Chine : le recul du PMI des services en novembre ravive la peur pour la croissance à 5 % en 2025 et fait bouger l'AUD et l'or
En novembre, le PMI des services chinois est tombé à 52,1 points, son plus bas niveau en cinq mois, signalant un essoufflement discret mais réel du tertiaire. Que cache ce fléchissement pour la croissance, les devises et l'or ?

La Chine reste scrutée comme l’un des principaux baromètres de la croissance mondiale, et son vaste secteur tertiaire donne régulièrement le ton. Les chiffres publiés pour novembre montrent pourtant un début d’essoufflement, dans un contexte de crise immobilière persistante et de moral des ménages plus fragile, alors que les investisseurs traquent chaque statistique en provenance de Pékin.
La dernière enquête de S&P Global et de l’agence RatingDog fait ressortir un PMI des services chinois à 52,1 points en novembre, contre 52,6 en octobre et 52,9 en septembre, soit son plus faible niveau en cinq mois. Cet indice, qui mesure la croissance des services en Chine, reste toutefois au-dessus du seuil de 50 qui sépare expansion et contraction, ce qui signifie que l’activité continue de progresser mais à un rythme plus lent. Le chiffre dépasse légèrement la prévision médiane des analystes, fixée à 52,0, un détail que les marchés n’ont pas ignoré. Le tableau, lui, apparaît nettement plus nuancé.
PMI des services chinois : une croissance qui ralentit en novembre
Indicateur clé de la demande intérieure, cet indice privé complète la statistique officielle chinoise et offre une photographie détaillée du tertiaire : transports, restauration, finance, santé, loisirs. Les économistes y voient le reflet d’une économie où la grande crise immobilière pèse sur les finances des collectivités locales et sur les dépenses des ménages, ce qui finit par freiner les services. Dans ce contexte, les entreprises du secteur semblent devenir plus prudentes sur leurs ressources humaines et leurs marges. « Parallèlement, les effectifs ont continué de diminuer. L’optimisme des prestataires de services quant aux perspectives à 12 mois s’est également effrité », constate le communiqué accompagnant l’indicateur, relayé par Boursorama, pointant aussi des « pressions sur les marges de bénéfices » sur fond de tensions déflationnistes.
Sur le terrain, cette modération inquiète surtout parce qu’elle s’ajoute à d’autres fragilités de l’économie chinoise. Un ralentissement marqué de la consommation pourrait mettre en péril l’objectif de croissance d’environ 5 % en 2025 fixé par l’Etat-parti, alors que le secteur manufacturier s’est déjà contracté en novembre pour le huitième mois consécutif, selon les chiffres officiels, et que le PMI manufacturier privé RatingDog-S&P est tombé à 49,9 après 50,6. Pour Zichun Huang, analyste du cabinet Capital Economics, le soutien venu de l’étranger reste limité : « La progression des nouvelles commandes à l’exportation », rare point positif, « pourrait en partie refléter une amélioration du climat des affaires suite à l’accord commercial sino-américain, plutôt qu’une véritable reprise de la demande extérieure », note Zichun Huang, analyste du cabinet Capital Economics. « Le trafic de conteneurs dans les ports chinois est resté quasiment inchangé par rapport à octobre. Dans la mesure où la demande s’est effectivement améliorée, elle n’a guère contribué à soutenir la production, compte tenu des niveaux de stocks déjà élevés » emmagasinés durant la guerre commerciale, constate-t-elle.
Services en Chine, immobilier et marchés : les signaux à surveiller
Malgré ce tableau mitigé, les marchés ne réagissent pas tous de la même manière. Le fait que le PMI des services reste nettement en zone d’expansion, tout en dépassant légèrement le consensus, atténue le risque d’un coup d’arrêt brutal et laisse l’idée d’une reprise graduelle, même fragile. Pour les investisseurs internationaux, la Chine demeure un moteur important de la demande en Asie-Pacifique, ce qui joue directement sur les devises liées aux matières premières et au commerce régional, mais aussi sur l’appétit pour les actifs jugés plus sûrs.
À très court terme, c’est surtout le dollar australien qui a profité de ces chiffres. Considéré comme un proxy de l’économie chinoise, il a vu la paire AUD/USD gagner +0,23 % pour atteindre 0,6572, tandis que l’Australian Dollar restait solide face au dollar américain, à l’euro ou encore à la livre, selon les données de marché compilées par BDOR. Dans ce contexte où la croissance des services en Chine ralentit, où le secteur manufacturier reste en contraction et où les tensions déflationnistes se multiplient, les investisseurs interressés par l’or y voient de plus en plus un baromètre discret de l’inquiétude autour de la trajectoire chinoise.






