Chèque gratuit : depuis le 9 janvier 2025, le virement instantané gratuit change tout et vos carnets pourraient disparaître plus vite que prévu

Par Paul Graph - Publié le

Alors que le virement instantané devient gratuit en 2025, le chèque reste un bastion très français protégé par la loi. Banques et État cherchent pourtant à en limiter l’usage : jusqu’où ira la fin du chèque gratuit ?

Chèque gratuit : depuis le 9 janvier 2025, le virement instantané gratuit change tout et vos carnets pourraient disparaître plus vite que prévu

Chèque gratuit : ce réflexe très français pourrait-il disparaître plus vite qu’on ne le pense ? Depuis le 9 janvier 2025, un autre geste de paiement s’impose discrètement dans les applications bancaires : le virement instantané gratuit pour les particuliers, crédité en quelques secondes, à toute heure. Pendant ce temps, le bon vieux carnet à souches reste cher à traiter pour les banques, très exposé à la fraude et presque introuvable chez nombre de nos voisins européens.

Les chiffres donnent le ton. En 2024, le chèque n’a représenté que 2 % des paiements hors espèces en France, selon la Banque de France, mais il a tout de même généré 784 millions d’opérations pour un montant total de 392 milliards d’euros, soit une moyenne de 11 chèques par personne. La France, qui pèse environ 15 % de la population de l’Union européenne, a émis à elle seule 87 % des chèques du continent, alors que dans plusieurs pays comme l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique ou les Pays-Bas, il a déjà disparu du quotidien. De quoi alimenter bien des interogations sur l’avenir du chèque gratuit.

Un chèque encore gratuit dans la loi, mais déjà entouré de frais

Sur le plan juridique, le principe reste clair : le Code monétaire et financier impose aux banques, lorsqu’elles acceptent de délivrer un chéquier, de mettre les formules de chèque gratuitement à disposition du titulaire du compte. Autrement dit, en France, la banque ne peut pas vous facturer directement le simple fait d’avoir un chéquier. Ce socle légal explique pourquoi le chèque est encore présenté, y compris par l’Etat, comme le seul moyen de paiement totalement gratuit pour l’usager.

Dans la pratique pourtant, ce « gratuit » se trouve de plus en plus cerné par des frais bancaires. Le site LeLynx.fr rappelle que, chez la plupart des banques en ligne, l’envoi du chéquier à domicile est gratuit en courrier simple, mais que des frais peuvent être facturés en cas d’envoi suivi ou recommandé, ou si la commande passe par le service client, de l’ordre de 3 à 5 euros selon les établissements. Pour encaisser un chèque, beaucoup de clients doivent l’envoyer par La Poste, à leurs frais, quand l’affranchissement n’est pas pris en charge, sauf exception comme BforBank. S’ajoutent, selon les grilles tarifaires, des coûts possibles pour la remise de chèques, le renouvellement de chéquier, l’opposition ou encore la demande de photocopie. Sur le papier, la formule reste gratuite, mais tout ce qui gravite autour du chèque pèse déjà sur le portefeuille.

Le virement instantané gratuit, un concurrent direct du chèque gratuit

Le tournant de 2025 change encore la donne. D’après Service-Public.fr, depuis le 9 janvier, le virement SEPA instantané doit être proposé au même prix que le virement classique, ce qui revient, pour les particuliers en ligne, à le rendre gratuit dans la grande majorité des banques. Les fonds sont crédités en moins de 10 secondes, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En 2024, ce moyen de paiement ne représentait encore qu’un virement sur dix, même s’il progressait déjà de 46,5 % en volume, mais sa part de marché devrait désormais décoller. Des solutions comme Wero, qui s’appuie sur ces virements instantanés pour les échanges entre particuliers, revendiquent déjà 16 millions d’usagers en France.

Face à cette alternative rapide, numérique et sans frais pour le client, le chèque cumule les handicaps. Les établissements financiers doivent encore traiter près de 784 millions de chèques annuels, une opération qu’ils estiment environ 50 fois plus coûteuse qu’un virement ou un paiement par carte d’un point de vue logistique et comptable. Le chèque ne pèse plus que 2 % des transactions dans l’Hexagone, mais concentre 30 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement, selon la Banque de France. Dans ce contexte, des scenarii circulent dans la profession : limitation des chéquiers, hausse des frais périphériques, voire facturation à l’émission ou à l’encaissement pour décourager son usage, alors même que l’Etat prépare aussi sa propre transition. « En 2026, PayFip, le portail de paiement en ligne du Trésor Public, va intégrer une nouvelle option de paiement, le ‘virement simplifié’ (ou initiation de paiement). Soit une technique qui permet de l’autoriser, en quelques clics depuis un mobile et sans avoir à renseigner un IBAN à 27 caractères, à initier un virement depuis votre compte pour régler une facture de crèche ou de cantine, certaines taxes locales, etc. », explique MoneyVox. Entre chèque juridiquement gratuit mais de plus en plus contraignant, et virement instantané sans frais qui se généralise, la bascule pourrait s’accélérer dans les prochaines années.

En bref

  • En France, le chèque recule fortement mais demeure un moyen de paiement emblématique, protégé par la loi tandis que les virements instantanés deviennent gratuits en 2025.
  • Banques, banques en ligne et Trésor public multiplient déjà frais périphériques, restrictions d’accès et alternatives numériques qui marginalisent peu à peu le chèque gratuit.
  • L’article détaille les scénarios possibles de fin du chèque gratuit et les réflexes à adopter pour limiter les frais et choisir les bons moyens de paiement.