Ce gaufrier Lagrange né à Villeurbanne : 70 ans, 3 générations et 3,5 millions de gaufriers, voici comment il a envahi les tables françaises

Par Paul Graph - Publié le

Né dans une fonderie de Villeurbanne dans les années 1950, le gaufrier Lagrange a fini par s’inviter sur des millions de tables françaises. Comment cet appareil modulable est-il devenu l’emblème d’une saga industrielle et familiale lyonnaise ?

Ce gaufrier Lagrange né à Villeurbanne : 70 ans, 3 générations et 3,5 millions de gaufriers, voici comment il a envahi les tables françaises

Les gaufres viennent de Belgique, leur odeur de beurre chaud évoque Bruxelles ou Liège, pourtant l’un des appareils qui les a popularisées en France est né à quelques stations de tram du centre de Lyon. Derrière le gaufrier Lagrange, il y a une fonderie de banlieue, une famille tenace et un petit boîtier en métal qui a fini sur des millions de tables de goûter.

En soixante-dix ans, ce gaufrier lyonnais a traversé les modes, les cuisines et même les générations, sans vraiment quitter son berceau industriel. Au coeur de cette histoire du gaufrier Lagrange, on trouve d’abord un homme, puis ses fils, puis ses petits-fils. Une saga familiale qui commence à Villeurbanne.

De la fonderie de Villeurbanne au premier gaufrier modulable

Au début des années 1950, René Lagrange travaille à la fonderie Lamblin, propriété de son oncle, à Villeurbanne. L’entreprise, spécialisée dans la fonte et le moulage d’aluminium, traverse une mauvaise passe : les commandes se raréfient, les fours tournent moins, les marges se réduisent. René Lagrange met alors à profit ce temps creux et ses modestes moyens pour plancher sur une idée qui lui trotte dans la tête : un gaufrier électrique plus pratique que ceux de l’époque.

Convaincu par son prototype, il fonde sa propre société en 1955, toujours à Villeurbanne, près de Lyon. L’année suivante, en 1956, il lance officiellement le tout premier gaufrier électrique à plaques interchangeables, vendu sous la marque Qui va bien. En changeant simplement les plaques, le même appareil peut cuire des gaufres épaisses, des gaufrettes fines ou des croque-monsieur, ce qui place pour la première fois le gaufrier au centre de la table, en plein milieu des festivités familiales.

De Qui va bien à Lagrange : une référence du petit électroménager convivial

Durant les années 1960 et jusqu’à la fin des années 1970, l’entreprise se concentre presque exclusivement sur ses gaufriers. La gamme s’élargit, les modèles se multiplient et la marque devient progressivement la référence du secteur en France. Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène : depuis la création de l’entreprise, il s’est tout de même écoulé plus de 3,5 millions de gaufriers, soit autant d’appareils adoptés dans les cuisines familiales.

À partir des années 1980, la marque se diversifie : d’abord des crêpières, puis des appareils à raclette électriques, et même une machine à hot-dogs. Le nom commercial évolue lui aussi pour s’aligner sur celui du fondateur : Qui va bien laisse place à Lagrange à la fin de la décennie. L’entreprise déménage ensuite ses ateliers vers la périphérie sud de Lyon, investit dans une usine de près de 4 000 m² à Vourles au milieu des années 2000, avec environ 3 millions d’euros engagés pour moderniser la production tout en restant une PME basée dans la région lyonnaise.

Cédé de père en fils : trois générations autour du gaufrier Lagrange

Si l’objet est resté identifiable au premier coup d’oeil, c’est aussi parce que l’entreprise est demeurée familiale. Après René Lagrange, ce sont ses fils, Charles Lagrange et Philippe Lagrange, qui reprennent le flambeau. Ils accompagnent l’essor du gaufrier réversible, qui permet une meilleure répartition de la pâte, développent les premiers appareils de raclette et de fondue et structurent un véritable territoire de petit électroménager convivial centré sur le fait-maison et le partage à table.

Depuis 2016-2017, la troisième génération est aux commandes avec Clément Lagrange et Matthieu Lagrange, qui poursuivent cette histoire tout en rafraîchissant les produits : gaufriers Premium Gaufres ou Mini Maxi, raclettes au design plus épuré, fondues dites « Héritage ». À l’occasion des 70 ans de la marque, l’entreprise a choisit de mettre en avant ce lien entre innovation discrète et ancrage local, rappelant qu’un simple gaufrier né à Villeurbanne a pu s’inscrire durablement dans le quotidien des familles françaises.

En bref

  • Dans les années 1950, à Villeurbanne près de Lyon, René Lagrange transforme une fonderie en petite entreprise et met au point un gaufrier électrique à plaques interchangeables.
  • De la marque Qui va bien aux usines de Vourles, la société se diversifie dans le petit électroménager convivial tout en écoulant plus de 3,5 millions de gaufriers.
  • Transmis à Charles, Philippe puis à Clément et Matthieu, le gaufrier reste au cœur d’une saga familiale qui fait de Lagrange un morceau de patrimoine lyonnais.