Doctolib condamné : la décision qui bouleverse le marché des rendez-vous médicaux en ligne en France

Par La Rédaction - Mis à jour le

Doctolib, géant des rendez-vous médicaux en ligne, est condamné à 4,6 millions d'euros pour abus de position dominante. Quelles conséquences pour le marché?

Doctolib condamné : la décision qui bouleverse le marché des rendez-vous médicaux en ligne en France

Choc pour la santé numérique en France : la condamnation de Doctolib intervient alors que le marché de la prise de rendez-vous médicaux en ligne s’est structuré autour de quelques grands acteurs. Derrière l’amende, un sujet capital pour les soignants et les plateformes concurrentes.

Le 6 novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a infligé 4,665 millions d’euros à Doctolib pour abus de position dominante, en sanctionnant principalement des clauses d’exclusivité et des ventes liées (4,615 millions d’euros), ainsi que le rachat de MonDocteur en 2018 au regard de la jurisprudence Towercast (50 000 euros). L’entreprise a annoncé faire appel. Un marché moins verrouillé ?

Marché des rendez-vous médicaux : ce que change la décision

L’Autorité de la concurrence a résumé l’écart concurrentiel ainsi : « Avec 70% à 90% de parts de marché, Doctolib a une part de marché beaucoup plus élevée que ses principaux concurrents, souligne l’Autorité. Solocal avait deux à trois fois moins de parts de marché, Mondocteur deux fois moins. Les autres oscillent entre 0,1% et 1% de part de marché. La notoriété de Doctolib est de surcroît incomparable à celle des autres opérateurs. Sur son marché, cette marque est aussi connue qu’Amazon, Netflix ou Google » (Le Figaro).

Selon la décision, jusqu’en septembre 2023, des clauses d’exclusivité interdisant ou décourageant l’usage simultané d’autres plateformes étaient insérées dans les contrats. Pour accéder au service de téléconsultation lancé en 2019, les praticiens devaient en outre souscrire à Doctolib Patient, liant les prestations. L’Autorité a aussi examiné l’acquisition de MonDocteur sous l’angle de Towercast, une première en France, et ordonné la publication d’un résumé de la décision dans Le Quotidien du Médecin. À court terme, la fin des clauses exclusives et des ventes liées ouvre la voie au multi‑homing des soignants et donne de l’air aux challengers comme Maiia (Cegedim Santé), ClickDoc, Qare ou KelDoc, sur un marché où les coûts de changement étaient élevés.

Conséquences pour Doctolib et ses rivaux

Doctolib défend sa position. « Seules 0,4% des requêtes concernent la téléconsultation, explique la société. Les patients cherchent avant tout un praticien qu’ils connaissent ». Dans son communiqué, l’entreprise estime que la décision « présente une lecture erronée de notre activité, et de notre secteur. Doctolib n’est en aucun cas en position dominante ». L’Autorité fait état de documents internes montrant la volonté d’ »être une interface obligatoire et stratégique entre le médecin et son patient afin de les verrouiller tous les deux ».

Sur le terrain business, la pression se déplace vers les politiques contractuelles et tarifaires, moins vers le verrouillage. L’entreprise, qui compte environ 3 000 salariés et a réalisé 348 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, devra convaincre par l’intégration logicielle, l’interopérabilité et la qualité de service. En face, des acteurs comme Maiia ou ClickDoc disposent d’une fenêtre pour accélérer l’acquisition de praticiens, à la faveur d’offres de migration et d’outils plus modulaires. La procédure d’appel et l’application de Towercast sur les opérations sous seuils pèseront aussi sur la consolidation future de la e‑santé, où chaque rapprochement sera regardé de très près. Le terrain de jeu vient complétement de changer.