Retraite : se remarier peut-il vous faire perdre votre pension de réversion ? Les règles cachées de la Cnav, Agirc-Arrco, MSA et fonction publique
Près de 4,4 millions de Français vivent grâce à une pension de réversion qui peut s’éteindre du jour au lendemain. Remariage, Pacs ou concubinage : à quel moment votre nouveau couple met-il ce revenu en péril ?

Pour des millions de veuves et veufs, la question revient au moment où l’on envisage de refaire sa vie : un nouveau mariage peut-il faire disparaître la pension de réversion qui complète chaque mois la retraite et équilibre le budget du foyer ? En France, plus de 4,4 millions de personnes perçoivent déjà cette somme chaque mois, souvent en plus de leur propre pension, et ce chiffre devrait encore grimper avec le vieillissement de la population.
Cette pension, qui correspond à une partie de la retraite de la personne décédée versée au conjoint survivant, n’est pas attribuée automatiquement. Il faut la demander, parfois au prix de démarches en ligne complexes, avec formulaires et justificatifs, au point qu’en 2022 le Défenseur des droits estimait qu’un veuf ou une veuve sur sept finissait par renoncer. L’exécutif promet donc de simplifier : formulaires préremplis envoyés depuis mars, future plateforme de partage des bonnes pratiques, et même l’idée d’une « carte du conjoint survivant ». La ministre du Numérique Anne Le Hénanff a d’ailleurs assuré que « de nouvelles pistes de simplification » seraient identifiées d’ici la fin de l’année, a-t-elle indiqué, citée par RMC-BFMTV. Reste une interrogation très concrète : que se passe-t-il pour cette pension en cas de remariage.
Pension de réversion et remariage : pourquoi la réponse dépend de votre régime
Avant de parler remariage, il faut mesurer le poids de la retraite dans le niveau de vie des seniors. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), « La pension moyenne de droit direct brut – sans majoration de pension pour parents de trois enfants – s’élève à 1 705 euros pour les pensionnés résidant en France, soit une progression de 0,8% par rapport à 2023 », a indiqué la Drees, citée par Moneyvox. Comme la pension de réversion vient souvent s’ajouter à cette retraite de base, sa perte éventuelle peut représenter plusieurs centaines d’euros de moins chaque mois pour le conjoint survivant.
Le système français n’est pas un bloc unique. La Cnav – l’Assurance retraite du régime général -, l’Agirc-Arrco pour la retraite complémentaire des salariés du privé, la MSA pour le monde agricole ou encore le Service des retraites de l’État pour les fonctionnaires obéissent chacun à leurs propres règles. La Drees observe d’ailleurs que « L’âge conjoncturel de départ augmente d’un mois (par rapport à 2023) au régime général (63 ans et 7 mois) et de 5 mois à la fonction publique civile de l’État (63 ans et 2 mois) », ce qui fait entrer toujours plus de retraités dans ces dispositifs. Sur la question précise du remariage, ces régimes ne prennent toutefois pas du tout les mêmes décisions.
Se remarier, se pacser ou vivre en concubinage : ce que vous risquez selon votre caisse
Parmis les principaux régimes, celui des fonctionnaires se montre le plus strict. Le Service des retraites de l’État considère qu’un remariage, mais aussi un Pacs ou même un simple concubinage font perdre tout bénéfice de la pension de réversion. Concrètement, pour un conjoint survivant dont le mari ou la femme était fonctionnaire, la poursuite du versement est conditionnée au fait de rester célibataire et de ne pas vivre en couple au sens administratif. À l’inverse, le régime de base des salariés, géré par l’Assurance retraite (Cnav), laisse la possibilité de se remarier tout en continuant à toucher la pension de réversion.
Dans ce cas plus souple, tout se joue sur le niveau de revenus du foyer : les ressources annuelles brutes du couple ne doivent pas dépasser 40.002,56 euros pour conserver la pension de réversion, alors qu’une personne seule ne peut pas gagner plus de 25.001,60 euros par an pour y avoir droit. Du côté de l’Agirc-Arrco, qui gère la retraite complémentaire des salariés du privé, et de la MSA, la ligne est intermédiaire : le conjoint survivant ne peut pas se remarier s’il veut continuer de toucher une pension de réversion, en revanche il peut conclure un Pacs ou vivre en union libre sans remettre en cause ce droit. En pratique, la possibilité de « dire oui » sans perdre sa pension dépend donc étroitement du ou des régimes de retraite du conjoint décédé.
En bref
- En 2026, 4,4 millions de veuves et veufs dépendent d’une pension de réversion, dont le maintien varie fortement selon le régime de retraite concerné.
- Entre Cnav, Agirc-Arrco, MSA et fonction publique, remariage, Pacs ou concubinage peuvent soit laisser intacte, soit suspendre, soit éteindre définitivement la réversion.
- Avant de dire oui à une nouvelle union, une vérification régime par régime et une simulation de revenus de couple s’imposent pour éviter une mauvaise surprise.









