Suspension de la réforme des retraites : ce que cela change pour les générations 1964 à 1969 et les implications économiques jusqu'en 2028

Par Paul Graph - Publié le

La suspension de la réforme des retraites, votée le 12 novembre 2025, modifie l'âge de départ pour des millions de Français. Quels impacts pour les générations 1964 à 1969 ?

Suspension de la réforme des retraites : ce que cela change pour les générations 1964 à 1969 et les implications économiques jusqu’en 2028

Âge de départ, trimestres et calendrier : la suspension de la réforme des retraites rebat les cartes pour des millions d’assurés. Votée à l’Assemblée nationale, elle gèle la trajectoire prévue en 2023 et redessine les paliers par génération, avec des effets très concrets dès les prochaines cohortes.

Le cap affiché par l’exécutif est assumé : « Je propose que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu’à l’élection présidentielle », a lâché Sébastien Lecornu, selon Linternaute. Jusqu’où et pour qui exactement ?

Suspension votée : calendrier et coût en débat

Adoptée le 12 novembre à l’Assemblée nationale par 255 voix contre 146, la mesure a été portée politiquement par un compromis avec les socialistes, pendant que la majorité présidentielle s’abstenait. Gabriel Attal l’a résumé sans détour : « pas avec gaieté de cœur mais lucidité ». Et d’ajouter : « Nous sommes lucides sur le fait que cette suspension n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie du pays. mais nous sommes aussi lucides sur le fait qu’on ne veut pas se mettre en travers du compromis entre le Premier ministre et le groupe socialiste sur cette question ».

Le gouvernement a précisé l’horizon immédiat : « aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028 », et « la durée d’assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu’à janvier 2028″. Les débats portent déjà sur la facture et son financement : coût évoqué de 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027, pouvant grimper jusqu’à 400 millions en 2026 et 1,8 milliard en 2027 selon des projections parlementaires, tandis que la piste d’une contribution des complémentaires santé ou d’un gel partiel des pensions a été contestée. Dans ce contexte, Julien Damon met en garde sur la soutenabilité : « Qu’il y ait des déficits ponctuellement, c’est parfaitement légitime, quand il y a une récession, du chômage, quand il y a un Covid, un déséquilibre de nos comptes sociaux se comprend. Le problème, c’est que ces déséquilibres se sont accumulés et que l’endettement social au sein de l’endettement public est le gros morceau », développe-t-il.

Âge légal et trimestres : ce qui change génération par génération

Premiers concernés, les assurés nés en 1964 voient leur âge légal reculer à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans, avec un besoin de 170 trimestres au lieu de 171. Les natifs du premier trimestre 1965 partent dans les mêmes conditions que 1964, gagnant deux trimestres par rapport au calendrier initial de 2023. À partir d’avril 1965, la progression reprend plus tard : pour la génération 1965 hors premier trimestre, l’âge d’ouverture est de 63 ans avec 171 trimestres requis.

Le palier s’échelonne ensuite comme suit : 63 ans et 3 mois pour 1966, 63 ans et 6 mois pour 1967, 63 ans et 9 mois pour 1968, avec une exigence portée à 172 trimestres pour 1966 à 1968. Les assurés nés en 1969 et après restent sur un départ à 64 ans et 172 trimestres, sauf nouvelle loi après la présidentielle 2028. Un mot parmis les départs anticipés : les carrières longues et les catégories actives et super actives gagneront un trimestre supplémentaire, avec une mise en application prévue au 1er septembre 2026 pour laisser le temps d’adapter les systèmes des caisses. En arrière‑plan, le rappel historique demeure, souligne Julien Damon : « En 1945, quand on crée le régime général de Sécu, on fixe l’âge de départ à 65 ans, à l’époque, l’espérance de vie est inférieure à 65 ans. Donc à cette époque, la CGT avait parfaitement raison car elle disait que c’était la retraite des morts ! », rappelle-t-il.