Immobilier : héritage, donation… 4 logements sur 10 échappent à la vente et creusent la fracture patrimoniale

Une étude de l’Insee révèle qu’en France, près de 4 logements sur 10 changent de mains sans passer par une vente classique. Ces transmissions tardives, concentrées chez les ménages aisés, interrogent leur rôle dans la crise du logement.
Quand un logement change de mains en France, la scène que l’on imagine est souvent la même : une annonce, des visites, une offre d’achat, un prêt immobilier. La dernière étude de l’Insee sur les transmissions de biens entre 2018 et 2022 montre pourtant une réalité bien différente du récit classique de l’accédant à la propriété.
Près de 4 logements sur 10 qui changent de propriétaire ne sont pas achetés, mais reçus par héritage ou donation. Et ces transmissions ne touchent pas tous les Français de la même façon : elles arrivent surtout à des quinquagénaires déjà propriétaires et restent très concentrées parmi les ménages les plus aisés, où elles alimentent la multipropriété et un entre-soi patrimonial marqué. Une statistique qui éclaire autrement la crise du logement.
Transmissions immobilières : presque 4 logements sur 10 sans vente
Selon l’étude publiée le 6 octobre, près de 39,9% des logements qui changent de propriétaire chaque année en France le font par transmition à titre gratuit, c’est-à-dire par succession ou donation, contre 60,1% via des ventes immobilières classiques. En volume, cela représente 443 000 logements hérités par an, soit 25,2% du total, 76 000 logements à la fois hérités et vendus (4,3%), et 183 000 logements donnés, soit 10,4% du flux annuel.
Ces biens arrivent souvent dans des patrimoines déjà constitués, et assez tard dans la vie. Les héritiers ont en moyenne 54 ans, les donataires 48 ans, alors que les acheteurs, qu’ils soient primo ou secundo accédants, ont 43 ans en moyenne. L’Insee résume ce décalage en une phrase : « Comme les personnes héritent et bénéficient d’une donation assez tard dans leur cycle de vie, elles ont déjà pu avoir le temps de devenir propriétaires, indépendamment de la transmission », écrit l’Institut, cité par L’Opinion. Dans les faits, « 63 % des héritiers et des donataires de logements possèdent déjà un ou plusieurs biens immobiliers », souligne encore l’Institut : 36% possèdent un seul logement, 27% sont déjà multipropriétaires avant même de recevoir un nouveau bien.
Chez les plus aisés, des transmissions immobilières disproportionnées
Les chiffres de répartition sociale confirment que ces transferts de propriété bénéficient surtout aux ménages les plus riches. L’Insee relève que 32% des bénéficiaires d’héritage ou de donation de logement se situent parmi les 20% de Français au niveau de vie le plus élevé, et que 34% des logements transmis aboutissent à ce dernier quintile, contre 22,2% pour le troisième et le quatrième quintiles et seulement 12,3% pour le premier, qui regroupe les 20% les moins aisés. En observant uniquement les transmissions qui restent dans la même catégorie de niveau de vie, « Ainsi, les transmissions immobilières entre personnes appartenant au cinquième des personnes les plus aisées sont trois fois et demi plus fréquentes qu’en moyenne dans l’ensemble de la population », indique l’Insee. Les seules donations, elles, sont « cinq fois plus fréquentes » pour cette catégorie. Au total, 70% des héritiers et donataires deviennent multipropriétaires après la transmission, contre 20% seulement des personnes majeures dans l’ensemble de la population.
| Statut du logement à 3 ans | Après héritage (%) | Après donation (%) | Lecture rapide |
|---|---|---|---|
| Occupé par conjoint ou propriétaire antérieur | 19 | 18 (usufruitier) | Forte continuité d’occupation |
| Vendu | 29 | 7 | Vente surtout après succession |
| Loué (résidence principale) | 16 | 30 | Donation alimente le locatif |
| Occupé par un héritier ou donataire | 15 | 20 | Occupation directe plus fréquente après don |
| Résidence secondaire | 11 | 14 | Part non négligeable en villégiature |
| Vacant | 8 | 9 | Une fraction reste vide |
| À nouveau transmis | 1 | Cas encore très marginal |
Reste la question de l’usage de ces logements transmis, dans un pays où la pénurie de résidences principales nourrit la grave crise du logement pointée par de nombreux acteurs. Les chiffres de l’Insee montrent qu’après une succession, la revente rapide concerne près de 30% des biens à trois ans, alors que les donations se traduisent plus souvent par une mise en location ou par l’occupation du logement par le donataire ou l’usufruitier. Entre maintien dans le giron familial, investissement locatif, résidences secondaires et vacance, la transmission immobilière dessine donc une géographie patrimoniale qui pèse lourd sur l’accès au logement des générations suivantes.
En bref
- Entre 2018 et 2022, l’Insee a recensé en moyenne 1,76 million de mutations de logements par an en France, dont près de 40 % via héritage, succession ou donation.
- Ces transmissions arrivent surtout à des héritiers d’environ 54 ans, déjà propriétaires dans 63 % des cas, et profitent majoritairement aux 20 % de Français les plus aisés, où elles alimentent fortement la multipropriété.
- Alors que près de 30 % des logements hérités sont revendus en trois ans et qu’une part croissante finit en location, résidence secondaire ou vacance, l’impact de ces flux sur les inégalités patrimoniales et l’accès au logement reste au cœur du débat.







