Les femmes travaillent "gratuitement" dès 11h31 le 10 novembre : l'impact des inégalités salariales en France

Par Paul Graph - Publié le

En 2025, les femmes en France commencent à travailler gratuitement dès le 10 novembre à 11h31. Pourquoi cette date symbolique et quels sont les impacts concrets de cet écart salarial persistant ?

Les femmes travaillent « gratuitement » dès 11h31 le 10 novembre : l’impact des inégalités salariales en France

Une heure en plein matin fait office d’alerte. En France, les inégalités salariales se cristallisent autour d’un rendez-vous symbolique porté par Les Glorieuses, qui dit beaucoup de ce que gagnent, ou non, les salariées.

Ce lundi 10 novembre 2025, à partir de 11h31 et 22 secondes, les femmes sont considérées comme travaillant gratuitement jusqu’au 31 décembre en rapportant leur rémunération à celle des hommes. Le calcul s’appuie sur un écart moyen de 14,2 % à temps de travail identique mesuré par l’Insee, et il intervient deux jours plus tard que l’an dernier. Une date qui interpelle.

11h31, Les Glorieuses et l’écart de 14,2 %

Le principe est simple. L’écart de salaire moyen à temps équivalent est converti en jours non payés sur l’année, uniquement sur les jours ouvrés, les fins de semaine étant exclues. Résultat, environ 35 jours de rémunération manquants sont retranchés du calendrier et, en remontant depuis le 31 décembre, l’horloge s’arrête le 10 novembre à 11h31. En 2024, la date tombait le 8 novembre à 16h48. Cette traduction en heure rend tangible ce que signifient des pourcentages.

Depuis 2016, l’écart à temps égal est passé de 15,1 % à 14,2 %, soit 0,9 point. « À ce rythme-là, on atteindra l’égalité en 2167« , alerte Rebecca Amsellem, selon Le Figaro avec AFP. La fondatrice de la newsletter féministe s’appuie sur les dernières données disponibles de l’Insee.

Écarts de salaires en France, impacts pour les femmes

Tous temps de travail confondus, l’écart global atteint 22,3 % sur l’ensemble des salaires perçus dans l’année. À temps de travail identique, l’écart moyen est de 14,2 %. À poste comparable et même établissement, la différence dite inexpliquée avoisine 3,8 %. Parmi les facteurs qui pèsent, le temps partiel touche environ 30 % des femmes employées contre 8 % des hommes, et la concentration des femmes dans des secteurs sous valorisés pèse sur les rémunérations. Les écarts sont plus marqués dans certains postes à responsabilité et secteurs masculinisés. Ces réalités se traduisent par des carrières plus hachées, des progressions salariales freinées et, in fine, des droits à la retraite plus faibles parmis les salariées.

Les leviers avancés par Les Glorieuses visent à accélérer la réduction de l’écart. « il faut encore un coup de pouce pour accélérer dans la lutte pour l’égalité salariale », souligne Rebecca Amsellem. Le collectif plaide pour la revalorisation des métiers les plus féminisés, un congé post naissance équivalent pour les deux parents et le conditionnement de l’accès aux marchés publics et subventions au respect de l’égalité salariale, une mesure qui « permettrait de garantir que les fonds publics ne creusent plus les inégalités ». La transparence salariale doit aussi entrer en vigueur dès l’an prochain avec la transposition d’une directive européenne. « Les pays comme l’Islande et la Suède, où les écarts de salaires sont devenus un non-sujet, ont mis en place la transparence salariale depuis des dizaines d’années ». « Cela va notamment aider les femmes à négocier leurs salaires ».