Retraites : 42 régimes pour 67 millions, et vous payez pour qui ? La CFTC veut les points maintenant

Âge légal, trimestres, régimes spéciaux: les Français jonglent, inquiets pour demain et pour l’équité entre carrières et territoires très différents.
Invité de BFM Business lundi 20 octobre, Cyril Chabanier, président de la CFTC, remet une réforme systémique sur la table. Il plaide pour un régime par points, assorti d’un étage de capitalisation collectif sous contrôle social.
Pourquoi 42 régimes crispe autant les salariés
La France a empilé des règles spécifiques pendant des décennies. Certaines professions partent plus tôt. D’autres voient leurs pensions calculées différemment. Les mobilités professionnelles se multiplient et rendent la lecture des droits pénible. Les carrières hachées subissent des décotes lourdes.
Quarante-deux systèmes, quarante-deux façons de comptabiliser une vie de travail. Le sentiment d’iniquité grandit.
Le calcul par annuités n’aide pas les parcours discontinus. Les changements d’employeur et de statut brouillent les repères. Chaque régime a ses bonifications, ses plafonds, ses règles de revalorisation. Résultat: beaucoup de Français ignorent l’ordre de grandeur de leur future pension avant 55 ans. Cette incertitude alimente la défiance.
Ce que propose la CFTC
Un système par points, lisible et portable
La centrale soutient un socle unique par points. Chaque euro cotisé donnerait des points selon une valeur d’acquisition. À la retraite, la pension résulterait du total de points multiplié par une valeur de service. Le dispositif existerait pour tous, salariés du privé, agents publics, indépendants.
Un même euro cotisé, un même droit pour chacun, quel que soit le statut. La règle devient compréhensible et comparable.
Les périodes de chômage, maternité, invalidité, pénibilité ouvriraient des points de solidarité. La portabilité faciliterait les passages d’un métier à l’autre. Un pilotage pluriannuel ajusterait la valeur du point pour garantir l’équilibre, avec des garde-fous définis par la loi et négociés par les partenaires sociaux.
Un étage de capitalisation pour compléter
La CFTC met aussi sur la table un étage de capitalisation collectif. L’idée: flécher une partie limitée des cotisations vers un fonds mutualisé, géré de façon paritaire, pour lisser les aléas et améliorer le rendement de long terme. Les actifs constitueraient un volant d’épargne retraite commun, investi prudemment et diversifié.
Objectif affiché: ne pas remplacer la répartition. Il s’agit d’un complément encadré, avec des règles de gouvernance, des plafonds de frais, et une transparence sur les risques. Ce coussin absorberait des chocs démographiques et aiderait les branches à négocier des efforts proportionnés.
Ce qui changerait pour vous
- Lisibilité: une formule unique, des points visibles chaque année sur votre relevé.
- Mobilité: fin des pertes liées aux changements de statut ou de caisse.
- Carrières hachées: attribution de points de solidarité pour maternité, maladie, invalidité, chômage indemnisé.
- Pénibilité: des points spécifiques, convertibles en droits à retraite anticipée.
- Décisions éclairées: une valeur de point publique permettrait des simulations crédibles dès 30 ans.
La question clé ne serait plus “combien de trimestres me manque-t-il ?”, mais “combien de points ai-je et combien m’en faut-il pour viser tel niveau de pension”.
Aujourd’hui versus système par points
| Élément | Aujourd’hui | Avec points |
|---|---|---|
| Calcul des droits | Trimestres + salaires de référence selon régime | Accumulation de points sur toute la carrière |
| Mobilité | Règles hétérogènes, pertes possibles | Règles identiques, portabilité intégrale |
| Solidarité | Dispositifs variables selon caisse | Points de solidarité harmonisés |
| Pilotage financier | Paramètres propres à chaque régime | Valeur du point pilotée paritaire, cadre national |
| Âge de départ | Âge légal 64 ans, durée requise 43 ans | Âge légal inchangé, choix selon niveau de points |
Les questions qui fâchent
Le passage à un système par points soulève des défis. La conversion des droits acquis doit éviter toute perte. Les règles de revalorisation doivent protéger le pouvoir d’achat des pensions. Les modalités de l’étage de capitalisation doivent limiter les risques de marché, surtout en phase de décaissement.
La gouvernance fait la différence: des règles claires sur la valeur d’acquisition et la valeur de service, inscrites dans la loi, sécurisent les droits.
La transition appelle un calendrier pluriannuel, avec phase de double calcul au besoin. Les régimes spéciaux réclameront des clauses de sortie et des compensations. Les entreprises demanderont de la visibilité sur les taux. Les plus jeunes exigeront des garanties sur la stabilité des règles.
Le contexte politique et social
Le projet d’universalité par points avait déjà émergé avant la crise sanitaire. Il n’a pas abouti. En 2023, l’exécutif a rehaussé l’âge légal à 64 ans et accéléré la montée à 43 annuités, sans changer le cœur du calcul. Les organisations syndicales, dont la CFTC, contestent une réforme limitée aux paramètres d’âge et de durée. Elles veulent traiter la structure du système et l’équité entre assurés.
Des caisses complémentaires comme l’Agirc-Arrco fonctionnent déjà par points. Elles donnent un retour d’expérience utile sur la transparence, la gouvernance paritaire et la constitution de réserves. Cet exemple alimente l’argumentaire en faveur d’une bascule plus large.
Comment simuler, concrètement
Pour visualiser un système par points, prenez un exemple fictif. Imaginez une valeur d’acquisition de 10 euros pour 1 point. Supposez une valeur de service à 1,30 euro par point et par an. Si vous cotisez 2 500 euros au titre de l’année, vous gagnez 250 points. À la retraite, ces 250 points serviraient 325 euros bruts annuels. Multipliez par votre stock total de points pour estimer votre pension annuelle.
- Étape 1: totalisez vos cotisations retraite sur l’année de référence.
- Étape 2: divisez par la valeur d’acquisition pour obtenir les points.
- Étape 3: additionnez vos points sur toute la carrière.
- Étape 4: multipliez par la valeur de service pour votre pension annuelle brute.
Ces chiffres ne sont qu’un exemple pédagogique. Seul un barème officiel fixerait les valeurs d’acquisition et de service.
Exemple de trajectoires de carrière
Carrière hachée
Un salarié alterne CDD et CDI, avec deux périodes de chômage indemnisé. Des points de solidarité complètent les points cotisés. La pénalité liée aux “trimestres manquants” disparaît au profit d’un objectif clair de points à atteindre.
Fonctionnaire devenant salarié du privé
La portabilité neutralise la rupture. Les points poursuivent leur accumulation sans recalcul complexe. Les bonifications pour service actif se traduiraient en points complémentaires, discutés par branche.
Indépendant en croissance
Les cotisations montent avec le revenu. Les points suivent la même pente, sans seuils de rupture. La lisibilité aide à arbitrer entre investissement dans l’activité et constitution de droits.
Risques, garde-fous et avantages attendus
Risque numéro un: une baisse discrète des pensions via la valeur de service. Garde-fou proposé: un corridor de revalorisation indexé sur des indicateurs composites, négocié chaque année, publié de manière motivée. Risque numéro deux: volatilité de l’étage de capitalisation. Garde-fou: allocation à long terme, limites d’exposition, gouvernance paritaire, options par défaut prudentes.
Avantages attendus: transparence, équité entre statuts, portabilité intégrale, pédagogie renforcée dès l’entrée sur le marché du travail, capacité d’ajustement graduelle et compréhensible pour les générations.
Infos utiles pour aller plus loin chez vous
Vous pouvez estimer un “objectif de points” personnel à partir d’un taux de remplacement visé. Par exemple, pour viser 60 % de votre dernier revenu brut, calculez la pension annuelle souhaitée, puis divisez par une valeur de service indicative. Ce repère aide à calibrer un effort d’épargne volontaire si nécessaire, via un plan d’épargne retraite individuel ou d’entreprise.
Le cumul emploi-retraite resterait possible avec des règles à préciser. Un système par points pourrait autoriser l’acquisition de nouveaux points en cas de cumul libéralisé, sous plafonds. Les carrières longues et la pénibilité conserveraient des voies de départ anticipé, converties en droits en points, plus lisibles et contrôlables au fil des années.








