Chauffage : thermostats connectés obligatoires d'ici 2030 ? Ce que la loi prépare vraiment pour votre logement (et votre facture)

Par Paul Graph - Publié le

Entre annonces de report à 2030 et publicités pour boîtiers “gratuits”, le thermostat connecté obligatoire affole les foyers français. La loi vous imposera-t-elle vraiment d’équiper chaque radiateur, et à quel prix ?

Chauffage : thermostats connectés obligatoires d’ici 2030 ? Ce que la loi prépare vraiment pour votre logement (et votre facture)

Un thermostat sur chaque radiateur d’ici quelques années, une date d’échéance qui passe de 2027 à 2030 et des publicités pour des boîtiers « gratuits » qui s’affichent partout. Autour du thermostat connecté obligatoire, les messages se télescopent et beaucoup de ménages se demandent s’ils devront vraiment équiper tout leur logement, coûte que coûte.

À l’origine, cette obligation s’inscrit dans le plan de sobriété énergétique lancé en 2022 et dans la transposition d’une directive européenne sur l’efficacité énergétique. Objectif affiché : mieux contrôler les dépenses de chauffage, alors que celui-ci peut représenter jusqu’à 77% du budget énergétique des ménages français, et préserver le pouvoir d’achat. Le gouvernement a annoncé un report à 2030 « qui vise à laisser plus de souplesse aux ménages et aux professionnels pour s’équiper », indique Bercy. Mais ce répit change-t-il vraiment la donne pour votre installation de chauffage ?

Thermostat connecté obligatoire : ce que la loi sur le chauffage impose (et ce qu’elle n’impose pas)

Le décret n° 2023-444 de juin 2023 prévoit que les bâtiments résidentiels et tertiaires soient équipés, à horizon thermostat obligatoire 2030, d’un système de régulation automatique de la température de chauffage, pièce par pièce ou par zone, avec une programmation horaire. En clair, la loi impose un thermostat programmable obligatoire ou un système équivalent, pas forcément un boîtier relié à Internet. Un thermostat doit permettre de régler la température d’une ou plusieurs pièces et de programmer des plages horaires de chauffage ; dès que ces fonctions sont assurées, la réglementation n’exige pas que l’appareil soit connecté. Certains systèmes de chauffage, comme les poêles à bûches ou les installations où la pose serait techniquement ou économiquement disproportionnée, restent en marge de cette obligation.

Le marché propose trois grandes familles d’équipements. Les thermostats intelligents adaptent automatiquement la température en fonction de l’occupation ou des habitudes. Les thermostats programmables sont pilotés depuis un boîtier mural et, pour ce type de solution, « les thermostats programmables, pilotés depuis un boîtier externe, nécessitent un budget compris entre 150 euros et 250 euros avec l’installation par un professionnel », précise Sylvain Le Falher, fondateur et CEO d’Hello Watt, à RMC Conso. Les thermostats connectés, eux, peuvent être commandés à distance via une application : leur prix moyen tourne autour de 150 euros, avec une fourchette allant de 80 à 250 euros. Selon ce même expert, les foyers équipés peuvent réaliser « entre 10% et 15% d’économies sur leurs factures d’énergie », et les estimations de l’Ademe évoquent jusqu’à 15% d’économies de chauffage grâce à ces boîtiers.

Quel coût, quelles aides et que change le report à 2030 pour votre budget chauffage ?

Pour les 27 millions de foyers encore non equipés, le décalage de l’obligation de thermostat chauffage de 2027 à 2030 n’a rien d’anecdotique. Un thermostat programmable coûte entre 60 et 250 euros, et le coût de l’installation par un professionnel est estimé entre 150 et 300 euros. L’aide restante se situe entre 10 et 20 euros par radiateur après la suppression, en 2024, de la prime « coup de pouce » dédiée au pilotage connecté. De son côté, Bercy rappelle que « la transition vers le thermostat est accompagnée d’une aide, dont le montant dépend du coût du matériel, de l’offre du fournisseur d’énergie et du nombre de radiateurs ». Pour le moment, aucune sanction n’est prévue pour les ménages qui ne respecteraient pas l’obligation d’ici 2030, même si l’enjeu de conformité pourrait se retrouver, demain, dans les diagnostics de performance énergétique.

Ce report est salué comme une bouffée d’air par les ménages, mais il crispe les professionnels de la performance énergétique. Dans un communiqué cité par ADCF.org, la filière électrique qualifie la manœuvre de « recul environnemental majeur » et dénonce une annonce glissée « en catimini ». Les chiffres mis en avant montrent que repousser l’échéance revient à se priver d’éviter le rejet de 3 millions de tonnes de CO2 par an. Sur le terrain, les thermostats connectés de marques comme Netatmo, Bosch, Beok ou Meross, capables de piloter chaque pièce à distance via Wi-Fi et assistants vocaux, continuent d’être proposés aux particuliers qui souhaitent anticiper l’obligation et commencer dès maintenant à réduire une facture de chauffage qui pèse lourd dans leur budget.

En bref

  • En France, le décret 2023-444 issu du plan de sobriété énergétique prévoit d’imposer d’ici 2030 un système de régulation du chauffage à des millions de logements encore non équipés.
  • La loi rend obligatoire un thermostat programmable ou un système de régulation par pièce ou par zone, sans exiger forcément un modèle connecté, avec un coût d’achat et de pose pouvant dépasser plusieurs centaines d’euros malgré des aides limitées.
  • Entre report à 2030, économies de 10 à 15 % sur la facture et offres de thermostats prétendument gratuits, les ménages doivent arbitrer entre anticiper sereinement, attendre de nouvelles aides ou risquer de mauvais choix techniques.