Bitcoin : le mystère de ce poème gravé 28 fois dans la blockchain qui intrigue les experts de la crypto

Depuis le 12 octobre 2026, un poème énigmatique est gravé en boucle sur la blockchain Bitcoin via OP_RETURN, au prix de milliers de satoshis. Derrière ce rituel on-chain repéré par Galaxy Research, aucun auteur identifié, seulement des pistes troublantes.
Sur la blockchain Bitcoin, un même court poème réapparaît bloc après bloc depuis la mi-octobre. Vingt-huit fois en douze jours, un utilisateur inconnu a payé des frais de réseau pour graver ces trois vers dans le registre public, au vu et au su de tous, sans laisser d’autre indice sur son identité.
Les équipes de Galaxy Research, le pôle de recherche de Galaxy Digital, ont repéré 26 copies identiques de ce texte depuis le 12 octobre 2026, auxquelles s’ajoutent deux inscriptions d’un second poème. On peut notamment le lire dans le bloc 971 914, miné le 17 octobre 2026, mais le mystère porte autant sur le contenu que sur la mécanique employée pour l’écrire dans Bitcoin.
Le poème, sa traduction et le clin d’œil à la « timechain »
Le message tient en trois lignes et se présente, en anglais, de cette façon : « Thoughtless quartz clocks drift / blocks stack each a strict proof / timechain keeps score. » D’après les observations des chercheurs, chaque nouvelle inscription reprend exactement cette séquence, sans variante ni mot ajouté, comme un refrain gravé dans la pierre numérique.
On peut le rendre en français par : « Les horloges à quartz dérivent sans réfléchir / les blocs s’empilent, chacun apportant une preuve rigoureuse / la chaîne du temps tient les comptes. » Le premier vers évoque les horloges à quartz, imparfaites et soumises aux dérives, là où les blocs de la blockchain Bitcoin empilent des preuves cryptographiques « strictes ». Le dernier vers met au centre le mot timechain, un terme utilisé par Satoshi Nakamoto au début de l’histoire de Bitcoin pour insister sur l’enchaînement temporel des blocs plutôt que sur une simple base de données.
OP_RETURN, chiffres on-chain et hypothèses de Galaxy Research
D’un point de vue technique, chaque poème est inscrit via le champ OP_RETURN, un mécanisme des transactions Bitcoin qui permet d’inclure des données arbitraires dans une sortie marquée comme non dépensable. Les messages occupent ici des sorties de 103 octets, ce qui dépasse l’ancienne « default relay limit » de 83 octets rappelée par les chercheurs. Depuis la version Bitcoin Core 30.0, publiée en octobre 2025, cette limite de retransmission a été assouplie, ce qui facilite la propagation de données un peu plus longues, au grand dam de certains membres de la communauté pour qui Bitcoin ne devrait pas stocker autre chose que des informations directement liées aux paiements.
Côté flux financiers, Galaxy Research décrit un schéma très méthodique. L’expéditeur envoie environ 0,327 bitcoin (BTC) vers plusieurs adresses liées à un service de conservation, puis récupère les fonds quelques heures plus tard. Chaque cycle de dépôt et de retrait dure entre 13 et 18 heures et, depuis le 19 octobre, neuf opérations de ce type se sont enchaînées. Au total, les analystes recensent 28 dépôts et 14 allers-retours, pour 8 015 satoshis de frais de minage, ainsi qu’un prélèvement unique de 100 000 satoshis effectué par le service le 19 octobre 2026. Les fonds restant dans le même circuit, le modèle ne correspond pas à un schéma classique de blanchiment, ce qui oriente plutôt vers un processus automatisé, détail interessant pour les passionnés de technique.
| Indicateur | Valeur | Date / période | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Début des inscriptions | 12 inscriptions/jour en moyenne | 12 au 24 octobre 2026 | Fenêtre de 12 jours observée |
| Copies du poème principal | 26 occurrences | Depuis 12 octobre 2026 | Même texte répété à l’identique |
| Messages totaux | 28 inscriptions | 12 jours | Inclut 2 copies d’un second poème |
| Bloc repère | Bloc 971 914 | 17 octobre 2026 | Exemple où le poème est consultable |
| Taille de l’OP_RETURN | 103 octets | Chaque inscription | Au-dessus de l’ancienne limite 83 octets |
| Frais observés | 8 015 + 100 000 satoshis | Jusqu’au 19 octobre 2026 | Frais de minage et prélèvement du service |
En se basant sur la cadence observée, Galaxy Research avait même estimé qu’une 27e copie du poème pouvait apparaître environ 14 heures après la précédente, avec 222 satoshis de moins mobilisés dans la transaction. Pour expliquer ce comportement, ses analystes évoquent trois scénarios possibles : une tentative de gonfler artificiellement les volumes ou les dépôts d’un service de conservation, un test d’intégration informatique exécuté directement sur le réseau principal, ou encore un agent d’intelligence artificielle autonome disposant de son propre portefeuille Bitcoin. Aucune de ces pistes n’est confirmée à ce stade, l’adresse à l’origine des messages restant anonyme.
Dans le même temps, les chercheurs signalent une autre série d’inscriptions inhabituelles attribuées à un expéditeur surnommé « Babel Scribe », qui grave depuis trois semaines jusqu’à 40 messages par jour composés de lettres apparemment aléatoires. L’analyse de 562 de ces textes oriente vers un programme automatisé testant un outil de publication de données sur la blockchain Bitcoin, sans lien établi avec l’auteur du poème. Entre ce scribe de Babel et le poète de la timechain, la chaîne de blocs se transforme en carnet public mondial, où chaque vers payé en satoshis ajoute une nouvelle énigme à décrypter.
En bref
- Depuis le 12 octobre 2026, Galaxy Research observe sur la blockchain Bitcoin un poème identique répété 28 fois via le champ OP_RETURN, dont un exemple au bloc 971 914.
- Le texte Thoughtless quartz clocks drift / blocks stack each a strict proof / timechain keeps score met en scène la notion de timechain chère à Satoshi Nakamoto et s’inscrit dans des sorties OP_RETURN de 103 octets, au prix de milliers de satoshis.
- Les flux récurrents d’environ 0,327 BTC et ce rituel espacé de 13 à 18 heures nourrissent plusieurs hypothèses, d’une simple manipulation de métriques à un agent d’intelligence artificielle autonome encore non identifié.






