Leroy Merlin ferme Daumesnil et Rosa Parks à Paris en 2026 : près de 280 salariés inquiets, ce virage stratégique qui fait trembler le secteur

Par Paul Graph - Publié le

À Paris, les magasins Leroy Merlin de Daumesnil et Rosa Parks s’apprêtent à baisser le rideau, laissant près de 280 salariés dans l’incertitude. Que cache vraiment ce virage vers de plus petites boutiques et le numérique ?

Leroy Merlin ferme Daumesnil et Rosa Parks à Paris en 2026 : près de 280 salariés inquiets, ce virage stratégique qui fait trembler le secteur

Dans le paysage du bricolage, un symbole fort est en train de vaciller. À Paris, une grande enseigne que beaucoup de bricoleurs fréquentaient depuis des années s’apprête à tourner la page sur deux de ses adresses les plus visibles, prenant de court salariés et clients fidèles qui n’avaient jamais vraiment imaginé ce scénario.

Car pour la première fois depuis très longtemps, Leroy Merlin, numéro un du bricolage en France, va fermer deux de ses grands magasins parisiens, jugés structurellement déficitaires, au cœur d’une capitale où les habitudes de consommation ont basculé vers le numérique et la proximité. Environ 271 à 280 salariés sont concernés, et les syndicats parlent déjà d’un choc social qui dépasse largement la simple fermeture de rayons de bricolage.

Deux grands magasins Leroy Merlin de Paris, Daumesnil et Rosa Parks, condamnés à fermer

L’annonce est tombée lors d’un comité social et économique central à Lille : les magasins Leroy Merlin Daumesnil, dans le 12e arrondissement, et Leroy Merlin Rosa Parks, dans le 19e, fermeront leurs portes en 2026. D’après les informations communiquées aux représentants du personnel, Rosa-Parks doit baisser le rideau en avril 2026, puis Daumesnil suivra en octobre. Ces deux sites, d’environ 6 000 m² chacun, avaient pourtant enregistré un trafic important, avec 596 000 passages en caisse en 2024 pour Daumesnil et 573 000 pour Rosa-Parks, mais des magasins apparement fréquentés ne suffisent plus à garantir leur avenir.

En coulisses, la direction assume un problème ancien de rentabilité. Un porte-parole de l’enseigne a confirmé à Actu que « Ces deux magasins n’étaient structurellement pas rentables et ce, dès leur ouverture », une dizaine d’années plus tôt. Les charges élevées liées à ces grandes surfaces en cœur de ville, la montée en puissance du e-commerce et la recherche de formats plus compacts ont rendu ces sites trop coûteux à maintenir. Leroy Merlin veut désormais miser sur de petits magasins spécialisés, de 100 à 250 m², dédiés par exemple à la cuisine, à la salle de bains ou à la menuiserie, un concept déjà testé dans le 15e arrondissement de Paris et à Boulogne. « 90 % des clients qu’on y reçoit résident dans un rayon de 1,5 km », a souligné Loïc Porry, directeur régional de l’enseigne à Paris dans Le Parisien, qui voit la capitale comme un laboratoire avant d’éventuelles ouvertures dans les grandes villes de province.

Près de 280 salariés concernés, tensions syndicales et virage stratégique de Leroy Merlin à Paris

Derrière les mètres carrés qui disparaissent, il y a surtout des visages. Selon les différentes estimations, 271 à environ 280 salariés travaillent aujourd’hui dans les magasins de Daumesnil et de Rosa-Parks. L’entreprise assure vouloir proposer des solutions de reclassement dans ses 26 magasins franciliens, situés à Paris et en première couronne, mais aussi dans les futurs petits formats en centre-ville. « L’objectif est de proposer un poste à tout le personnel », a affirmé Loïc Porry dans Le Parisien. La CFDT, très présente dans ces magasins, a diffusé un tract qui évoque « 271 salariés jetés dans l’inconnu à un mois de Noël », promettant d’être vigilante pour éviter ce qu’elle redoute être « un plan de sauvegarde de l’emploi [PSE] déguisé ». La même organisation rappelle que la direction a indiqué qu’en cas de refus des postes proposés, « le collaborateur pourra faire l’objet d’un licenciement pour motif disciplinaire. Cette option est inadmissible », a réagi le syndicat dans un communiqué.

La colère dépasse la seule CFDT. Pour Cyril Seguin, représentant syndical FO, « Leroy Merlin, c’est un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros, des centaines de millions d’euros de dividende reversés chaque année, assure-t-il. Numéro 1 du secteur, on ne pensait pas qu’il y aurait des fermetures. La direction nous dit que ces deux magasins parisiens ne sont pas rentables mais c’est certainement le cas d’autres magasins de ce type en France, est-ce que ça veut dire que tous les autres vont être fermés ? », a-t-il déclaré dans Le Parisien. Du côté de la CGT, la déléguée syndicale centrale Imane Haddach estime que « Ces magasins sont déficitaires depuis des années, mais leur implantation était un choix stratégique de la direction : implanter des vitrines pour occuper le terrain. On a le sentiment d’assister à un plan social déguisé, après les 200 départs au siège dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective. La seule question est de savoir comment vont être traités les êtres humains dans ce plan ? », a-t-elle dénoncé auprès du même quotidien. Les élus ont demandé une expertise sur la situation de ces deux sites et ont déclenché une procédure d’alerte sur la santé et la sécurité des salariés, pendant que l’enseigne poursuit son recentrage sur des surfaces plus petites, davantage connectées et pensées pour une clientèle urbaine très mobile, avec pour priorité affichée le développement du digital, des services de conseil en magasin et du click & collect.