IA générative : cette chute brutale de 42% des embauches en CDI qui referme la porte aux jeunes développeurs

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IA générative : cette chute brutale de 42% des embauches en CDI qui referme la porte aux jeunes développeurs

Entre 2022 et 2026, les embauches en CDI de jeunes développeurs chutent brutalement de 42 % en France, bien plus que dans les autres métiers. Que révèlent vraiment les données de la Banque de France et du LIFT sur ce gel du marché ?

Depuis quelques mois, de jeunes diplômés en informatique ont l’impression que la porte du CDI se referme. Les annonces se raréfient, les processus s’allongent et les retours se font hésitants, depuis l’irruption de ChatGPT. Pour savoir ce qui relève du ressenti ou d’une rupture réelle, le Laboratoire de l’Innovation et du Futur du Travail (LIFT) d’HEC Paris, en partenariat avec la Banque de France, a décortiqué les données de mobilité de la Dares entre 2019 et 2026. Objectif : comprendre comment l’essor de l’IA générative redessine l’entrée dans l’emploi.

Leur diagnostic est sans appel sur une catégorie précise : les jeunes développeurs et ingénieurs informatiques. Entre novembre 2022, date de mise à disposition publique de ChatGPT, et mars 2026, leurs embauches en CDI ont chuté de -42 %, contre -11 % dans les autres métiers, différence de 31 points qui pointe vers un rôle possible de l’IA, sans l’isoler totalement. Et ce n’est qu’une partie du tableau.

IA et CDI : un -42 % qui bouscule les jeunes développeurs

Dans la note signée par cinq économistes du LIFT, ces -42 % ne décrivent pas la disparition des postes, mais le tarissement du flux d’entrées en CDI pour des profils âgés de 21 à 29 ans. Les auteurs s’appuient sur les séries de la Dares, qui recensent chaque mois les embauches et fins de contrat, et prennent novembre 2022 comme point de bascule. Sur la période, les autres métiers n’enregistrent qu’un recul de 11 % des embauches en CDI, ce qui fait des développeurs le cas extrême parmi les professions classées très exposées.

Segment Période Indicateur Évolution Lecture rapide
Jeunes développeurs et ingénieurs informatiques Nov. 2022 – mars 2026 Embauches en CDI -42 % chute très forte
Autres métiers du secteur privé Nov. 2022 – mars 2026 Embauches en CDI -11 % recul modéré
21-29 ans métiers très exposés Nov. 2022 – mars 2026 Embauches en CDI 28,3 % baisse marquée
21-29 ans métiers peu exposés Nov. 2022 – mars 2026 Embauches en CDI 7,5 % repli limité
21-29 ans métiers très exposés Nov. 2022 – mars 2026 Fins de CDI 23 % moins de départs
21-29 ans métiers peu exposés Nov. 2022 – mars 2026 Fins de CDI 6 % marché plus stable

Pour évaluer cette exposition, l’équipe utilise le référentiel des métiers et des tâches de France Travail, qu’un modèle de langage développé par Anthropic passe au crible pour estimer le potentiel d’automatisation de chaque tâche par des outils proches de ChatGPT. Les professions sont ensuite classées en cinq quintiles, de Q1 (peu exposé) à Q5 (très exposé) : métiers de la traduction, du journalisme ou de l’étude financière se retrouvent en haut, ceux du soin en bas, et les développeurs dans Q5. Dans un échantillon d’environ 6 000 entreprises, dont près de 600 déclarent un usage intensif de l’IA, ces dernières ont recruté en 2025 17 à 25 % de jeunes en CDI de moins que des entreprises comparables, sans chute nette de l’emploi total.

Jeunes métiers exposés à l’IA : un marché du travail qui se fige

Au-delà des seuls développeurs, le même schéma apparaît dans l’ensemble des métiers les plus exposés à l’IA. Chez les 21-29 ans du quintile Q5, les embauches en CDI reculent de 28,3 %, contre 7,5 % dans le quintile Q1 le moins exposé, soit un écart de 20,8 points. Après 50 ans, cet écart tombe à 3,8 points, signe que l’expérience joue un rôle protecteur. Les sorties de CDI se raréfient : fins de contrat en baisse de 23 % dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les moins exposés, ce qui donne l’image d’un marché qui se fige, avec moins d’opportunités mais aussi moins de départs.

Les chercheurs restent prudents : leurs résultats décrivent une corrélation entre diffusion de l’IA générative et gel des embauches, sans établir une causalité unique. Le ralentissement économique après les vagues de recrutement de 2021-2022, la hausse des taux, ou encore le télétravail, très répandu dans ces métiers et susceptible de compliquer l’integration des juniors, font partie des autres explications avancées. L’essor de l’apprentissage joue aussi : le nombre d’apprentis en France a dépassé le million fin 2023, détournant une partie des débuts de carrière du CDI. Pour les auteurs, la question est surtout de long terme : si les tâches d’entrée de gamme sont de plus en plus réalisées avec l’aide de l’IA, les entreprises risquent de manquer demain de professionnels expérimentés.

En bref

  • Entre novembre 2022 et mars 2026, une étude du LIFT (HEC Paris) et de la Banque de France analyse la chute des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers exposés à l'IA générative.
  • Les jeunes développeurs et ingénieurs informatiques voient leurs embauches en CDI reculer de 42 %, contre 11 % dans les autres métiers, tandis que les fins de CDI diminuent aussi, signalant un marché qui se fige.
  • Entre corrélation avec l'essor de l'IA, poids de la conjoncture et explosion de l'apprentissage, l'étude esquisse des pistes mais laisse ouverte la question de l'avenir des carrières juniors.
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