Le secteur viticole face aux tensions économiques : comment la Bourgogne s'adapte aux défis américains et chinois lors des enchères de Beaune
La 165e Vente des vins des Hospices de Beaune se déroule dans un contexte économique tendu. Comment les droits de douane américains et le ralentissement chinois influencent-ils le marché bourguignon ?

Sous les Halles de Beaune, la 165e Vente des vins s’est ouverte devant une foule compacte d’acheteurs venus jauger un millésime et, surtout, un marché bousculé. « Bonnes enchères », a lancé Guillaume Koch, selon BFMTV. « L’hôpital a besoin de vous plus que jamais », a-t-il ajouté, rappelant le caractère caritatif de cet événement vitrine de la Bourgogne.
Sur place, l’affluence est bien là. « Nous avons un nombre record d’inscriptions », a indiqué Marie-Anne Ginoux, directrice générale de Sotheby’s France. Mais le contexte global pèse : droits de douane américains en hausse, marché chinois qui ralentit, déconsommation. Un cocktail qui installe une prudence nouvelle chez les acheteurs. Et maintenant, place au test grandeur nature.
Hospices de Beaune 2025, droits américains et Chine au ralenti
La filière bourguignonne regarde l’international, clé de ses équilibres. « Cette année, le climat mondial est tendu », explique Anne-Laure Helfrich, des Grands Chais de France. « Les clients sont plus méfiants », ajoute-t-elle. Même constat côté interprofession : « Le marché a tendance à se déprimer », observe Laurent Delaunay. Aux États-Unis, « pour la première fois depuis longtemps, les ventes de bourgognes ont reculé en août », dit-il, citant un recul de -4 % en valeur sur les huit premiers mois et « les premières conséquences de la hausse des taxes américaines ».
Face à ces vents contraires, la stratégie s’élargit. « Des collectionneurs internationaux, du Brésil, du Mexique ou encore de Taïwan font le voyage pour la vente », se réjouit Marie-Anne Ginoux. Sotheby’s a multiplié les rendez-vous avec 24 dégustations et six nouvelles villes au programme, d’Abu Dhabi à Jakarta en passant par Madrid et São Paulo. En Asie, l’appétit monte. « La Corée du Sud, la Thaïlande, le Vietnam et l’Inde ont un énorme potentiel », souligne Jeannie Cho Lee. « Les exportations de bourgognes ont bondi en Asie, en particulier en Chine où elles ont triplé de 2017 à 2024, alors que celles de bordeaux ont été divisées par deux depuis 2010-2012 », poursuit-elle. Apparement, diversifier devient la règle du jeu.
Des enchères sous tension : prix sélectifs, acheteurs au coude-à-coude
Le marteau raconte déjà une histoire contrastée. Dès le début de séance, certaines cuvées reculent, d’autres surprennent à la hausse. Le Clos de la Roche grand cru cède du terrain, avec une première baisse marquante de -14,12 % à 120 000 € et 130 000 €. Les beaune premier cru Dames Hospitalières démarrent plus bas, autour de 14 500 €. A l’inverse, le volnay premier cru Les Santenots grimpe autour de 22 000 € (+9 %), quand les Corton grand cru Les Bressandes repassent au-dessus de 40 000 € en moyenne (+10 %).
Dans les mouvements forts, le pommard premier cru Les Epenots cuvée Dom Goblet « explose les compteurs » avec des pièces au-delà de 35 000 € (+17 %), quand la cuvée Guigone de Salins s’inscrit en léger repli autour de 15 000 € (-4,85 %). Le Mazis-Chambertin grand cru atteint 1,870 M€ au total, en recul de -4,59 %. Le tempo est vif en salle comme au téléphone. « 22 000€ au téléphone, pas d’autres enchères ? », lance la commissaire-priseuse Aurélie Vandevoorde. Avant la « pièce des présidents », 218 pièces totalisaient déjà 6 957 500 €, avec Maison Albert-Bichot en tête des achats, 33 tonneaux pour 1 301 500 €.
Ce baromètre dit une chose : le marché paie pour la qualité, mais trie davantage. Les volumes limités en blancs et la régularité louée des cuvées signées Ludivine Griveau-Gemma soutiennent certaines appellations, pendant que d’autres s’ajustent. « On se défendra jusqu’au bout », assure la régisseuse, alors que la « pièce des présidents » – un pommard 1er cru Les Rugiens – concentre l’attention. Détail non négligeable pour les acheteurs internationaux : le vin vendu ici, des primeurs, sera livré en juin 2027 après élevage sur place. De quoi laisser passer, peut-être, une partie des secousses tarifaires.
Au-delà de Beaune, la salle reflète un secteur pris entre taxation américaine et ralentissement chinois, mais capable d’attirer 32 pays et d’ouvrir de nouveaux horizons en Asie. « Les riches Chinois ont des stocks de bordeaux mais moins de bourgognes, or ils doivent obligatoirement en avoir dans leur cave », note l’acheteuse Gina Hu. Les enchères, elles, s’alignent sur cette réalité : une demande internationale très présente, et un prix qui épouse la sélectivité du moment.






