Baignade dans la Seine : ce projet « historique » d’Anne Hidalgo coûte jusqu’à 56 € par nageur et 100 M€ aux Parisiens, pour une eau jugée encore incertaine
Promesse phare d’Anne Hidalgo pour l’héritage des JO 2024, la baignade dans la Seine devait rendre le fleuve aux Parisiens dès l’été 2025. Mais un rapport de la Chambre régionale des comptes révèle une note salée et un résultat loin d’être garanti.

Promesse de campagne, vitrine écologique des Jeux olympiques et symbole d’un fleuve « retrouvé » : la baignade dans la Seine a été présentée comme un tournant historique pour la capitale. Après trente années d’interdiction, la maire de Paris Anne Hidalgo s’est engagée à offrir aux habitants la possibilité de piquer une tête en plein cœur de la ville, dans une eau annoncée comme assainie.
Un récent rapport de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, rendu public le 20 novembre, vient toutefois éclairer l’envers du décor. L’ouverture de trois sites publics et gratuits a nécessité des investissements massifs et entraîne des coûts de fonctionnement récurrents, au point de transformer ce projet emblématique en sujet très sensible coté finances. Et surtout, la note laisse songeur quand on la rapporte à chaque plongeon.
Baignade dans la Seine : une promesse de retour à l’eau très encadrée
Après environ 30 ans d’interdiction de baignade pour le grand public, Anne Hidalgo avait affiché sa volonté de rendre la Seine à nouveau accessible. Le fleuve a été présenté comme ayant été « dépollué » à l’occasion des Jeux olympiques de 2024, avec l’idée assumée de laisser un héritage durable aux Parisiens. Dans ce cadre, trois sites de baignade publics et gratuits ont été ouverts l’été dernier : Bercy dans le XIIe arrondissement, Bras Marie dans le IVe et le Pont de Grenelle dans le XVe.
Le rapport de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, dont le contenu est repris par Capital, chiffre désormais ce « plan baignade ». La facture totale avoisine les 100 millions d’euros. La soixantaine de pages détaille que 84 millions d’euros ont été consacrés aux aménagements liés aux Jeux olympiques de Paris, 13 millions d’euros aux bassins spécifiquement destinés au public, et que le fonctionnement des sites représente encore 5 millions d’euros par an pour la mairie de Paris. Des montants jugés très importants dans le contexte budgétaire actuel du pays.
Un coût par nageur élevé et une qualité de l’eau toujours discutée
L’accès gratuit à ces trois espaces de baignade était présenté comme un gage d’ouverture populaire. Dans les faits, ce choix accentue le poids du dispositif pour la collectivité. Le rapport montre que chaque nageur revient entre 28 et 56 euros au budget municipal, selon les jours d’ouverture : 28 euros lorsque les plages sont ouvertes tous les jours, presque 37 euros en cas de fermeture 25 % du temps, et 56 euros si le site est fermé un jour sur deux. Or, selon Le Parisien, les sites de Bercy, Bras Marie et Pont de Grenelle ont été fermés entre 30 et 45 % du temps entre juillet et septembre, en raison notamment de la météo ou de la qualité de l’eau. Pour la collectivité, le coût de ce service est indiqué comme au moins trois fois supérieur à celui d’une police municipale.
Au delà des chiffres, la fiabilité sanitaire du fleuve reste au centre des interrogations. Le classement de l’eau est simulé à chaque ouverture de baignade, et les magistrats financiers pointent l’absence de garantie solide sur le plan bactériologique. « L’organisation de la baignade pérenne dans la Seine […] s’avère coûteuse pour un résultat incertain », écrit la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France dans son rapport, cité par Capital. « Aucune donnée bactériologique ne permet aujourd’hui d’établir que [celui-ci] est conforme aux seuils fixés par la directive baignade de 2006 », ajoute-t-elle. Les risques sanitaires restent donc au cœur du débat, alors même que ce dispositif présenté comme historique pèse déjà plusieurs dizaines de millions d’euros sur les finances parisiennes, et qu’il faudra continuer à l’entretenir année après année pour espérer tenir la promesse de départ, aussi comentée qu’ambitieuse.






