Déblocage de l’épargne salariale en 2026 : ce plan du gouvernement à 2 000 € pour les salariés jusqu’à deux SMIC que syndicats et patronat rejettent

Par Paul Graph - Publié le

En 2026, le gouvernement veut autoriser un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale jusqu’à 2 000 euros pour les salariés gagnant au plus deux Smic. Pourquoi syndicats et patronat, habituellement opposés, s’unissent-ils pour freiner ce projet ?

Déblocage de l’épargne salariale en 2026 : ce plan du gouvernement à 2 000 € pour les salariés jusqu’à deux SMIC que syndicats et patronat rejettent

Pour soutenir le pouvoir d’achat sans creuser immédiatement la dette publique, l’exécutif croit tenir un nouveau levier : puiser, à titre exceptionnel, dans l’épargne accumulée par les salariés sur leurs plans d’entreprise. Derrière cette idée, un projet de déblocage exceptionnel de l’épargne salariale qui viserait quelques millions d’actifs gagnant les revenus les plus modestes parmi les titulaires de dispositifs d’épargne.

Portée par le ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat Serge Papin, la mesure permettrait aux salariés concernés de récupérer une partie de leur épargne sans payer d’impôt sur le revenu, afin de doper la consommation. Sur le papier, l’idée peut sembler interressante ; dans les faits, elle fait presque l’unanimité… contre elle.

Déblocage exceptionnel de l’épargne salariale : ce que prévoit le projet de Serge Papin

Le dispositif en préparation ouvrirait, en 2026, un déblocage anticipé des sommes placées sur un plan d’épargne entreprise (PEE). Concrètement, les salariés pourraient retirer jusqu’à 2 000 euros chacun, à condition que ces sommes soient déjà présentes sur leur PEE au 31 décembre 2025. Le retrait serait exonéré d’impôt sur le revenu, tout en restant soumis à la CSG et à la CRDS, ce qui limite tout de même le gain net pour les intéressés.

La mesure serait réservée aux salariés dont la rémunération n’excède pas deux SMIC, soit 3 646 euros brut par mois. Selon Bercy, jusqu’à 3 millions de salariés pourraient en bénéficier. Le gouvernement envisage de faire passer ce dispositif par décret, ce qui interroge plusieurs spécialistes du droit social sur la solidité juridique de l’opération. En parallèle, une proposition de la députée LR Sylvie Bonnet défend un déblocage beaucoup plus large, pouvant atteindre 50 000 euros sans plafond de rémunération, et doit être examinée par la commission des Affaires sociales le 12 ou le 14 janvier.

Pourquoi syndicats et patronat s’opposent au déblocage de l’épargne salariale

Côté syndicats, l’hostilité est nette. « On est contre le fait que l’épargne salariale serve à relancer la consommation, ce n’est pas son objet », a expliqué Patricia Drevon, chargée du dossier à Force Ouvrière, à Capital. La CFDT tient un discours proche : pour la centrale, cette mesure est jugée trompeuse, puisque l’argent en question appartient déjà aux salariés, et elle risque d’exclure une grande partie des employés des petites entreprises qui ne disposent d’aucun PEE. Les syndicats, relève aussi Le Monde, se montrent sceptiques quant à la capacité d’un tel déblocage à améliorer durablement le pouvoir d’achat et alertent sur les effets possibles sur la protection des salariés et la pérennité des dispositifs d’épargne, appelant plutôt à des solutions durables et équitables discutées dans le cadre d’un dialogue social plus global.

Les organisations patronales ne se rangent pas davantage derrière le projet gouvernemental. L’U2P le rejette fermement, en estimant qu’il profiterait surtout à la consommation sur des plateformes de commerce en ligne étrangères, loin des entreprises françaises. Le Medef adopte un ton plus mesuré, mais rappelle que l’épargne salariale a été conçue pour financer l’économie et investir à moyen terme, pas pour servir de variable d’ajustement conjoncturelle. Seule la CPME affiche un soutien de principe au dispositif, tout en jugeant le plafond de 2 000 euros insuffisant. Les experts du Cercle de l’Épargne se montrent eux aussi très critiques : dans un communiqué, l’association estime que l’efficacité de ce type de mesure est « de plus en plus faible » et que la proposition « manque sa cible », en visant surtout les salariés des grandes entreprises disposant déjà d’une épargne salariale conséquente, avec un impact jugé limité sur la consommation. Entre interrogation sur la vocation de ces plans, crainte d’inégalités accrues et incertitude juridique autour d’un passage par décret, le bras de fer autour du déblocage exceptionnel de l’épargne salariale paraît loin d’être terminé.

En bref

  • En 2026, l’exécutif prépare par décret un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale jusqu’à 2 000 euros pour les salariés gagnant au plus deux Smic.
  • Syndicats et principales organisations patronales dénoncent une fausse mesure de pouvoir d’achat, inéquitable, peu efficace et contraire à la vocation de l’épargne salariale.
  • Entre risque juridique, proposition de loi concurrente et critiques d’experts, l’avenir de ce déblocage anticipé reste incertain et nourrit un débat de fond sur le partage de la valeur.