Consigne plastique : ce "greenwashing" soutenu par Coca-Cola qui va coûter 400 millions d'euros à votre commune
À Paris, la concertation sur la consigne des bouteilles plastiques vire au bras de fer entre l’État et les élus locaux. Tandis que Coca-Cola et Orangina soutiennent le projet, les associations crient au greenwashing et redoutent un jackpot pour les industriels.

Autour de la table, les chaises des élus se vident, mais pas celles des géants des sodas. Alors que des représentants de collectivités locales et d’associations environnementales claquent la porte d’une réunion au ministère de la Transition écologique, des marques comme Coca-Cola et Orangina, réunies au sein du Syndicat des boissons sans alcool, affichent au contraire leur soutien au projet gouvernemental de consigne pour recyclage des bouteilles plastiques.
En toile de fond, la France reste loin de l’objectif européen de 90 % de collecte et de recyclage des bouteilles et canettes en 2029, avec un taux de 58,4 % en 2024. Pour l’exécutif et les industriels, la consigne serait un levier pour rattraper ce retard ; pour une partie des élus et ONG, c’est une « fausse consigne » et du greenwashing qui masque surtout un transfert de valeur au profit des metteurs en marché. Cette polémiquee ne fait que commencer.
Consigne pour recyclage : Coca-Cola et Orangina aux côtés du gouvernement
Le Syndicat des boissons sans alcool (SBSA)Coca-Cola, Orangina, PepsiCo, Red Bull, Tropicana, Lorina ou Nestlé Waters, s’est dit « très impliqué et en soutien » du projet de consigne, a indiqué l’organisation à l’AFP. Sa directrice générale, Inès Boulant, explique que les vendeurs de ces boissons sont « pleinement engagés dans la démarche de coconstruction » du futur dispositif. Elle estime qu’il faudra « deux ans de préparation pour mettre en oeuvre un système de consigne » et évoque un coût de « à peu près 1 milliard d’euros » pour les metteurs en marché, dont les associations de collectivités redoutent qu’il soit répercuté sur les prix payés par les consommateurs.
Pour Inès Boulant, l’enjeu dépasse le seul marché français : elle dit espérer que les associations reviendront autour de la table, car « On y a tous intérêt collectivement parce que la consigne va être obligatoire » en vertu d’un règlement européen. Sur le réseau X, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a lui rappelé que « le taux de collecte et de recyclage des bouteilles en plastique et des canettes n’était que de 58,4% en 2024, contre un objectif de 90%« , ajoutant que « la mise en oeuvre de la consigne pour recyclage sera obligatoire au 1er janvier 2029 » si ce cap n’est pas atteint. Il dit regretter « le choix fait par les associations de représentants d’élus de ne pas accepter la concertation que propose le gouvernement », tout en appelant au « dialogue ».
Pourquoi élus et ONG parlent de greenwashing et de 400 millions € en jeu
Du côté des associations environnementales, la critique est frontale. « Ce n’est pas un système de consigne pour réemploi », qui permettrait de réutiliser des bouteilles déjà produites, « mais un système qui va permettre aux industriels de récupérer ces bouteilles pour produire encore plus de plastique », a estimé Axèle Gibert, de France Nature Environnement, lors d’un point presse commun avec Zero Waste France, le Cercle national du recyclage ou encore Federrec. Sur France Inter, la spécialiste des déchets va plus loin : « Ce n’est en aucun cas une mesure qui va permettre de réduire la production de bouteilles en plastique, au contraire, dénonce Axèle Gibert, spécialiste des déchets chez France Nature Environnement. Aujourd’hui, quand vous mettez vos bouteilles dans la poubelle jaune, c’est les collectivités qui les récupèrent. Si vous les mettez dans la machine [ndlr : de consigne], qui va la récupérer ? Coca-Cola, qui avec cet argent pourra produire encore plus de bouteilles en plastique. »
| Indicateur | Valeur | Année / date | Source / acteur | Point de tension |
|---|---|---|---|---|
| Taux collecte bouteilles et canettes | 58,4% | 2024 | Gouvernement | Retard jugé important |
| Objectif collecte UE | 77%, 80%, 90% | 2025, 2026, 2029 | Union européenne | Pression réglementaire croissante |
| Disparités territoriales | PACA 35,5% / Bretagne 75,4% | 2024 | Ministère | Efficacité variable du bac jaune |
| Coût de la consigne | 1 milliard d’euros | Mise en place | Industriels (SBSA) | Risque de répercussion sur les prix |
| Recettes des collectivités | 400 millions d’euros | Chaque année | Élus locaux | Crainte d’un transfert vers les industriels |
| Sanction financière UE | 1,5 Md€ par an | Si objectifs non atteints | État | Argument clé pour justifier la réforme |
Pour les élus locaux, l’angle mort reste le financement du service public des déchets. Selon France Inter, ils redoutent que 400 millions d’euros de recettes issues de la revente de matériaux à recycler ne basculent des collectivités vers les grands groupes, si les bouteilles sortent du circuit du bac jaune pour entrer dans celui des automates de consigne installés chez les distributeurs. « On a accepté le jeu de la concertation et du dialogue depuis un mois et demi, mais force est de constater que l’histoire est déjà écrite », dénonce Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce. Ce dernier ajoute : « On nous parle d’un vrai plan plastique, mais on n’a aucune mesure visant à réduire les plastiques dans leur globalité. On a eu une fin de non recevoir à la plupart de nos propositions structurantes. »
Vice-président de l’Association des maires de France, le maire de Bures-sur-Yvette, Jean-François Vigier, a prévenu que les élus locaux étaient prêts au « bras de fer » et à « suspendre le paiement de la TGAP », la taxe générale sur les activités polluantes, si le gouvernement maintenait son projet. « Nous ne nous laisserons pas faire contre cette absurdité », a martelé l’élu, qui estime que « comment juridiquement on met en œuvre cette consigne, avec quel calendrier, c’était acté, tacle l’élu. On se moque de nous, on a le sentiment que les arguments que nous développons ne sont pas écoutés, qu’ils n’écoutent que trois ou quatre groupes industriels qui n’ont qu’une idée en tête, récupérer de la matière. » Les associations d’élus disent désormais s’en remettre au Premier ministre Sébastien Lecornu pour reprendre le dossier, tandis que les industriels, eux, se préparent déjà à bâtir le futur système de consigne autour de leurs marques phare comme Orangina et Coca-Cola.
En bref
- Fin juin 2026, une réunion au ministère de la Transition écologique sur la consigne des bouteilles plastiques tourne à la rupture entre État, élus locaux et ONG.
- Tandis que le syndicat des boissons sans alcool, incluant Coca-Cola et Orangina, soutient un dispositif présenté comme indispensable pour atteindre 90 % de collecte, les collectivités dénoncent une fausse consigne et un transfert de 400 M€.
- Entre menace de sanctions européennes, risque de hausse des prix et bataille autour du bac jaune, le bras de fer sur la consigne plastique ne fait que commencer et pourrait rebattre les cartes du recyclage en France.







