Le code originel du Bitcoin trahit son créateur : ce que le logiciel de 2009 révèle sur la machine de Satoshi Nakamoto

Dix-sept ans après sa première mise en ligne, le bitcoin.exe de 2009 renaît à l’identique, octet par octet. Ce binaire ressuscité dévoile l’environnement Windows XP de Satoshi sans lever le mystère sur son identité.
Dix-sept ans après la mise en ligne de la toute première version de Bitcoin 0.1, le binaire originel signé Satoshi Nakamoto vient de renaître, bit pour bit. Le développeur t4t5 a réussi à reconstruire l’exécutable historique bitcoin.exe octet par octet, exactement tel qu’il circulait en janvier 2009 sur les premiers forums, en faisant coïncider sa taille et son empreinte cryptographique avec celles du fichier conservé par les archives.
Derrière cette prouesse se cache un travail d’archéologie logicielle inhabituel : retrouver l’environnement de développement précis de Satoshi, des outils de compilation jusqu’au logiciel de compression utilisé pour empaqueter le client. L’exécutable ainsi reconstitué ne se contente pas de tourner, il trahit une foule de détails sur la « machine » de 2009, et certains continuent de soulever des questions. De quoi relancer les discussions sur les builds reproductibles et la confiance dans les binaires diffusés au sein des projets open source.
Un bitcoin.exe de 2009 recréé octet par octet
Sur GitHub, t4t5 a publié le projet bitcoin-0.1-rebuilt, dont l’objectif est de partir du code source rendu public en 2009 pour produire un exécutable Windows strictement identique au binaire d’origine. Le « bitcoin.exe » reconstruit pèse 6 440 960 octets, soit environ 6,44 Mo, et son empreinte SHA-256, « fbcac071d92e26d82ec917214e334bd43850c0691f113bab1d4741c9bdd30d2d », correspond bit pour bit à celle du fichier historique. En temps normal, deux machines qui compilent le même code produisent des exécutables différents, car la moindre variation de compilateur, de bibliothèque ou d’options laisse sa propre signature.
Le développeur a aussi reproduit le paquet de diffusion, une archive bitcoin-0.1.0.rar créée avec une ancienne version de WinRAR, dont la taille et les empreintes numériques concordent avec les archives conservées. La première compilation, d’après le readme du dépôt, a pris environ six minutes sous Linux avec Wine, chargé d’imiter un Windows 32 bits. Et surtout, cette identité parfaite confirme que le fichier distribué en 2009 provenait bien du code publié, sans programme caché dissimulé dans l’exécutable.
Ce que l’exécutable révèle de l’environnement de Satoshi Nakamoto
Le « bitcoin.exe » agit ici comme une empreinte digitale de l’environnement de développement, puisque ses traces internes nomment chaque bibliothèque employée et leur version. En disséquant ces éléments, t4t5 a reconstitué un contexte de compilation tournant sous Windows XP 32 bits, avec le compilateur MinGW GCC 3.4.5, l’interface graphique wxWidgets 2.8.9, la base Berkeley DB 4.7.25 pour le portefeuille et OpenSSL 0.9.8h pour les fonctions cryptographiques, probablement lancés depuis une simple fenêtre de commande. Au fond, ce travail a permit de vérifier que le logiciel original pouvait effectivement être reproduit à partir du code rendu public à l’époque, à condition de retrouver exactement la même chaîne d’outils.
| Composant | Version | Rôle | Indice dans le binaire |
|---|---|---|---|
| Windows XP | 32 bits | Système hôte du build | Timestamps et en-têtes PE |
| MinGW GCC | 3.4.5 | Compilation du code C++ | Chaînes internes au binaire |
| wxWidgets | 2.8.9 | Interface graphique du client | Signature des bibliothèques |
| Berkeley DB | 4.7.25 | Stockage du portefeuille | Version repérée dans les DLL |
| OpenSSL | 0.9.8h | Fonctions cryptographiques | Nom de la DLL « libeay32.dll » |
Un test de la base Berkeley DB y échoue d’une manière très particulière, observée uniquement avec les fichiers système de Windows XP, ce qui renforce cet ancrage dans cet environnement sans exclure l’usage éventuel d’une machine virtuelle. L’archive reconstruite correspond en réalité à une mise à jour compilée le 10 janvier 2009 vers 23 h 16 UTC, alors que le client avait été annoncé deux jours plus tôt, et aucune copie vérifiée du paquet du 8 janvier n’a été retrouvée. Ce verrouillage chronologique rend le récit des premiers jours du réseau plus concret, en ancrant le logiciel dans un instant technique très précis. Dans son message du 8 janvier 2009, Satoshi Nakamoto écrivait d’ailleurs : « Windows uniquement pour l’instant », rappelait-il alors selon Journal du Coin, ce qui colle bien avec le portrait dressé par le binaire. Malgré tout, cette reconstruction ne dit rien de l’identité réelle du créateur et ne prouve pas qu’il utilisait physiquement un PC sous Windows XP plutôt qu’un autre système imitant cet environnement. Les empreintes publiées dans le dépôt GitHub permettent en revanche à n’importe qui de relancer la compilation et de comparer les hachages, histoire de vérifier par soi-même ce chapitre clé des débuts de Bitcoin.
Sources
En bref
- En janvier 2009, Satoshi Nakamoto publie Bitcoin 0.1 et, en 2026, le développeur t4t5 parvient à rejouer ce build historique sous un environnement Windows XP 32 bits.
- En reconstruisant bitcoin.exe octet par octet avec MinGW GCC 3.4.5 et d’anciennes bibliothèques comme wxWidgets 2.8.9 ou Berkeley DB 4.7.25, le binaire obtenu correspond parfaitement au fichier d’époque.
- Cette archéologie logicielle confirme l’absence de code caché, éclaire la chaîne d’outils de Satoshi et relance le débat sur la reproductibilité des builds Bitcoin.






