Carburants : rouler à l'huile de friture ou au rouge, l'économie à la pompe qui peut vous coûter des milliers d'euros

Alors que le litre de gazole frôle 2,40 €, certains Français remplissent leur réservoir avec de l’huile de friture ou du gazole non routier. Entre économies immédiates, pannes possibles et douanes, la note finale pourrait surprendre.
Sur certaines routes françaises, l’odeur d’essence laisse place à un parfum de friture. Avec un litre moyen de gazole proche de 2,40 € et un sans-plomb 95 autour de 2,25 €, les prix des carburants ont atteint un niveau qui étrangle les ménages. Des conducteurs qui dépensent jusqu’à 230 € par mois pour aller travailler voient leur budget transport déraper.
Face à cette pression, certains choisissent le système D : remplir leur réservoir avec de l’huile de friture usagée ou avec du gazole non routier, le fameux GNR, en théorie réservé aux engins agricoles et de chantier. Ils assument de rouler au rouge pour payer moins cher à la pompe, quitte à contourner la loi et à faire planer la menace des douanes. Sur le papier, la combine paraît imbattable.
Prix des carburants : quand l’huile de friture devient une solution
Un conducteur anonyme raconte « faire le tour des fêtes de village » l’été pour récupérer l’huile de cuisson usagée destinée à sa vieille voiture. « C’est génial », reconnaît cet anticapitaliste, bien décidé à « niquer le système », explique-t-il à La Montagne. Le plein lui coûterait à peine 20 € pour environ 70 litres d’huile collectée en restauration, loin des plus de 150 € qu’exigerait le gazole classique pour la même quantité, selon un autre témoignage. « Quand tu fais marche arrière notamment, t’as l’impression d’être un kebab sur roues », témoigne-t-il encore, conscient que son véhicule ne passe pas inaperçu.
Les spécialistes affirment que « conduire une voiture avec de l’huile de friture dans le réservoir est possible, mais aussi légal ». Le projet de loi de finances 2023 vise « les huiles produites à partir de ou issues des résidus de matières grasses d’origine végétale ou animale utilisées pour l’alimentation humaine, en industrie agroalimentaire, en restauration collective ou commerciale ». Seules les voitures diesel acceptent ce carburant, à condition de laisser l’huile décanter, de la filtrer et d’ajouter environ 30 % de gazole pour la rendre plus fluide. Les experts avertissent que les diesels modernes à rampe commune et filtre à particules supportent mal ces mélanges : encrassement des injecteurs, régénérations perturbées, dilution de l’huile moteur, casse turbo possible.
Rouler au rouge (GNR) ou à l’huile : risques mécaniques, loi et douanes
Pour d’autres automobilistes, la débrouille passe par le GNR, un gazole non routier réservé aux engins agricoles et de chantier, dont le prix, nettement inférieur au gasoil vendu en station, en fait une tentation forte. Ils assument de rouler « au rouge » plutôt qu’au diesel classique. « Avec la montée du diesel, on dépensait des sommes astronomiques dans le carburant », a témoigné un automobiliste auprès de France Info. Aujourd’hui, sa « 205 roule entièrement au rouge ». Certains traversent actullement la Belgique pour s’approvisionner dans des stations qui distribuent ce GNR spécifique : « On se présente à la caisse et on dit : ‘Je voudrais 30 ou 40 litres de diesel pour mon tracteur' », raconte un fraudeur français, qui admet craindre les contrôles à la frontière.
Le GNR peut être altéré par de l’eau lorsqu’il est mal stocké, au risque d’endommager le moteur. En cas de contrôle positif, des automobilistes évoquent des amendes « équivalant au kilométrage de la voiture », les forces de l’ordre pouvant aussi réclamer un rappel de TICPE sur un kilométrage estimé, voire saisir le véhicule. Les questions à l’Assemblée nationale indiquent que l’article 68 de la loi de finances 2023 attend encore ses décrets d’application et l’avis de l’ANSES ; un conducteur qui verse sa propre huile reste donc exposé à un contrôle pour carburant non homologué et taxe non acquittée. Sur le terrain, rouler à l’huile de friture ou au rouge fait payer moins cher que le diesel en station, mais un passage par un poste mobile des douanes peut transformer ces économies en lourdes amendes.
| Option | Prix perçu | Statut évoqué | Risques mécaniques | Risques fiscaux et douaniers |
|---|---|---|---|---|
| Diesel en station-service | Environ 2,40 €/L gazole, 2,25 €/L SP95 | Non précisé dans les articles cités | Aucun risque spécifique cité | Aucun risque spécifique mentionné dans les sources |
| Huile de friture usagée récupérée en restauration | Plein à 20 € pour environ 70 litres | Usage présenté comme possible, cadre légal encore en discussion | Encrassement injecteurs, régénérations perturbées, dilution huile moteur, casse turbo | Contrôle douanier possible, taxe non acquittée selon les textes |
| Gazole non routier (GNR) réservé aux engins agricoles | Prix nettement inférieur au gasoil vendu en station | Carburant professionnel interdit pour les particuliers | Altération par l’eau en cas de mauvais stockage | Amendes au kilométrage, rappel TICPE, confiscation véhicule évoquée |
Sources
En bref
- En France, la flambée du gazole autour de 2,40 € le litre pousse des automobilistes à chercher des carburants alternatifs comme l’huile de friture ou le gazole non routier.
- Témoignages à l’appui, certains roulent avec de l’huile usagée filtrée ou du GNR moins taxé, malgré les risques d’encrassement moteur, de panne et de véhicules immobilisés.
- Entre cadre légal encore flou pour les huiles, interdiction nette du GNR pour les particuliers et contrôles des douanes, les économies réalisées pourraient coûter très cher.






