Crypto : le risque n'est plus sur votre écran mais à votre porte, la France concentre 2/3 des agressions physiques mondiales
En 2026, la France concentre près de deux tiers des agressions physiques visant les détenteurs de cryptomonnaies, un record mondial qui inquiète forces de l'ordre et investisseurs. Derrière ces attaques, fuites de données, OSINT et riposte des autorités redessinent le paysage du risque.

Un couple ligoté chez lui pour livrer un code, des septuagénaires enlevés en pleine nuit, des familles entières séquestrées pour quelques lignes de chiffres : en France, les détenteurs de cryptomonnaies découvrent que le risque ne se limite plus aux écrans et certains investisseurs se sentent particulierement ciblés. Depuis le début de l’hiver, les forces de l’ordre documentent une série d’enlèvements et de homejackings visant directement les porteurs de portefeuilles numériques.
Ce basculement vers la violence physique s’inscrit dans une tendance mondiale mise en lumière par la firme de sécurité CertiK, qui a comptabilisé 52 attaques coercitives en personne au premier semestre 2026, en hausse de 33 % par rapport à la même période de 2025. Et derrière ce chiffre global se cache une réalité encore plus troublante : la France concentre à elle seule 33 incidents vérifiés, soit près des deux tiers des cas recensés à l’échelle internationale, pour un préjudice estimé à 124 millions de dollars, soit environ 115 millions d’euros. Reste à saisir comment le pays est devenu un point focal de ces agressions crypto.
Des chiffres 2026 qui placent la France au centre des agressions crypto
Dans la typologie retenue par CertiK, ces attaques coercitives en personne visent une chose très précise : contraindre un individu, sous la menace, à livrer ses clés privées ou à initier un transfert de fonds numériques. Sur les 52 faits répertoriés dans le monde au premier semestre 2026, les 33 incidents enregistrés sur le territoire français représentent environ 63 % des cas connus. Le rapport chiffre l’exposition financière à près de 124 millions de dollars, soit autour de 115 millions d’euros, et précise que ces montants restent probablement sous-évalués, nombre de victimes choisissant de ne pas porter plainte par peur de représailles.
| Indicateur | Période | Valeur | Périmètre | Source |
|---|---|---|---|---|
| Attaques coercitives en personne recensées | S1 2026 | 52 | Monde | CertiK |
| Incidents vérifiés | S1 2026 | 33 | France | CertiK |
| Exposition financière estimée | S1 2026 | ≈ 124 M$ (≈115 M€) | Monde | CertiK |
| Évolution des attaques recensées | S1 2026 vs S1 2025 | +33 % | Monde | CertiK |
| Attaques « clé à la molette » | 2024 → 2025 | 40 → plus de 60 (+50 %) | Monde | Données publiques 2025 |
| Fonction anti-coercition (blocage retraits) | 4 mai 2026 | 1 à 7 jours, < 1 min | Binance | Binance |
La tendance ne naît pas en 2026. Dès 2025, CertiK relevait déjà une part prépondérante de l’Europe dans ce type de criminalité, tandis que les données disponibles montrent que les attaques dites à la « clé à la molette » sont passées de 40 en 2024 à plus de 60 en 2025, soit une progression d’environ 50 % en un an. Face au renforcement des protections logicielles et à la généralisation des portefeuilles sécurisés, les groupes criminels s’adaptent : ils délaissent le piratage purement informatique pour miser sur l’ingénierie sociale et l’exploitation de données issues de sources ouvertes, un terrain où l’empreinte numérique des investisseurs devient une cible en soi.
Fuites de données et séquestrations : la mécanique des agressions crypto en France
Les dossiers d’enquête ouverts en France donnent un aperçu concret de cette nouvelle mécanique. Le 5 janvier à 19h30, à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, trois hommes cagoulés ont ligoté et menacé une femme seule à son domicile pour obtenir la clé informatique de son compagnon contenant ses cryptoactifs. Trois jours plus tard, le 8 janvier, à La Chapelle-Saint-Aubin près du Mans, une famille avec trois enfants a été séquestrée près d’une heure pour livrer un code crypto, avant qu’un couple de septuagénaires ne soit enlevé dans la nuit du 14 au 15 janvier à Sallanches, en Haute-Savoie, puis retrouvé sérieusement blessé le 16 janvier dans la Drôme. Le 19 décembre déjà, à Dompierre-sur-Mer, un couple avait été violenté et délesté de 8 millions d’euros stockés sur une clé sécurisée Ledger.
Depuis début décembre, police et gendarmerie ont recensé au moins une dizaine de faits similaires, et une enquête a permis de lier une partie de ces séquestrations au piratage, à l’automne, d’une application dédiée aux détenteurs de cryptoactifs. À partir des données siphonnées, les hackers ont pu remonter à des noms et des adresses physiques de possesseurs de « wallets » et établir une liste de cibles, partagée au sein d’une même nébuleuse criminelle plutôt que revendue au plus offrant. C’est après avoir identifié ces données piratées que les services spécialisés de la police et de la gendarmerie, l’OFAC et l’UNC, ont pu rapprocher plusieurs rapts et homejackings, avant que le nouveau Parquet national anti-criminalité organisée ne se saisisse de plusieurs dossiers. « D’un strict point de vue judiciaire, il est trop tôt pour confirmer un rapprochement formel entre ces dossier » souligne une source proche du dossier citée par RTL, alors qu’une réunion a rassemblé le 19 janvier l’Oclco, l’UNPJ, la DRPJ parisienne et les services d’enquête spécialisés cyber pour coordonner la riposte.
La France illustre désormais le déplacement du risque vers les personnes physiques dans l’écosystème des crypto-actifs. Les experts en sécurité encouragent les investisseurs les plus exposés à adopter des dispositifs de garde plus robustes, comme des portefeuilles à multi-signatures, le recours à des tiers de confiance institutionnels et une stricte discrétion autour de leur patrimoine numérique. Les fuites de données issues de sociétés privées, mais aussi de bases publiques, alimentent ce ciblage et conduisent certains détenteurs de cryptos à envisager de quitter le pays pour leur sécurité. Dans ce contexte, plateformes et autorités commencent à ajuster leur réponse : une mesure emblématique est la fonctionnalité lancée par Binance, qui permet depuis le 4 mai 2026 de bloquer en moins d’une minute les retraits sur un compte pour une durée de 1 à 7 jours. « Durant cette période, personne, vous y compris, ne peut transférer vos cryptomonnaies hors de la plateforme », indique Binance, citée par BFM Crypto, assurant que le patrimoine de l’utilisateur sera mis à l’abri « de toute forme de pression ou de coercition », et « Nous ne pensons pas que la plupart des utilisateurs auront souvent besoin de cette fonctionnalité, mais elle est là pour les rares occasions où ils en auront besoin », prévient la société, tandis que les forces de l’ordre rappellent aux détenteurs de cryptomonnaies qu’ils peuvent se signaler auprès de leur commissariat ou gendarmerie pour figurer sur une liste prioritaire lors des appels au 17.
En bref
- Au premier semestre 2026, CertiK recense 52 attaques coercitives contre des détenteurs de cryptomonnaies dans le monde, dont 33 incidents vérifiés en France.
- En France, une série de séquestrations, homejackings et enlèvements liés à des fuites de données et à l'OSINT illustre comment les criminels ciblent les portefeuilles crypto.
- Entre nouvelles fonctions de protection comme le blocage des retraits sur Binance, solutions multisig et dispositifs des autorités, les investisseurs cherchent comment réduire ce risque physique.








