Il est riche en Bitcoin, sa mère est séquestrée : le procès aux assises d'une rançon à 10 millions d'euros

En juillet 2023, à Élancourt, la mère d’un entrepreneur crypto est séquestrée sous la menace d’une rançon de 10 millions d’euros en cryptomonnaies. Trois ans plus tard, quatre hommes sont renvoyés aux assises des Yvelines, dans un dossier encore plein de zones d’ombre.
Un faux livreur, une bâche au sol, une rançon en crypto exigée sous la menace d’une machette. Le 20 juillet 2023 au petit matin, à Élancourt dans les Yvelines, une femme de 56 ans ouvre la porte de son appartement à un homme en tenue de livreur, carton sous le bras. Deux complices surgissent, la repoussent à l’intérieur, l’attachent avec de l’adhésif jusqu’aux épaules. Derrière ce piège, la cible désignée est la mère d’un entrepreneur crypto installé à New York.
Les intrus la maîtrisent, la ligotent et exigent que son fils, patron d’une société financière spécialisée dans le Bitcoin à New York, règle une rançon de 10 millions d’euros en cryptomonnaies. La scène dure des heures, jusqu’à la fuite du commando après un versement bien inférieur à la somme réclamée. Trois ans plus tard, quatre hommes sont mis en accusation pour cette séquestration devant la cour d’assises des Yvelines, dans un dossier qui continue d’intriguer la communauté crypto.
Procès aux assises dans les Yvelines : une affaire crypto encore en attente
La mise en accusation vise quatre suspects, renvoyés devant la juridiction criminelle pour des faits de séquestration et de demande de rançon sur fond de crypto-actifs. Au centre du dossier figure Idriss L., 36 ans, sans casier avant cette affaire, présenté comme le logisticien qui aurait fourni l’adresse et le code d’entrée de l’immeuble aux exécutants. Au début de la semaine, il est apparu devant la chambre de l’instruction de Versailles pour demander sa remise en liberté, en affirmant qu’il n’a pas participé directement à l’agression et qu’il n’aurait « jamais accepté [s’il avait] su qu’il s’agissait de s’en prendre à une femme », rapporte « Le Parisien ». Les juges ont maintenu sa détention, estimant que la gravité des faits et les éléments réunis par les enquêteurs justifiaient son maintien en prison en attendant le procès.
| Date | Événement | Lieu / juridiction | Acteurs cités | Détails clés |
|---|---|---|---|---|
| 20/07/2023 | Séquestration au domicile de la victime | Élancourt (Yvelines) | Victime, trois agresseurs | Rançon 10 M€ en crypto, 30 000 € versés |
| 07/09/2023 | Arrestation du logisticien présumé | Domicile de sa compagne | Idriss L. | Valise prête, 25 000 € en liquide, carnet |
| 09/2023 | Interpellation d’un autre suspect | Nanterre | Chaher B. | ADN sur une bouteille de détergent |
| 2023 | Lien avec une autre agression crypto | Sarthe / Bois-d’Arcy | BRB Versailles, famille TeufeurS | Cible proche d’un influenceur crypto français |
| 08/2026 | Demande de remise en liberté rejetée | Chambre de l’instruction, Versailles | Idriss L., magistrats | Mise en accusation, attente du procès aux assises |
À ses côtés devant les assises doivent comparaître deux hommes de main présumés, Franck Aimé B. et Chaher B., interpelés quelques semaines après les faits, tandis que le commanditaire supposé, Badiss Bajjou (également désigné sous le nom de Badiss Mohammed Bajjou), a déjà été condamné à 25 ans de prison au Maroc et reste incarcéré dans ce pays, son extradition vers la France n’ayant toujours pas abouti. Aucune date d’audience n’a pour l’instant été annoncée pour le procès de l’affaire d’Élancourt, mais tous les mis en cause sont renvoyés pour des faits criminels commis au domicile d’une proche d’investisseur en Bitcoin.
Un faux livreur et une rançon crypto : le calvaire de la victime
Selon le dossier d’enquête, l’agression débute ce 20 juillet 2023 à l’aube quand un homme se présente comme livreur. Une fois la porte ouverte, deux complices poussent la quinquagénaire à l’intérieur, la plaquent au sol, l’enserrent d’adhésif des pieds aux épaules pendant qu’une bâche est tirée dans le séjour. Les agresseurs exhibent un marteau puis une machette, obligent leur otage à joindre son fils, dirigeant d’une société financière spécialisée dans le Bitcoin à New York, et exigent qu’il verse 10 millions d’euros en crypto sous la menace de lui couper l’oreille ou de la décapiter. Ils la dénudent, l’aspergent de produit détergent pour accentuer la pression, avant d’accepter de partir après un paiement d’environ 30 000 euros et un nettoyage méticuleux des lieux. Ce n’est qu’en fin de matinée, après avoir réussi à se libérer de son bâillon et à crier, que la victime sera délivrée par un voisin entré par une fenêtre.
L’enquête confiée à la brigade de répression du banditisme de Versailles suit la piste du véhicule des agresseurs, une Peugeot 3008 volée deux jours avant les faits, qui conduit jusqu’à Idriss L., interogé et arrêté le 7 septembre 2023 chez sa compagne, une valise déjà bouclée près de la porte. Lors de la perquisition, les gendarmes découvrent 25 000 euros en liquide et un calepin où figure la mention « voir les sicarios », expression aussi employée par les assaillants, tandis que l’ADN de Chaher B. est retrouvé sur une bouteille de détergent. Les enquêteurs font le lien avec l’agression, quelques mois plus tôt, du père de l’influenceur TeufeurS dans la Sarthe, attribuée au même « commando de Bois-d’Arcy » qui viserait des proches d’investisseurs en crypto-actifs, les rançons en actifs numériques étant jugées plus rapides à extorquer qu’un virement bancaire classique. Un des complices a reconnu sa participation, et l’avocate du logisticien souligne qu’il n’aurait « jamais été en contact avec la victime ».
En bref
- En juillet 2023, une femme de 56 ans, mère d’un entrepreneur crypto basé à New York, est séquestrée à son domicile d’Élancourt, dans les Yvelines.
- Les agresseurs, arrivés sous couvert d’un faux livreur, exigent une rançon de 10 millions d’euros en cryptomonnaies et repartent après un versement bien moindre.
- Quatre suspects, dont un logisticien présumé et un commanditaire incarcéré au Maroc, sont désormais renvoyés devant la cour d’assises des Yvelines, dans l’attente d’une date de procès.





