées : encaisser certaines recettes fédérales en bitcoins ou les convertir en BTC, utiliser des ressources énergétiques disponibles pour miner, ou encore envisager une réévaluation des réserves d’or dont les implications juridiques et macroéconomiques doivent être évaluées par le Trésor. Toutes ces idées restent des scénarios de travail et non un plan d’achat approuvé ; pour passer à l’exécution, il faudra un mécanisme juridiquement solide, un schéma de financement compatible avec la neutralité budgétaire et un accord politique minimal, ce qui n’empêche pas certains investisseurs de s’enthousiasmer un peut trop vite.
En bref
- Depuis l’Executive Order du 6 mars 2025, la Maison-Blanche et le Département du Trésor structurent une réserve stratégique de bitcoins alimentée par des saisies définitivement confisquées.
- Patrick Witt insiste désormais sur l’inventaire, la centralisation et la sécurisation des BTC fédéraux, tandis que la distinction SBR/DAS encadre strictement ce qui peut être vendu ou non.
- Reste à arbitrer entre recettes perçues en BTC, réévaluation de l’or ou minage pour augmenter la réserve sans violer la neutralité budgétaire, ce qui nourrit attentes et spéculations sur le marché.








