Pression sur la Fed : la nouvelle stratégie choc de Trump qui menace d’arrêter le commerce pour obtenir une baisse des taux

Publié le Par
Pression sur la Fed : la nouvelle stratégie choc de Trump qui menace d’arrêter le commerce pour obtenir une baisse des taux

Le 4 septembre 2026, Donald Trump menace d’arrêter le commerce avec des pays comme le Canada si la Fed refuse de baisser ses taux. Entre chiffres d’emploi solides et inflation encore élevée, ce bras de fer inédit peut-il vraiment infléchir la banque centrale américaine ?

Menacer d’arrêter le commerce pour obtenir une baisse des taux : la formule a surgit en plein week-end, sur Truth Social. Vendredi 4 septembre, Donald Trump a lié explicitement la politique commerciale des États-Unis aux décisions de la Fed, promettant de couper les échanges avec les pays en excédent commercial vis-à-vis de Washington si la banque centrale ne desserre pas sa politique monétaire.

Cette sortie intervient quelques heures après un rapport sur l’emploi américain très solide, qui a fait remonter à environ 58 % la probabilité, selon les marchés à terme, d’un relèvement des taux directeurs dès septembre plutôt que d’une baisse. Pour un président qui répète que les taux sont « trop élevés », voir les traders parier sur une hausse supplémentaire a tout d’une provocation. Le bras de fer ne fait que commencer.

Trump menace d’arrêter le commerce pour faire plier la Fed

Dans son message publié le 4 septembre, Donald Trump a adopté un ton d’ultimatum : « BAISSEZ LE TAUX OU J’ARRÊTERAI DE COMMERCER AVEC LES PAYS AVEC LESQUELS NOUS AVONS UN DÉFICIT DÉBIT […] C’EST MIEUX QUE LES DROITS DE DOUANE ! », a-t-il écrit sur Truth Social, cité par Journal du Coin. Il présente cette arme commerciale comme « meilleure que les tarifs », visant d’abord les pays avec lesquels les États-Unis enregistrent un déficit, le Canada étant une nouvelle fois cité en exemple.

Trump justifie sa menace par la publication, le même jour, du rapport sur l’emploi NFP, largement supérieur aux attentes. Ce chiffre a poussé les marchés à revoir leurs paris et à juger plus probable un nouveau relèvement de taux en septembre. Le président, qui martèle que les taux sont « trop élevés », cherche donc un levier de pression extérieur à la mécanique institutionnelle de la Fed. En pratique, un embargo commercial punirait surtout les entreprises et les consommateurs des deux côtés de la frontière, sans modifier le mandat légal de la banque centrale ni la manière dont elle lit les indicateurs d’inflation.

Fed, Canada et Royaume-Uni : un chantage commercial sous haute surveillance

Le paradoxe, relevé par plusieurs observateurs, tient au fait que l’homme aujourd’hui à la tête de la Fed, Kevin Warsh, a été choisi par Donald Trump lui-même après des mois de critiques contre Jerome Powell. Lors de son audition au Sénat, Kevin Warsh a expliqué n’avoir jamais promis de baisse de taux en échange de sa nomination, et, fin août à Jackson Hole, il a reconnu que la Fed pourrait encore avoir « du travail » à faire contre l’inflation. Trump a fini par concéder que Warsh « a un conseil » à gérer, un conseil qu’il qualifie au passage de « politique ». La banque centrale a confirmé à cette occasion que sa cible de 2 % pour l’inflation PCE restait ferme, alors que les dernières données tournaient autour de 3,7 % pour le PCE global et 3,3 % pour le sous-jacent, loin de justifier un assouplissement rapide.

Sur le terrain commercial, le président dispose de marges de manœuvre, par exemple via l’International Emergency Economic Powers Act, une loi de 1977 qui lui permet de restreindre certaines transactions internationales en cas d’urgence nationale. Mais un arrêt massif des échanges avec les pays excédentaires serait politiquement explosif, juridiquement contestable et économiquement coûteux, dans un contexte où le déficit commercial américain atteignait autour de 88,6 milliards de dollars (environ 81 milliards d’euros) en juillet. La prochaine grande échéance pour la Fed reste l’indice des prix à la consommation (CPI) d’août, attendu le 11 septembre, qui pèsera lourd dans la décision de septembre. Les marchés financiers, eux, ont déjà réagi : le bitcoin est repassé sous les 80 000 dollars, soit un peu moins de 75 000 euros, après la publication du NFP, signe que la confiance dans les actifs rares grimpe quand l’indépendance de la banque centrale semble fragilisée par la pression gouverementale.

Date Événement Donnée clé Impact sur les taux
28 août 2026 Discours de Kevin Warsh à Jackson Hole Objectif PCE 2 % réaffirmé Confirme une Fed vigilante sur l’inflation
4 septembre 2026 (matin) Publication du NFP d’août 162 000 emplois, chômage 4,1 % Rend une baisse des taux peu crédible
4 septembre 2026 (après-midi) Post de Donald Trump sur Truth Social Menace d’arrêter le commerce Accroît la pression politique sur la Fed
11 septembre 2026 CPI d’août attendu Inflation détaillée publiée Peut valider ou non une future hausse
Juillet 2026 Balance commerciale américaine Déficit 88,6 Md$, env. 81 Md€ Alimente l’argumentaire sur les pays excédentaires

La mise sous tension de partenaires comme le Canada s’inscrit dans une méthode plus large, déjà observée dans la relation avec le Royaume-Uni. Dans un entretien au Financial Times, Jamieson Greer, représentant de la Maison Blanche pour le Commerce, estime que Londres a choisi « Bruxelles plutôt que l’Amérique » en restant aligné sur les règles européennes. « C’est ainsi que nous l’interprétons (…) sur la base de mes conversations avec le Royaume-Uni, où je dis: ‘Eh, vous êtes libres de l’UE. Pourquoi ne pas libéraliser un peu, accepter des biens conformes aux normes américaines, accepter des produits agricoles conformes aux normes américaines?' », explique-t-il, cité par BFMTV. « Et ils répondent: ‘Eh bien, nous devons attendre de voir ce que l’UE en dit.’ Vous savez, c’est un problème pour nous et c’est difficile ». Pour Jamieson Greer, les accords conclus après 2025 ont été « bénéfiques aux deux parties » et constituent « une bonne première récolte », mais il pointe encore des « points de blocage », rappelant que « Le Royaume-Uni a bénéficié d’un accès libre au marché agricole américain, tandis que l’accès des États-Unis au marché agricole britannique a été très limité ». Dans ce contexte, la menace d’un embargo commercial pour forcer la main de la Fed apparaît comme une nouvelle déclinaison d’une même stratégie de rapport de force, dont les prochains chiffres d’inflation diront si elle pèse réellement sur la trajectoire des taux américains.

En bref

  • Le 4 septembre 2026, à la suite d’un rapport NFP solide, Donald Trump utilise Truth Social pour cibler la Fed et lier ouvertement commerce extérieur et politique monétaire.
  • Il menace de cesser de commercer avec des pays en excédent, dont le Canada, alors que Kevin Warsh rappelle à Jackson Hole une cible d’inflation PCE à 2 % encore loin d’être atteinte.
  • Entre pouvoirs présidentiels limités, risque d’embrasement commercial et prochaines données d’inflation, l’issue de ce bras de fer restera suspendue aux signaux envoyés par la Fed.
À propos de l'auteur
La rédaction Bourse Inside

La rédaction Bourse Inside est un collectif de journalistes financiers, d’analystes de marché et d'experts en gestion de patrimoine. Notre mission : décrypter l'actualité macroéconomique, les marchés financiers, l'immobilier et la fiscalité pour en extraire des analyses claires, objectives et actionnables. Engagée pour la transparence et l'indépendance éditoriale, l'équipe applique une charte déontologique stricte afin de fournir à nos lecteurs une information vérifiée, sourcée et à forte valeur ajoutée.

Ses derniers articles