Pourquoi la Banque centrale européenne conseille de garder 70 à 100 euros d'argent liquide chez soi

Par La Rédaction - Mis à jour le

Entre guerre, pandémies et menaces de cyberattaques, la Banque centrale européenne recommande désormais à chaque citoyen de garder entre 70 et 100 euros en liquide chez soi. Un geste simple, mais lourd de sens.

Pourquoi la Banque centrale européenne conseille de garder 70 à 100 euros d’argent liquide chez soi

C’est une note pour le moins inhabituelle de la part de la Banque centrale européenne. Le 24 septembre 2025, l’institution monétaire a publié un document intitulé « Gardez votre calme et emportez de l’argent liquide », dans lequel elle conseille aux citoyens européens de conserver une réserve d’espèces chez eux. Loin d’un appel à la panique, cette préconisation se veut pragmatique : selon la BCE, il faudrait disposer de 70 à 100 euros en billets ou pièces, par personne, afin de pouvoir tenir environ 72 heures en cas de crise majeure.

Ce montant ne sort pas de nulle part. En Finlande, en Autriche et aux Pays-Bas, les autorités nationales recommandent déjà aux ménages de conserver cette somme minimale à domicile. L’objectif : couvrir les besoins essentiels si les services bancaires ou les terminaux de paiement venaient à être indisponibles, comme cela a déjà été observé lors de certaines pannes électriques ou lors de la pandémie.

Un rempart en cas de crise : coupures, attaques ou pandémie

Le message de la BCE est clair : l’argent liquide est un filet de sécurité. Elle le qualifie même de « protection à faible coût contre une instabilité systémique majeure », notamment en cas de coupure d’électricité ou de cyberattaque paralysant les réseaux de paiement. Le précédent est récent : en avril, une partie de la France, de l’Espagne et du Portugal a subi une panne électrique ayant rendu de nombreux distributeurs et terminaux de paiement inopérants.

La pandémie de 2020 avait déjà montré le rôle essentiel des espèces dans les périodes de crise prolongée. À cette époque, la demande de billets en euros avait bondi de façon spectaculaire, avec une émission nette cumulée de plus de 140 milliards d’euros, contre 55 milliards en temps normal. Cette réalité vient conforter l’idée que, malgré la dématérialisation croissante des paiements, le cash reste une valeur refuge.

Une « roue de secours » indispensable au système de paiement

La recommandation de la BCE intervient alors même que l’Europe développe un euro numérique. Un paradoxe ? Pas vraiment. Car dans cette même note, l’institution rappelle qu’ « aucun système n’est infaillible ». Elle va même jusqu’à qualifier l’argent liquide de « roue de secours », précisant que « la résilience des espèces suggère qu’elles présentent des avantages systémiques plus vastes, difficiles à quantifier ».

Autrement dit, face à des infrastructures bancaires de plus en plus numérisées, mais vulnérables, les espèces jouent un rôle stabilisateur. La BCE appelle même les États à suivre l’exemple de certains pays du nord de l’Europe en incitant leurs citoyens à conserver un petit fonds de sécurité à la maison.