La plus grande copropriété d'Europe puise de l'eau à 1700m de profondeur pour faire chuter la facture de chauffage de ses 18 000 habitants
À Parly 2, près de Versailles, 7 500 logements basculent en 2026 sur une eau à 62 °C pompée jusqu’à 1 700 m sous terre pour se chauffer. Cette géothermie profonde tiendra-t-elle ses promesses sur les factures et le gaz ?

Sous les immeubles de Parly 2, au Chesnay-Rocquencourt (Yvelines), on trouve désormais bien plus que des parkings souterrains. Cette gigantesque copropriété, souvent présentée comme la plus grande d’Europe avec ses 7.500 logements, vient de commencer à se chauffer grâce à une eau à environ 62 degrés pompée à près de 1.700 mètres de profondeur.
L’équivalent de 9.000 logements de la copropriété et d’infrastructures voisines (hôpital, hôtel de ville, écoles) est désormais raccordé à un nouveau réseau de chauffage et d’eau chaude sanitaire par géothermie, long d’une vingtaine de kilomètres. Cette mutation interressante est présentée par la copropriété comme une « grande première à l’échelle nationale » et elle rappelle se définir comme la « plus grande copropriété d’Europe », avec environ 18.000 résidents et des équipements dignes d’une petite ville. Reste à comprendre comment cette promesse d’énergie souterraine se traduit concrètement pour les habitants.
Parly 2, une copropriété géante chauffée par l’aquifère du Dogger
La clé du système se trouve dans l’aquifère francilien du Dogger, importante nappe d’eau chaude du Bassin parisien. À Parly 2, l’eau est captée à environ 62 °C entre 1.500 et 1.700 mètres de profondeur selon les documents du projet, puis acheminée vers une centrale géothermique de trois étages qui alimente un réseau privé d’une vingtaine de kilomètres desservant 7.500 logements et plusieurs équipements comme l’église, les piscines ou les courts de tennis. Une fois utilisée, l’eau géothermale est quasi intégralement réinjectée dans la nappe via un puits dédié, ce qui limite les pertes à la seule évaporation liée à la chaleur.
Avant cela, l’eau chaude très minéralisée est filtrée pour retirer la matière corrosive qui pourrait endommager les installations. « Cette eau filtrée va ensuite venir circuler dans des échangeurs de chaleur : un enchaînement de plaques qui vient transférer l’énergie d’un circuit vers un autre, donc du circuit géothermal vers le circuit des pompes à chaleur », explique Méril Telhaoui, responsable de département réseaux Engie en Île-de-France, à BFMTV. Dans les sous-sols des bâtiments, des pompes à chaleur prennent le relais : « C’est ici que l’on vient amplifier l’énergie produite de la géothermie. On consomme 5 à 6 fois moins d’énergie pour produire de la chaleur grâce à ces systèmes de pompes à chaleur », poursuit Méril Telhaoui. Pour Yves de Lavergne, retraité et membre du conseil syndical, cet investissement était en tout cas « nécessaire ». « Avec la géothermie, vous avez l’assurance d’un prix constant. En plus de ça, vous verdissez la copropriété, parce que vous consommez moins de gaz et vous rejetez moins de CO2. Et quand on rejette moins de CO2 on paye moins de taxes », décrit-il. « Nous n’aurons plus à subir les fluctuations du prix du gaz qui ont lourdement impacté les charges des copropriétaires ces dernières années, notamment avec la guerre en Ukraine », ajoute Patrice de Clinchamps, membre du conseil syndical principal, cité par l’AFP.
Coûts, économies et portée nationale du projet de géothermie de Parly 2
Le montage financier illustre l’ampleur du chantier. Engie a investi 35 millions d’euros pour forer les deux puits, construire la centrale géothermique et poser les canalisations, avec un soutien de 9 millions d’euros de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). La copropriété a, de son côté, engagé près de 12 millions d’euros pour moderniser ses installations thermiques, une somme lissée sur douze ans qui représente en moyenne moins de 200 euros par an et par propriétaire. Après mise en service, la géothermie doit couvrir environ 70 % des besoins, le gaz gardant un rôle d’appoint autour de 30 % ; Parly 2 rappelle qu’une conception dimensionnée pour couvrir 100 % des pointes hivernales était « techniquement possible mais trop onéreuse ». Les principaux ordres de grandeur du projet sont résumés ci-dessous.
| Indicateur | Valeur | Impact pour les résidents |
|---|---|---|
| Logements desservis | ≈ 7 500 logements (9 000 équiv.) | Chauffage collectif pour une petite ville |
| Profondeur et température de l’eau | ≈ 1 500–1 700 m ; 62 °C | Ressource chaude et stable sous Parly 2 |
| Longueur du réseau de chaleur privé | ≈ 20 km de canalisations | Immeubles et équipements reliés en continu |
| Mix géothermie / gaz | ≈ 70 % géothermie / 30 % gaz | Moins de gaz, appoint pour les pics |
| Investissements principaux | 35 M€ Engie + 12 M€ copropriété | Charges étalées sur douze ans |
| Chaleur produite et CO2 évité | ≈ 71 GWh/an ; 18 500 t CO2/an | Forte baisse de l’empreinte carbone locale |
Pour les copropriétaires, l’enjeu se mesure surtout sur la facture. Les habitants doivent bénéficier d’une baisse de leurs charges de chauffage estimée entre 15 et 20 % dès 2027, puis autour de 25 % à partir de 2029, tandis qu’Engie vise un retour sur investissement en une quinzaine d’années. « S’ils changent ça, c’est parce que l’on paiera peut-être moins de charges, sûrement », résume un habitant croisé dans les allées. « Cela a énormément coûté pour le faire… Je ne crois pas que cela va baisser notre charge », estime un autre, signe d’un accueil partagé. À l’échelle du pays, la géothermie ne pèse encore qu’environ 1 % de la consommation de chauffage, même si l’Île-de-France concentre près de 81 % des projets de géothermie profonde recensés. Dans les Yvelines, « Nous avons déjà foré en 2025 et nous allons commencer la construction d’une nouvelle centrale dans les prochains mois pour alimenter les villes de Bailly, de Noisy, du Chesnay, de la Celle-Saint-Cloud et de Bougival », décrit Ludovic Kerandel, directeur développement réseaux d’Engie Île-de-France. Les investissements de départ restent élevés, de l’ordre de 30.000 euros pour une centrale selon la Cour des comptes, ce qui pousse encore de nombreux acteurs à privilégier des pompes à chaleur classiques ; la même institution a d’ailleurs jugé « irréalistes » les objectifs publics visant à quadrupler d’ici 2035 une filière qui ne compte qu’environ 80 entreprises de forage qualifiées, alors qu’il en faudrait près de 2.000.
En bref
- Au Chesnay-Rocquencourt, la copropriété géante de Parly 2 engage en 2026 un projet de géothermie profonde pour alimenter 7 500 logements et plusieurs équipements publics.
- Une eau à 62 °C issue de l’aquifère du Dogger, captée entre 1 500 et 1 700 m puis réinjectée, alimente via échangeurs, pompes à chaleur et un réseau privé de 20 km un mix 70 % géothermie, 30 % gaz soutenu par ENGIE Solutions et l’Ademe.
- Entre investissements de plus de 47 millions d’euros, 18 500 tonnes de CO2 évitées par an et promesses de baisse de charges, Parly 2 devient un test grandeur nature pour la géothermie dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie.







