Bitcoin : il a bâti un empire sur le dark web, la justice lui inflige 40 ans de prison et saisit son trésor de 1 230 BTC

À Chicago, le cofondateur d’Empire Market Raheim Hamilton écope de 40 ans de prison et doit céder 1 230 BTC au Trésor américain. Derrière cette sanction record, une question explosive : que deviennent vraiment les cryptomonnaies saisies par l’État ?
Quarante ans derrière les barreaux pour un trentenaire du dark web, et plus de mille Bitcoin qui basculent dans les coffres de l’Etat américain. La condamnation de Raheim Hamilton, cofondateur du marché noir en ligne Empire Market, illustre à la fois l’ampleur du trafic qu’il animait et la manière dont la justice fédérale traite désormais les cryptomonnaies issues du crime.
Le 5 octobre, à Chicago, un juge fédéral a infligé à Hamilton une peine de 40 ans de prison et une amende de 5 millions de dollars, soit environ 5 millions d’euros, pour complot en matière de stupéfiants lié à l’exploitation d’Empire Market entre 2018 et 2020. Il doit en parallèle céder au Trésor américain environ 1 230 BTC saisis sur ses portefeuilles, une somme qui dépasse largement les cent millions de dollars au cours actuel. De quoi susciter des questions sur le parcours de ces fonds numériques.
Bitcoin, prison et confiscations : le verdict contre Raheim Hamilton
Selon le parquet fédéral du district nord de l’Illinois, Raheim Hamilton, 30 ans, originaire de Suffolk en Virginie, a plaidé coupable en janvier d’un chef de complot en matière de stupéfiants pour avoir cofondé Empire Market avec Thomas Pavey. L’affaire a été instruite devant le tribunal fédéral de Chicago, où le U.S. District Judge Steven C. Seeger a prononcé la peine de 40 ans de prison fédérale, assortie d’une amende de 5 millions de dollars. Le ministère américain de la Justice résume ainsi la philosophie du site : « Hamilton et Pavey ont établi que toutes les transactions sur le site devaient être effectuées exclusivement en cryptomonnaie », indique le ministère américain de la Justice.
Au-delà de la peine de prison, l’accord de confiscation signé par Hamilton prévoit la cession d’environ 1 230 bitcoins, de 24,4 ethers et de trois biens immobiliers situés en Virginie. Dans l’ensemble du dossier Empire Market, les enquêteurs ont saisi des cryptomonnaies d’une valeur de 75 millions de dollars au moment de la saisie, ainsi que des espèces et des métaux précieux. Depuis un décret présidentiel de mars 2025 instituant une réserve stratégique de bitcoin, Washington conserve les BTC issus de saisies judiciaires plutôt que de les vendre aux enchères, un détail interessant pour les observateurs du marché crypto.
| Personne / entité | Statut judiciaire | Prison / amende | Crypto confisquées | Autres actifs |
|---|---|---|---|---|
| Raheim Hamilton | Condamné à Chicago | 40 ans + 5 M$ d’amende | ≈ 1 230 BTC, 24,4 ETH | 3 propriétés en Virginie |
| Thomas Pavey | Peine à prononcer | Sentence attendue en octobre | ≈ 1 584 BTC | Or (lingots), 3 voitures, 2 propriétés en Floride |
| Empire Market | Plateforme fermée en 2020 | Aucune, entité non physique | Crypto saisies ≈ 75 M$ | Espèces, métaux précieux |
Le cofondateur Thomas Pavey, 41 ans, basé en Floride, a lui aussi plaidé coupable d’un chef de complot en matière de stupéfiants et a reconnu son rôle dans la création et l’exploitation d’Empire Market. Son accord de confiscation porte sur environ 1 584 bitcoins, deux caisses de lingots d’or de 25 onces, trois voitures et deux propriétés en Floride, sa peine devant être fixée par le même juge dans le courant du mois.
Empire Market, du boom du dark web à la traque des bitcoins
Empire Market a ouvert en février 2018, quelques mois après le démantèlement d’AlphaBay, et s’est rapidement hissé parmi les plus gros marchés noirs du dark web. Sous les pseudonymes « Sydney » et « Zero Angel » pour Hamilton et « Dopenugget » pour Pavey, la plateforme a facilité plus de 4 millions de transactions pour au moins 430 millions de dollars, soit environ 430 millions d’euros, selon le ministère de la Justice. Les ventes nettes de drogue sont estimées à près de 375 millions de dollars, incluant environ 13,3 kilogrammes de fentanyl, 446,7 kilogrammes de cocaïne, 72 kilogrammes de méthamphétamine et 103,4 kilogrammes d’héroïne.
Le site a disparu du jour au lendemain fin août 2020, après plus de 36 heures hors ligne, emportant avec lui une trentaine de millions de dollars de dépôts clients dans ce qui s’apparente à un « exit scam ». Les acheteurs et vendeurs payaient exclusivement en cryptomonnaies, principalement en Bitcoin, mais aussi en Monero et en litecoin, encouragés à utiliser des services de « mixing » et le chiffrement de leurs échanges, tandis qu’un système de notation récompensait la capacité des vendeurs à dissimuler les stupéfiants dans les colis. Malgré ces précautions, les équipes de Homeland Security Investigations et du FBI, coordonnées par le bureau du procureur du Northern District of Illinois, ont remonté les flux financiers, s’appuyant sur la transparence du registre Bitcoin. Dans un autre dossier, celui du « mixer » Helix, l’opérateur Larry Dean Harmon a déjà été condamné à trois ans de prison et à la confiscation d’actifs dépassant 400 millions de dollars, illustrant que la traque des fonds illicites en crypto s’inscrit désormais dans la durée.
En bref
- En octobre 2026, à Chicago, le juge fédéral Steven C. Seeger a condamné Raheim Hamilton, cofondateur d’Empire Market, pour son rôle dans un vaste trafic de drogues sur le dark web.
- La peine prévoit 40 ans de prison, 5 M$ d’amende et la confiscation d’environ 1 230 BTC, 24,4 ETH et plusieurs biens immobiliers, tandis que son associé Thomas Pavey attend encore sa sentence.
- Derrière ces chiffres se joue aussi la stratégie américaine de gestion des cryptomonnaies saisies, entre réserve de Bitcoin et nouvelles enquêtes annoncées dans le sillage d’Empire Market.








