Fed : vers une 3e baisse des taux pendant que la Banque du Canada reste immobile, ce tournant monétaire qui pousse les investisseurs vers l'or

Par Paul Graph - Publié le

Alors que la Réserve fédérale américaine envisage une troisième baisse consécutive de ses taux, la Banque du Canada se prépare à rester immobile. Que signifie cette divergence nord-américaine pour l’inflation, les devises et l’épargne des ménages ?

Fed : vers une 3e baisse des taux pendant que la Banque du Canada reste immobile, ce tournant monétaire qui pousse les investisseurs vers l’or

A quelques jours d’une nouvelle salve de décisions de politique monétaire, les regards se tournent vers Washington et Ottawa. La Réserve fédérale américaine se trouve au centre du jeu, avec la perspective d’une troisième baisse consécutive des taux de la Fed, alors que son homologue canadienne semble beaucoup plus prudente.

D’après l’analyse de Nathan Janzen et Claire Fan, économistes chez RBC, un nouveau rabais de 25 points de base de la Fed apparaît désormais probable, quand la Banque du Canada devrait, elle, maintenir son taux directeur inchangé après une coupure en octobre. Dans un contexte économique que Jerome Powell a décrit comme « brumeux », selon BDOR, les signaux envoyés par les deux rives de la frontière n’ont jamais paru aussi divergents.

Fed : vers une troisième baisse consécutive des taux ?

Le dernier rapport sur l’emploi américain, pour septembre, illustre bien ce brouillard. Le département du Travail a fait état d’un taux de chômage à 4,4 %, contre 4,3 % en août, soit près de 700 000 personnes supplémentaires sans emploi par rapport à septembre 2024. Dans le même temps, les créations d’emplois ont surpris à la hausse, avec 119 000 postes créés contre 52 000 anticipés. Le Bureau des statistiques de l’emploi (BLS) a aussi révisé les chiffres d’août, parlant désormais de 4 000 emplois perdus au lieu des 22 000 créations initialement annoncées, et a précisé que ces données ne sont pas « collectées rétroactivement », selon La Tribune.

Ces chiffres sont d’autant plus scrutés que le long shutdown budgétaire a retardé leur publication et empêché la collecte des données d’octobre, privant la Fed d’un indicateur clé juste avant sa réunion des 9 et 10 décembre. L’institution doit arbitrer entre le soutien à un marché du travail qui se dégrade lentement et la nécessité de ramener une inflation de 3 % vers son objectif de 2 %, alors que les taux des fonds fédéraux se situent déjà dans une fourchette de 3,75 % à 4 % après des baisses en septembre et en octobre. Au sein du Federal Open Market Committee (FOMC), les débats se tendent : le gouverneur Christopher Waller estime qu’ »une autre baisse (des taux directeurs) est nécessaire », a-t-il indiqué, tandis que d’autres responsables plaident pour une pause. Donald Trump, de son côté, a surnommé Jerome Powell « too late », accentuant la pression politique sur la banque centrale, pendant que les économistes de RBC jugent qu’un nouveau rabais de 25 points de base reste le scénario le plus crédible.

Banque du Canada immobile, divergence monétaire et attrait pour l’or d’investissement

Au nord de la frontière, le ton est bien différent. Après avoir abaissé son taux directeur en octobre, la Banque du Canada a indiqué que le niveau actuel lui semblait cohérent avec ses objectifs de croissance et de stabilité des prix, ce qui ouvre la voie à un statu quo lors de sa prochaine annonce. Pour valider son scénario de croissance du troisième trimestre, elle attend encore la publication, retardée, des chiffres du commerce extérieur de septembre : les hypothèses de RBC reposent sur une hausse de 3,4 % des exportations de biens et une baisse de 3,1 % des importations, en ligne avec les dernières statistiques de PIB. Dans ce contexte, la Banque du Canada prefere pour l’instant garder ses taux inchangés, alors même que la Fed discute d’un nouvel assouplissement.

Les échanges bilatéraux jouent ici un rôle central. Les exemptions prévues par l’accord CUSMA, qui a remplacé l’ALENA, ont soutenu les exportations canadiennes vers le marché américain, et les données détaillées du bureau du recensement américain doivent confirmer si cet appui s’est maintenu en septembre, sur fond de poussée protectionniste. Entre une Fed tentée par un cycle d’assouplissement prolongé et une Banque du Canada en pause, les investisseurs regardent aussi au-delà des banques centrales : dans ce climat de divergence monétaire et de fragilités structurelles, l’investissement hors des circuits bancaires traditionnels retrouve de l’attrait. Lingots d’or, pièces d’or d’investissement et argent physique sont utilisés comme réserves de valeur tangibles, conçues pour rester indépendantes des oscillations de taux et des choix parfois changeants des autorités monétaires.

En bref

  • À l’approche des réunions de décembre, la Fed se dirige vers une troisième baisse consécutive de 25 points de base tandis que la Banque du Canada, déjà engagée dans un cycle d’assouplissement, s’oriente vers un statu quo.
  • Entre indicateurs d’emploi américains contradictoires, inflation autour de 3 % et débats internes au FOMC, la divergence de politique monétaire avec le Canada s’accentue sur fond de commerce bilatéral soutenu par l’accord CUSMA.
  • Dans ce climat de visibilité réduite et de taux en mouvement, de plus en plus d’épargnants se tournent vers l’or d’investissement et l’argent physique pour renforcer la protection et la diversification de leur patrimoine.