La course aux innovations anti-obésité : comment les big pharma s'arrachent les biotechs prometteuses
Les géants pharmaceutiques s'affrontent pour dominer le marché des traitements anti-obésité. Qui remportera la bataille des innovations et des alliances stratégiques ?

Les traitements contre l’antiobésité ne se négocient plus dans le secret des labos : ils s’arrachent. Face à un marché en plein essor, les big pharma multiplient les approches pour mettre la main sur des biotechs qui détiennent les prochaines molécules clés.
Ce bras de fer s’inscrit dans un basculement plus large : davantage de recherche et développement externalisée, des fusions et acquisitions plus précoces, et des alliances qui prennent le relais des grands rachats. Les chiffres et les verbatims de l’écosystème le confirment. La suite pourrait aller très vite.
Big pharma et antiobésité : la bataille change d’échelle
Le vivier d’innovations s’est densifié. Environ 21 000 médicaments sont aujourd’hui en recherche et développement, en hausse moyenne de 7 % par an sur cinq ans ; quand le top 3 des plus gros laboratoires développe chacun près de 140 molécules, 85 % des projets sont portés par de petites pharmas ne travaillant que sur quelques produits, selon Alexandre Delhay (EY-Parthenon). En France, près de 900 biotechs existent, après +85 % en quinze ans, et les rachats par les grands laboratoires ont doublé entre 2013 et 2023. Dans ce décor, les dossiers antiobésité sont devenus des cibles évidentes pour accroitre les portefeuilles.
2024 a marqué un coup de frein en valeur, sans casser la dynamique en volume. La valeur totale des fusions et acquisitions dans la biopharma s’est élevée à 92 milliards de dollars (environ 86 milliards d’euros), avec une baisse de 51 %, mais le nombre de deals a progressé à 95 contre 81 en 2023. « Ce que l’on voit, c’est que la phase 1 représentait 30 % des deals M&A l’année dernière, contre 15-25 % auparavant. Les grands labos prennent plus de risques, mais c’est moins cher, même si le premium grimpe à 75 %, ce qui est le 2e plus haut niveau en 10 ans après 83 % en 2023 », analyse Alexandre Delhay, cité par Consultor.
Alliances, fusions et acquisitions : les chiffres qui expliquent la ruée
La logique est assumée : acheter plus tôt pour sécuriser les actifs prometteurs. « Les acquisitions se font de façon plus précoce, ce qui ménage les prix, mais montre également une acceptation accrue du risque associé », explique Arnaud Laferte (EY-Parthenon). Et le partage des rôles reste net entre biotechs et grands groupes. « Les grands labos ne peuvent pas tout inventer, une partie importante de l’innovation vient des biotechs, car elles prennent plus de risques en développant plus de nouveaux concepts », souligne Pierre Kemula (Agomab). Bref, l’antiobésité se retrouve au carrefour de cette mécanique : science chez les petites structures, développement et accès au marché chez les géants.
Sur le terrain des autorisations et des revenus, le mouvement se voit déjà. « En 2024, deux tiers des AMM européennes [Autorisations de mise sur le marché, ndlr] pour de nouvelles molécules ont été accordées à de grands laboratoires, ou “big pharma”, et un tiers à des biotechs, alors que le détenteur initial de la molécule était pour deux tiers une biotech et pour un tiers un grand laboratoire. Cependant, si l’on regarde les médicaments “blockbusters” (ceux qui génèrent plus de 1 milliard de dollars par an) autorisés durant les 10 dernières années par la FDA, environ 60 % ont été développés en interne par le détenteur d’AMM », observe Marc Lefrançois (CMI). Soit près de 0,93 milliard d’euros par an.
Dans le même temps, les alliances ont pris de l’ampleur, 353 millions d’euros ayant été levés en France en 2024 via des accords industriels, et « les alliances sont passées devant le M&A en 2024, en volume et en valeur totale potentielle de deals, dans une volonté de se développer autrement pour les labos et de partager le risque », note aussi Alexandre Delhay. D’après l’analyse Firepower 2025 d’EY, 45 % des ventes du secteur provenaient déjà de produits acquis par des fusions et acquisitions en 2023, 20 % d’alliances ou coentreprises, et la part combinée de ces modèles atteindrait 68 % d’ici 2028.








