Riposte à Donald Trump : pourquoi les vins et alcools américains disparaissent massivement des supermarchés canadiens

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Riposte à Donald Trump : pourquoi les vins et alcools américains disparaissent massivement des supermarchés canadiens

Au Canada, les bouteilles et produits venus des États-Unis s'effacent des rayons à mesure que l'escalade tarifaire de Donald Trump s'intensifie. Derrière ce boycott assumé, un mot d'ordre domine désormais les achats : acheter canadien.

Dans les supermarchés de Montréal ou de Toronto, certains rayons ont changé de visage. Là où s’alignaient vins californiens et bourbons du Kentucky, les bouteilles américaines se font rares et les étiquettes arborant la feuille d’érable se multiplient, au point que les vins et les alcools venus des États-Unis ont quasiment disparu des étals dans la plupart des provinces qui en contrôlent la vente.

« Acheter canadien ». Le mot d’ordre s’est imposé au fil des mois, alors que l’escalade commerciale lancée par Donald Trump contre le Canada a déclenché une série de droits de douane et de contre-mesures. Les rayons ont commencés à se vider de produits américains, pendant que le gouvernement de Mark Carney encourageait ouvertement ce réflexe de boycott des produits américains au Canada. Et ce mouvement ne se joue plus seulement dans les magasins.

Boycott des produits américains au Canada : un bras de fer tarifaire devenu geste quotidien

Le conflit est d’abord passé par les usines et les ports. L’industrie canadienne de l’acier et de l’aluminium a été frappée par des tarifs douaniers américains de 25 %, avec la menace de taxes pouvant grimper jusqu’à 50 % si les entreprises refusaient de délocaliser leur production aux États-Unis. « Il est impossible que la production canadienne d’aluminium et d’acier soit délocalisée aux États-Unis », tranche Jamie Tronnes, directrice du Centre, citée par Courrier International. Dans ce climat, « Pendant plus d’un an, raconte ainsi The Globe and Mail, des Canadiens – du moins certains d’entre eux – se sont indignés contre leur plus proche voisin international, boudant les produits américains et leurs destinations de vacances aux États-Unis », relatait le quotidien, là encore cité par Courrier International.

Ottawa a répliqué en annonçant des contre-mesures tarifaires ciblées, avec des droits de 15 %, 25 % puis 50 % sur une série de produits américains, applicables à partir du 8 septembre selon le ministère fédéral des Finances. Pour transformer ce bras de fer en geste de consommation, le gouvernement a mis en avant l’argument du pouvoir d’achat. « Il est bon de se rappeler que le plus grand pouvoir que l’on a, tous et toutes, c’est notre propre pouvoir d’achat. (…) On peut choisir d’acheter canadien et on doit choisir d’acheter canadien », a insisté le ministre des Finances François-Philippe Champagne, cité par BFMTV. « Quand vous choisissez un produit canadien, vous ne mettez pas seulement la pression sur les États-Unis, mais vous protégez des emplois », a renchéri la ministre de l’Industrie Mélanie Joly, selon les mêmes images.

Dans les magasins et le tourisme, les effets visibles du boycott se multiplient

Dans les allées des grandes chaînes, ce discours se traduit par des choix très concrets. Depuis le début de l’offensive douanière de Donald Trump, « les vins et les alcools américains ont disparu des étals dans la plupart des provinces, qui ont le monopole de leur vente », résument les autorités provinciales. Les enseignes mettent en avant les produits locaux, parfois à grand renfort de marketing patriotique : dans un magasin Canadian Tire de Montréal, les employés portent un T-shirt frappé du slogan « Nous jouons tous pour le Canada ». À la caisse, le Montréalais Philippe Méranger assume ce tournant : « Les droits de douane, ça fait du mal à notre économie, mais ça nous force à acheter canadien. Et ça, je suis bien d’accord », confie-t-il, cité par BFMTV. Le gérant Peter Gianopolis dit « déjà voir une différence » dans le comportement des clients, ajoutant : « Les clients demandent l’origine des produits et préfèrent toujours ceux du Québec, même si c’est plus cher ».

Organisme / province Mesure appliquée Catégories concernées Date et source
LCBO (Ontario) Arrêt d’achat et de vente de produits américains Vins, spiritueux et bières des États-Unis Communiqué du 4 mars 2025 (LCBO)
SAQ (Québec) Retrait des produits américains du réseau Alcools américains en succursales et en ligne Avis officiel 2025 (SAQ)
Autres provinces à monopole Réduction forte des références américaines Vins et alcools importés des États-Unis Données gouvernementales provinciales 2025

Le boycott dépasse largement les courses. Dès les premières tensions, des rayons de dépôts d’alcool ont été vidés de leurs produits américains, des conférences délocalisées et des voyages annulés. Sur le terrain touristique, ce climat a entraîné l’an dernier une chute de 25 % du nombre de Canadiens se rendant aux États-Unis, soit près de 10 millions de déplacements en moins selon la Banque du Canada. L’avocate Charlotte Dumonceau résume une attitude fréquente : « J’ai prévu de ne pas aller en vacances aux États-Unis pour les prochaines années », expliquait-elle à BFMTV. Si Statistique Canada a comptabilisé 2,3 millions de voyages vers les États-Unis en juin, en hausse de 5 % sur un an, le niveau reste inférieur à celui d’avant crise, malgré les promotions de certains États frontaliers comme l’initiative « New York Loves Canada ». En parallèle, la Banque du Canada observe qu’entre janvier et mars 2025 la part des produits canadiens dans les dépenses alimentaires a gagné environ deux points, tandis que celle des produits américains reculait, signe que le réflexe Acheter canadien s’ancre désormais dans les paniers autant que dans les esprits.

En bref

  • Depuis l'offensive tarifaire de Donald Trump sur l'acier et l'aluminium, Ottawa et plusieurs provinces canadiennes encouragent ouvertement un boycott des produits américains.
  • Dans les rayons d'alcool contrôlés par les monopoles provinciaux comme la LCBO et la SAQ, les références américaines ont été massivement retirées tandis que le tourisme vers les États-Unis a chuté d'environ 25 %.
  • Entre rayons d'alcools vidés, voyages annulés et paniers d'épicerie qui se réorientent, le réflexe « Acheter canadien » s'enracine mais devra résister à la durée et aux effets sur les prix.
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La rédaction Bourse Inside

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