Retraites non payées : 20 ans en Algérie, 20 en France, et c’est vous qui perdez 1 000 € par mois ?

Entre chiffres, polémiques et formulaires, une bataille silencieuse s’ouvre autour des retraites d’Algériens installés en France. Chaque euro comptabilisé pèse dans le débat.
Des dossiers s’empilent, des carrières mixtes s’enchevêtrent, et des pensions restent incomplètes. Une question heurte les retraités modestes: qui doit payer quoi, et quand?
Ce que dénonce charles rodwell
Le député Charles Rodwell, coauteur d’un rapport sur le coût économique des accords franco-algériens de 1968, met en avant un angle précis: les pensions dues par l’Algérie et, selon lui, parfois non versées à des retraités vivant en France. Il affirme que la France compense alors via des minima sociaux, en particulier l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA).
Des milliers de retraités auraient une pension amputée côté algérien, et la France comblerait le manque via un minimum vieillesse.
La sortie intervient dans un climat politique chargé. Les accords de 1968, réexaminés à intervalles réguliers, structurent encore l’accès au séjour, au travail et à la protection sociale. Une convention de sécurité sociale signée en 1980 complète ce cadre pour la totalisation des périodes et le calcul des droits.
Un cas type : 20 ans là-bas, 20 ans ici
Le schéma le plus cité est simple. Un salarié a travaillé 20 ans en Algérie et 20 ans en France. Chaque pays doit payer une pension au prorata des périodes accomplies sur son territoire. C’est l’esprit de la convention bilatérale de 1980. Si la part algérienne n’arrive pas, le retraité se retrouve sous le seuil de ressources garanti en France. L’ASPA peut alors compléter, sous conditions, pour atteindre un minimum mensuel.
- France: verse une pension contributive calculée sur 20 ans de carrière française.
- Algérie: doit verser la part calculée sur 20 ans travaillés en Algérie.
- Si la part algérienne manque: l’ASPA peut compléter jusqu’au minimum garanti en France.
- L’ASPA est différentielle: elle comble un écart de ressources et n’est pas exportable.
20 + 20 ans = 2 pensions proratisées. Si l’une ne tombe pas, le minimum vieillesse français comble le trou, à la charge du contribuable.
Un nœud juridique et administratif
Les accords de 1968 et la convention de 1980
Les accords de 1968 forment une architecture globale des mobilités entre les deux pays. La convention de sécurité sociale de 1980, qui y est adossée, vise une règle lisible: chaque État liquide la part de retraite correspondant aux périodes validées sur son sol, avec des échanges de formulaires entre caisses pour attester les carrières.
Sur le papier, la mécanique est rodée. Dans la pratique, des frictions apparaissent: dossiers incomplets, justificatifs manquants, circuits de paiement lents, difficultés de preuve pour des périodes anciennes, ou encore coordination insuffisante entre les caisses françaises et algériennes. Ces grains de sable créent des retards de versement. Pour des personnes aux ressources modestes, quelques mois sans la part étrangère suffisent à fragiliser un budget.
Pourquoi l’ASPA entre en scène
L’ASPA garantit un niveau minimal de ressources aux plus de 65 ans résidant en France au moins six mois par an. Elle tient compte de toutes les ressources, y compris des pensions dues par l’étranger. Si la pension algérienne n’est pas payée, la France peut temporairement combler pour atteindre le plancher. Ce mécanisme protège le retraité, mais reporte le coût sur la solidarité nationale.
L’ASPA ne se verse qu’en France, sous conditions de résidence et de ressources, et peut être récupérée sur succession au-delà d’un certain seuil patrimonial.
Combien cela coûte au contribuable
Le rapport parlementaire évoqué par Charles Rodwell cible un «coût économique» sans livrer, à ce stade, une donnée publique consolidée isolant la part précise liée aux pensions non versées par l’Algérie. Les chiffres disponibles sur l’ASPA agrègent des situations diverses: carrières incomplètes en France, pensions étrangères faibles, retards de liquidation, ou absence de droits dans le pays d’origine.
Ce qui se mesure, en revanche, ce sont des volumes potentiels. Des milliers de retraités ont des carrières mixtes, avec des périodes validées de part et d’autre de la Méditerranée. Pour chacun, quelques centaines d’euros par mois manquants côté étranger peuvent déclencher un complément ASPA.
| Élément | Principe |
|---|---|
| Base juridique | Accords de 1968 + convention de sécurité sociale de 1980 |
| Calcul des droits | Chaque État paie au prorata des années cotisées sur son territoire |
| ASPA | Complément différentiel jusqu’à un minimum mensuel pour résidents en France |
| Exportation | ASPA non exportable, présence en France requise 6 mois/an |
Que peut faire un retraité concerné
Un retraité peut agir pour sécuriser sa pension et réduire le risque de recours systématique à l’ASPA. La clé, c’est la preuve de carrière et la bonne circulation des formulaires entre caisses.
- Rassembler les justificatifs: attestations d’employeur, bulletins de paie, certificats de travail, relevés de carrière.
- Vérifier le relevé de carrière français (CNAV/Carsat) et signaler toute lacune.
- Contacter la caisse française pour faire passer les formulaires de liaison vers la caisse algérienne.
- Demander un suivi écrit des dates d’envoi et des réponses attendues.
- Déclarer toute ressource lors d’une demande d’ASPA et signaler sans délai le versement de la part étrangère.
Plus la preuve de carrière est solide, plus la liquidation bilatérale avance vite. Un mois gagné, c’est un mois de revenu sécurisé.
Pistes de politique publique évoquées
Le débat politique effleure plusieurs options: groupe de travail technique franco-algérien pour accélérer la liquidation des pensions proratisées; délais de réponse encadrés entre caisses; système de suivi des flux transfrontaliers de dossiers, avec indicateurs publics; mécanisme de remboursement entre États pour limiter les charges supportées par le payeur de dernier ressort.
Une autre piste consisterait à notifier automatiquement à la caisse algérienne tout complément ASPA versé du fait d’une pension étrangère non payée, afin d’alimenter une créance inter-caisses. Ce type d’outil existe déjà, dans l’esprit, avec d’autres partenaires sociaux lorsque des paiements croisés s’éternisent.
Exemple chiffré pour comprendre le prorata
Supposons une carrière de 40 ans, dont 20 ans en Algérie et 20 ans en France. La pension française est calculée sur la base des 20 années françaises. La pension algérienne se calcule sur les 20 années algériennes. Si la part algérienne attendue est de 300 € mensuels mais n’est pas versée pendant plusieurs mois, l’ASPA peut compléter en France pour atteindre le plancher applicable, tant que les conditions de résidence et de ressources sont remplies. Lorsque la pension algérienne arrive, le complément diminue d’autant.
Points de vigilance pour les ménages
- L’ASPA est différentielle: toute nouvelle ressource réduit le complément.
- L’ASPA peut faire l’objet d’une récupération sur succession au-delà d’un seuil patrimonial.
- L’absence prolongée du territoire français peut suspendre le versement.
- Un changement d’adresse ou de situation familiale doit être déclaré rapidement.
Pour anticiper, un foyer peut simuler son budget avec deux scénarios: pension algérienne effectivement versée, puis pension non versée. Cette projection permet d’ajuster ses charges fixes et d’éviter des impayés. Les associations d’aide aux retraités étrangers, les travailleurs sociaux et les caisses de retraite disposent d’outils pratiques pour affiner les calculs mois par mois.
Dernier conseil utile: conserver une copie de chaque document transmis et demander un accusé de réception. En cas de retard persistant, une saisine du service de médiation de la retraite peut débloquer un échange inter-caisses. Cette méthode réduit l’attente, sécurise le droit, et limite la part d’ASPA supportée par la solidarité nationale.






