Euro numérique : pourquoi Éric Larchevêque (Ledger) accuse la BCE de "se tirer une balle dans le pied" face aux stablecoins en euros et au dollar

Par Paul Graph - Publié le

Alors que la BCE prépare l’euro numérique pour 2027, Éric Larchevêque sonne l’alarme et parle de « catastrophe » pour l’Europe. Que reproche exactement le cofondateur de Ledger à ce projet face aux stablecoins en euros et au dollar ?

Euro numérique : pourquoi Éric Larchevêque (Ledger) accuse la BCE de « se tirer une balle dans le pied » face aux stablecoins en euros et au dollar

Alors que la Banque centrale européenne affine son projet d’euro numérique pour une phase pilote annoncée autour de 2027, une voix bien connue de l’écosystème crypto français monte au créneau. Cofondateur de Ledger et investisseur très médiatisé, Éric Larchevêque ne mâche pas ses mots : pour lui, cet euro version digitale n’est rien de moins qu’une erreur de trajectoire pour l’Europe.

Invité sur BFM Business, l’entrepreneur a qualifié ce futur euro dématérialisé d’ »Une solution qui n’est pas du tout adaptée aux besoins des citoyens », avant d’ajouter, à propos du projet européen : « C’est malheureusement une catastrophe », a rapporté BFM Business. Derrière ces formules chocs, il déroule un argumentaire structuré où il oppose frontalement l’euro numérique aux stablecoins en euros, qu’il considère comme la véritable arme monétaire pour exister face au dollar.

Pourquoi l’euro numérique est, selon Éric Larchevêque, une impasse pour l’Europe

Officiellement, l’euro numérique doit être une version digitale de l’argent liquide, accessible en ligne, mais garantie par la BCE. Selon l’institution, cette nouvelle monnaie électronique doit offrir les mêmes avantages que le cash – simplicité, confidentialité, fiabilité – tout en facilitant les paiements sur Internet dans toute la zone euro. Pour Éric Larchevêque, cette vision passe complètement à côté des enjeux réels. Il insiste sur le fait que, tel qu’il est conçu, l’euro numérique ne permettra pas à l’euro de mieux rivaliser avec le dollar sur la scène mondiale.

L’investisseur va même plus loin lorsqu’il décrit le chantier des monnaies numériques de banques centrales. Selon BFM Business, il estime que « les monnaies de banques centrales ne seront pas prêtes avant des années et vont coûter une fortune. Elles vont en plus à mon avis être un échec cuisant parce que c’est la BCE qui va reprendre en direct la relation avec les clients. Ce n’est pas dans leur ADN, ce n’est pas leur métier ». Une critique frontale du modèle de distribution envisagé, qui impliquerait une relation directe entre la BCE et des millions d’utilisateurs, alors que le système actuel repose sur les banques commerciales comme intermédiaires.

Stablecoins en euros : l’alternative que défend le cofondateur de Ledger

Face à ce projet d’euro numérique, Éric Larchevêque plaide pour une tout autre voie : ouvrir largement le marché aux stablecoins en euros. Ces cryptomonnaies indexées sur une devise traditionnelle promettent des paiements peu coûteux, quasi immédiats et utilisables partout dans le monde. « On aurait besoin d’avoir pour la dominance de l’euro, pour ne pas que l’euro meure avant le dollar, de pouvoir distribuer l’euro dans le monde. Et la meilleure façon de le faire c’est d’avoir une espèce de concurrence des sous-jacents monétaires technologiques et donc de permettre à tout un chacun d’émettre des stablecoins », explique-t-il sur BFM Business. Aujourd’hui pourtant, rappelle-t-il, les stablecoins sont « indexés à 99% sur le dollar pour le moment » et, en Europe, seuls SG Forge (filiale de Société Générale) et Circle ont obtenu l’autorisation d’émettre des stablecoins en euros, du fait d’une reglementation très stricte.

L’entrepreneur dénonce un cadre européen qui, selon lui, bride l’euro là où le dollar s’étend via les stablecoins. Il estime que « malheureusement en Europe, on a interdit ça pour pouvoir protéger un certain nombre de lobbys et on va perdre en influence stratégique », rapportent BFM Business et Capital. Dans le même temps, la BCE regarde avec méfiance ces actifs, qu’elle décrit comme « une forme de ‘privatisation’ de la monnaie ». Éric Larchevêque prend l’exact contre-pied de cette approche : pour lui, « il faut impérativement autoriser les stablecoins en euros pour que le monde entier puisse aussi utiliser l’euro parce que là malheureusement, tout le monde utilise le dollar et ça permet d’asseoir encore une fois la domination stratégique des États-Unis », insiste-t-il. Et de prévenir, dans une formule très commentée : « Ils arrivent à combattre la dédollarisation grâce (aux stablecoins dollars) et donc évidemment c’est très bien joué de leur part et nous malheureusement on continue à être Européens, c’est-à-dire à systématiquement nous tirer une balle dans le pied. Et à la fin, ce qu’on va faire, c’est se tirer une balle dans la tête et ce sera terminé », conclut-il sur BFM Business.