E.Leclerc vs Lindt : la bataille des prix de Noël, un bras de fer qui pourrait tout changer pour les consommateurs

Par Paul Graph - Publié le

Les négociations tendues entre E.Leclerc et Lindt pour Noël 2025 révèlent des tactiques de pression inédites. Comment ces stratégies influencent-elles le marché?

E.Leclerc vs Lindt : la bataille des prix de Noël, un bras de fer qui pourrait tout changer pour les consommateurs

À quelques semaines des fêtes, une marque emblématique manque aux 700 magasins E.Leclerc : les assortiments de Noël de Lindt. Faute d’entente sur les conditions commerciales, les deux leaders ont gelé la campagne saisonnière dans l’attente d’un compromis.

Invité sur BFMTV, Michel-Édouard Leclerc a assuré que les deux parties allaient « trouver un accord ». « On négocie avec 7.000 industriels et fournisseurs, donc si on parle de l’un d’entre eux, c’est qu’il y a un petit lobby qui se met en place », a-t-il affirmé, assurant qu’il « y aura du Lindt dans les centres E.Leclerc ». « Ils nous demandent une très grosse augmentation », a poursuivi le dirigeant. « C’est normal qu’on négocie », car « nous ne voulons pas être la cause d’une taxation des consommateurs ». Mais au fond, comment se négocie le prix d’une boîte de chocolats ?

Leclerc–Lindt : déréférencer les saisonniers, garder les permanents

Dans les faits, seuls les produits de Noël de Lindt – Lindor, Pyrénéens, boîtes Champs‑Élysées, calendriers – ont disparu des rayons des 700 E.Leclerc cette année. Les références permanentes, comme les tablettes, restent en magasin : un déréférencement ciblé qui concentre la pression sur la période où la demande est la plus forte, tout en évitant la rupture totale de la marque en rayon. Du côté du chocolatier, la décision est liée « principalement en raison des prix et de la hausse des coûts du cacao », explique une porte-parole de l’entreprise au Figaro.

Lindt France résume la situation : « Comme vous le savez sans doute, chaque année, nous entrons en négociations avec nos partenaires commerciaux concernant la distribution de nos collections de Noël. Ces négociations sont habituelles : cette année, elles se sont déroulées dans un contexte de hausse importante des cours mondiaux du cacao. Comme cela arrive parfois, aucun accord n’a pu être trouvé avec l’enseigne E. Leclerc pour la saison 2025 ». Sur la production, Arturo Ferrer, directeur de l’usine d’Oloron‑Sainte‑Marie, ajoute à Sud Ouest : « Chaque année, on a différentes négociations. Il y en a qui concernent les produits permanents, d’autres pour les produits saisonniers, d’autres pour Pâques et d’autres enfin pour Noël. Cette année, la négociation avec la grande distribution s’est globalement bien passée mais la plus grosse difficulté qu’on ait eue, c’était avec Leclerc. Pour autant, les discussions ne sont pas coupées et nos produits permanents [les tablettes de chocolat à cuisiner et à déguster, NDLR] sont toujours présents dans leurs magasins ».

Cacao et pouvoir d’achat : ce que disent les deux camps

Le contexte marché pèse lourd. Selon l’Organisation internationale du cacao, le cours s’est envolé : il a augmenté de 365 % entre janvier 2023 et janvier 2025. En 2024‑2025, le cacao tourne autour de 8.000 dollars la tonne, soit près de 7.000 € ; des pointes à 12.000 dollars ont été relevées, environ 11.200 € selon les périodes. Pour Lindt, ajuster ses tarifs vise à répercuter une partie de cette hausse. « Nous regrettons cette situation, car les chocolats de Noël Lindt sont une tradition très appréciée », poursuit l’entreprise, qui précise que les coffrets restent disponibles « chez d’autres distributeurs, dans les boutiques Lindt à travers la France, ainsi qu’en ligne ».

Côté distributeur, la ligne de crête est claire : protéger le pouvoir d’achat et maîtriser les hausses. « On va trouver un accord » avec Lindt, « mais c’est celui qui se dévoile trop tôt qui perd », a déclaré Michel‑Édouard Leclerc. Le chocolat doit « rester un produit accessible » malgré la flambée du cacao, qui ne doit pas servir de « prétexte », a-t-il aussi martelé. La scène est connue dans la grande distribution : en janvier 2024, Carrefour avait banni des marques de PepsiCo pour désaccord sur les prix. Le rapport de force, lui, passe aussi par la communication au client. « On cite une marque, il y en a d’autres qui ont été peut-être plus raisonnables », a glissé Michel‑Édouard Leclerc, avant de trancher : « le consommateur choisira ». « Le consommateur attend de nous, non pas qu’on écrase les prix, et derrière les producteurs, mais en tout cas que toutes les choses, mêmes les belles choses […], puissent être accessibles à des Français dont le pouvoir d’achat […] a quand même été très ponctionné ».

Sur le terrain industriel, l’impact s’est surtout joué sur le calendrier de production. « Pour nous, l’impact a surtout été sur la durée de la saison », confirme Arturo Ferrer. « D’ordinaire, elle se déroule de mars à octobre, novembre voire parfois décembre. Cette année, on a terminé entre un et deux mois plus tôt parce qu’on a perdu une partie du volume de Leclerc ». Le directeur ajoute que « cette situation est ponctuelle. Du moins, on espère qu’elle sera ponctuelle ». À noter : si E.Leclerc n’a pas détaillé son calendrier, Michel‑Édouard Leclerc assure qu’il « y aura du Lindt dans les centres E.Leclerc », y compris avec un accord de dernière minute si les positions se rapprochent.

Ces face‑à‑face restent parfois rudes. En 2019, Bercy réclamait à E.Leclerc une amende de 117 millions d’euros après une enquête de la DGCCRF sur ses pratiques de négociation. Et sur le terrain, des arrangements locaux existent : à Oloron, la PDG de l’hypermarché a fait installer les chocolats de Noël du voisin : « C’est une exception », commente Catherine Manescau. « Nous sommes voisins, nous avons donc tout intérêt à travailler ensemble ».