Bitcoin : ce n'est pas un moyen de paiement, voici le seul vrai rôle de vos BTC selon Michael Saylor

Michael Saylor affirme que le bitcoin doit rester un capital, pas une monnaie pour payer son café. Face à une étude critique de la BRI sur l’« architecture de confiance », son pari sur le crédit privé ouvre un affrontement silencieux aux enjeux considérables.
Payer son café en bitcoin fait rêver une partie de la communauté, mais pour Michael Saylor, ce n’est pas vraiment l’avenir de la cryptomonnaie reine. Le président exécutif de Strategy insiste désormais sur un autre rôle pour le BTC : celui d’un capital à garder précieusement plutôt que d’une monnaie que l’on dépense au quotidien.
Dans le même temps, une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI) remet aussi en question la capacité de Bitcoin à devenir un moyen de paiement de masse. Son auteur, l’économiste Iñaki Aldasoro, y décrit une « architecture de confiance » indispensable au fonctionnement de la monnaie, dont le BTC serait dépourvu. Deux diagnostics qui se croisent, mais qui débouchent sur des solutions très différentes.
Bitcoin, capital à conserver plutôt que monnaie du quotidien pour Michael Saylor
Michael Saylor ne présente plus le bitcoin comme une devise faite pour régler chaque achat. Le dirigeant de Strategy le décrit avant tout comme un capital numérique rare, proche d’un actif de réserve que l’on accumule et que l’on protège sur le long terme. Dans cette vision, le BTC s’apparente davantage à une réserve stratégique qu’à un moyen de paiement pour les dépenses courantes.
À partir de ce socle, Michael Saylor propose de bâtir une véritable couche de crédit privée. Les utilisateurs conserveraient leurs bitcoins en trésorerie, tandis que des actions privilégiées, des obligations ou des monnaies numériques indexées sur le dollar serviraient pour les paiements et la recherche de rendement. « Le capital numérique constitue le socle des actions numériques et du crédit numérique », a déclaré Michael Saylor, cité par Cointribune. Il imagine par exemple un produit libellé en dollar, adossé à des instruments de crédit garantis par le BTC, qui offrirait une valeur plus stable pour régler ses achats sans vendre ses bitcoins.
La critique de la BRI : Bitcoin sans architecture de confiance ni filet de sécurité
De son côté, Iñaki Aldasoro, économiste à la BRI, a publié le 14 octobre une étude de 43 pages intitulée Money and the Architecture of Trust. Il y décrit la monnaie comme un ensemble de promesses qui repose sur la confiance, le crédit et le soutien explicite des pouvoirs publics. Dans ce cadre, les banques créent des moyens de paiement, l’État garantit l’assurance des dépôts et la banque centrale joue le rôle de prêteur en dernier ressort lors des crises de liquidité.
Pour l’auteur, Bitcoin se situe en rupture avec cette organisation. « Le bitcoin aspire à devenir une monnaie sans l’architecture qui permet à la monnaie de fonctionner », écrit Iñaki Aldasoro dans cette étude de la Banque des règlements internationaux. Son offre limitée à 21 millions d’unités rend le système rigide face aux chocs de demande, et le réseau ne propose ni banque centrale, ni garantie des dépôts, ni mécanisme public pour répartir les pertes en cas de crise. L’économiste rappelle aussi que l’adoption du BTC comme monnaie légale au Salvador et en République centrafricaine n’a pas débouché sur un usage massif dans les paiements quotidiens, tout en précisant que ce constat ne suffit pas à exclure d’autres scénarios.
| Brique | Vision BRI | Vision Michael Saylor | Implication pratique |
|---|---|---|---|
| Rôle du bitcoin | Actif sans architecture publique | Capital numérique de réserve | Hodl plutôt que dépenser |
| Couche de crédit | Crédit soutenu par l’État | Crédit privé adossé au BTC | Montage financier plutôt qu’usage direct |
| Gestion des crises | Banque centrale prêteur ultime | Pertes absorbées par investisseurs privés | Risque concentré chez certains acteurs |
| Paiements quotidiens | Monnaie bancaire garantie | « Digital money » indexée dollar | Payer sans toucher au bitcoin |
| Risque systémique | Pertes partagées au niveau public | Marché et contrats privés | Protection variable selon les produits |
Sur un point, les deux approches se rejoignent donc : une économie moderne a besoin de crédit au-dessus de la base monétaire ou du capital. Le désaccord porte sur l’entité qui doit garantir cette construction. Pour Iñaki Aldasoro, la confiance à grande échelle suppose une banque centrale capable d’injecter des liquidités en période de stress et un État en mesure de socialiser une partie des pertes. Michael Saylor privilégie une solution privée, où les investisseurs les plus exposés encaissent d’abord la volatilité du BTC et où chaque produit offre un compromis différent entre rendement et protection.
Cette divergence renvoie directement aux échecs récents de certains intermediaires crypto. Des acteurs comme Celsius, BlockFi ou FTX avaient déjà bâti des activités de crédit autour des actifs numériques avant leur effondrement en 2022. Leur disparition a montré qu’une créance adossée au bitcoin peut être fragilisée par un levier excessif, une gouvernance défaillante ou des réserves opaques. Le débat ne se limite donc plus à la question de savoir s’il faut payer son café en BTC, mais à la solidité des structures qui permettront, ou non, d’utiliser la valeur du bitcoin sans le vendre.
En bref
- Michael Saylor, président exécutif de Strategy, défend un bitcoin-capital tandis qu’une étude de la BRI signée Iñaki Aldasoro, publiée le 14 octobre, interroge son aptitude à servir de monnaie de masse.
- L’entrepreneur promeut une couche de crédit privée et des instruments indexés sur le dollar pour utiliser la valeur du BTC sans le vendre, quand la BRI rappelle l’importance d’une architecture publique de confiance avec banques, assurance dépôts et prêteur en dernier ressort.
- Les faillites de Celsius, BlockFi ou FTX illustrent toutefois les dangers d’un crédit crypto mal encadré et posent une question clé : qui portera les pertes lorsque la prochaine crise éclatera ?





