Vélos électriques : en France, presque un vol chaque minute et 65 % des vols les visent… cette erreur que font encore trop de propriétaires
En France, un vélo est volé chaque minute, et les modèles électriques concentrent désormais l’essentiel des convoitises. Entre filières organisées, marquage obligatoire et traceurs GPS, votre VAE est-il vraiment à l’abri ?

Un vélo électrique flambant neuf, souvent payé plusieurs milliers d’euros, garé dans un local à vélos ou devant un commerce : pour les voleurs, c’est devenu un butin de choix. Avec la montée en gamme du parc de vélos à assistance électrique (VAE), cargos et triporteurs, les forces de l’ordre observent une vague de vols sans précédent, portée par des réseaux de plus en plus organisés.
Chaque année, près de 2 millions de vélos neufs sont vendus en France, et dans le même temps, entre 400 000 et 500 000 vélos disparaissent, soit presque un toutes les minutes. Derrière ces chiffres, une réalité bien précise se dessine : les vols de vélos électriques concentrent désormais l’essentiel des convoitises.
Vols de vélos électriques : une explosion des chiffres et des montants
Selon une étude relayée par Invoxia, un cycliste sur trois en France aurait déjà été victime d’un vol de vélo, et même un sur deux à Paris. Surtout, les VAE dominent désormais très largement les statistiques : environ 65 % des vols concernent des vélos électriques, plus chers et plus recherchés pour leurs composants. En parallèle, les données officielles recensent environ 320 000 vols en 2022, ce qui laisse apparaître un important écart avec les estimations.
Ce décalage s’explique notamment par le fait que près de 40 % des vols ne sont pas déclarés à la police. En Suisse, la tendance est tout aussi marquée : le nombre de vols de vélos électriques a été multiplié par trois entre 2019 et 2022, avec plus de 14 000 e-bikes dérobés en 2022 puis plus de 21 000 en 2023, pour un coût annuel de plusieurs dizaines de millions de francs suisses pour les assureurs. De quoi illustrer la valeur croissante de ces deux-roues sur le marché noir.
Des vélos électriques haut de gamme au coeur de filières très organisées
En Savoie, le magasin MDN Performance a vécu ce scénario de plein fouet. En une seule nuit de juillet, 14 vélos haut de gamme ont été dérobés. « Ce sont des professionnels, ils savent ce qu’ils font », a raconté Maxime Dinardo à M6. Les modèles visés étaient des vélos dernier cri, avec cadres en carbone et technologies innovantes, qui valent « jusqu’à 14 000 euros le vélo ». Un raid ciblé, mené en quelques minutes, qui illustre la maîtrise des équipes à l’oeuvre.
Le phénomène ne se limite pas aux boutiques de montagne. Dans le Grand Ouest, certains modèles haut de gamme volés ont été retrouvés par la gendarmerie de Nantes et restitués à leurs propriétaires. Le 19 novembre, trois individus soupçonnés d’une série de cambriolages ont été interpellés, pour un préjudice total estimé à près de 500 000 euros. « Les individus étaient issus des pays de l’Est, de la Moldavie. Leur mode d’action était de dérober un véhicule utilitaire la nuit des faits puis de casser la devanture du commerce », explique Clément de Maillard, commandant en second de la sécurité de recherches de Nantes. D’autres enquêtes, notamment entre Toulouse et Bordeaux, ont mis au jour des camions chargés de VAE destinés à l’Espagne puis au Maroc, ou encore des trafics envoyant plus de 1 500 vélos et trottinettes vers l’Algérie, souvent repérés grâce à une puce ou un traceur GPS caché sur un vélo volé.
Comment limiter le risque de vol de son vélo électrique ?
Pour tenter d’enrayer cette vague, la France a rendu le marquage obligatoire pour les vélos vendus par des commerçants : depuis le 1er janvier 2021 pour les vélos neufs, et depuis le 1er juillet 2021 pour les vélos d’occasion. Le principe est simple : une étiquette techniquement indécollable, fixée sur le cadre, possède un numéro d’identification unique et un QR Code permettant de retrouver les informations du propriétaire. Le client doit ensuite finaliser l’enregistrement en ligne, gratuitement, sur l’une des dix plateformes de marquage agréées. Ces données alimentent le Fichier national unique des cycles identifiés (Fnuci), consultable par les forces de l’ordre pour restituer un vélo retrouvé. Pour les assurances, ce marquage obligatoir devient souvent une condition de dédommagement.
Le marquage ne suffit pas à lui seul. La moitié des vols se produisent en lieu privé (local à vélos, parking d’immeuble, cave), et 37 % des victimes avaient pourtant utilisé un cadenas. Des tests menés sur les antivols montrent qu’aucun dispositif n’est totalement inviolable, surtout face à une meuleuse portative. L’intérêt est donc d’empiler les protections :
- attacher systématiquement le cadre et au moins une roue à un point fixe solide, avec un antivol en U de haute sécurité ;
- si possible, utiliser deux antivols de types différents pour compliquer la tâche des voleurs ;
- privilégier les stationnements sécurisés prévus par la Loi d’orientation des mobilités (gares, parkings à vélos fermés, locaux dédiés en copropriété) ;
- installer un traceur GPS discret, qui permettrait selon Invoxia de retrouver jusqu’à 8 vélos sur 10 en coopération avec la police ;
- conserver facture, photos du vélo, numéro de série et preuve de marquage pour faciliter plainte et indemnisation.
En bref
- En France comme en Suisse, les vols de vélos explosent avec la généralisation des vélos à assistance électrique, cargos et triporteurs haut de gamme.
- Filières internationales, cambriolages de magasins spécialisés et recel à l’étranger font des VAE un butin structuré, alimenté par un marché noir très lucratif.
- Marquage obligatoire, stationnement sécurisé, antivols renforcés, traceurs GPS et assurances spécifiques forment désormais un arsenal indispensable aux propriétaires.






