Allocation sociale unique : ce que prépare Lecornu pour le RSA, la prime d’activité et les aides au logement, et qui pourrait y perdre d’ici 2030

Par Paul Graph - Publié le

En 2025, le gouvernement relance l’idée d’une allocation sociale unique pour regrouper RSA, prime d’activité et aides au logement. Entre promesse de simplicité et crainte de perdants, la réforme pourrait rebattre les cartes pour des millions de foyers.

Allocation sociale unique : ce que prépare Lecornu pour le RSA, la prime d’activité et les aides au logement, et qui pourrait y perdre d’ici 2030

Et si, demain, vos aides sociales n’étaient plus éparpillées entre plusieurs organismes et dates de versement, mais regroupées dans une seule enveloppe ? C’est l’ambition affichée par le projet d’allocation sociale unique, remis sur la table par le Premier ministre Sébastien Lecornu pour les prochaines années.

Annoncée le 14 novembre 2025 lors des Assises des départements à Albi, cette réforme doit faire l’objet d’un projet de loi déposé en décembre, avant un long chantier réglementaire et informatique qui pourrait s’étendre jusqu’en 2030. Simplification administrative, lutte contre la fraude et le non-recours, mais aussi garantie que le revenu du travail reste supérieur aux prestations : l’exécutif avance plusieurs objectifs à la fois. Reste à savoir comment tout cela se traduira concrétement pour les allocataires.

Allocation sociale unique : un vieux projet relancé pour clarifier RSA et aides

Le principe d’une aide sociale unique n’est pas nouveau. Emmanuel Macron en avait fait une promesse de campagne en 2017, et d’anciens Premiers ministres comme Michel Barnier ou François Bayrou avaient déjà défendu l’idée d’un guichet unifié pour les prestations. La droite porte aussi ce thème : Laurent Wauquiez défend par exemple une « allocation sociale unique » plafonnée à « 70% du Smic » pour lutter contre l’ »assistanat », a plaidé Laurent Wauquiez, cité par Capital.

En relançant le dossier, Sébastien Lecornu veut franchir un cap. « Ayons le courage, une bonne fois pour toutes, de faire ce que tout le monde a réclamé depuis un certain nombre d’années : l’aide sociale unique », a déclaré le Premier ministre lors de son déplacement dans le Tarn. Il met en avant la nécessité de « payer au juste droit », en ciblant à la fois la fraude, jugée « scandaleuse et inacceptable », et le non-recours qui prive encore de nombreux foyers de leurs droits. La mission flash confiée aux députées Sandrine Runel et Nathalie Colin-Oesterlé souligne qu’une telle réforme reposerait sur « une harmonisation des bases de ressources et une évolution des barèmes » plutôt que sur une fusion brutale des dispositifs. Selon leurs travaux publiés en juillet 2025, l’allocation sociale unique pourrait réduire le taux de pauvreté de 0,6 à 1,1 point, mais les élues préviennent : « Il faudra rester attentifs à ce qu’aucun ménage précaire ne voie son niveau de vie baisser suite aux effets de la réforme, qu’il soit en emploi ou non. »

Inciter au travail et lutter contre le non-recours grâce à l’allocation sociale unique

Concrètement, le gouvernement ne prévoit pas de supprimer toutes les prestations existantes pour les remplacer par un simple chèque unique, mais d’avancer vers ce que des experts appellent une « allocation de solidarité unifiée ». L’idée est d’harmoniser les règles du RSA, de la prime d’activité et des aides au logement : Sébastien Lecornu dit vouloir « rapprocher la prime d’activité, le RSA et un certain nombre d’aides au logement » afin que ces soutiens soient versés en une seule fois, à une date commune. Pour le Premier ministre, « il est invraisemblable que la France ne soit pas encore capable de proposer une allocation sociale unique ».

La dimension numérique est au cœur du projet, avec la création attendue d’un portail de type social.gouv.fr et d’un compte social unique, qui pourrait voir le jour dès 2027. Cet espace en ligne doit permettre aux usagers « d’avoir une vision globale de ses droits », mais aussi, selon Sébastien Lecornu, aux travailleurs sociaux et aux départements en charge des aides sociales « de pouvoir justement avoir un accompagnement personnalisé » des bénéficiaires. L’exécutif veut ainsi rassurer sur les effets d’une reprise d’emploi, en offrant des simulateurs capables de montrer l’impact des revenus du travail sur le niveau d’aides et en rappelant que la réforme resterait mise en musique « par la voie réglementaire » pour « mettre en œuvre cette réforme d’ici 2030 ».

Derrière la simplification des démarches, l’objectif affiché est aussi de mieux récompenser l’activité, en garantissant que les revenus d’un emploi restent supérieurs à ceux issus de la solidarité. Côté financement, Sébastien Lecornu propose d’allouer une part de la CSG aux départements pour en faire « la collectivité des solidarités » et assure que la réforme doit d’abord générer « des économies de gestion », non une réduction globale des prestations. Les travaux de France Stratégie rappellent pourtant qu’à « budget constant », la création d’une allocation unique pourrait faire des « perdants » : en 2018, l’organisme estimait qu’une telle réforme risquait d’entraîner une baisse de ressources pour 3,55 millions de ménages. Les députées Sandrine Runel et Nathalie Colin-Oesterlé mettent en avant, elles, la capacité de ce chantier à « renforcer la solidarité envers les plus fragiles » et à « rendre enfin lisible et accessible l’accès aux droits », tout en appelant à une vigilance particulière pour que les ménages les plus précaires ne soient pas ceux qui paient la simplification du système.

En bref

  • Le 14 novembre 2025 à Albi, Sébastien Lecornu relance le projet d’allocation sociale unique visant RSA, prime d’activité et aides au logement, avec un projet de loi annoncé pour décembre.
  • La réforme prévoit une harmonisation des règles, un versement en une fois via un compte social unique sur social.gouv.fr, afin de lutter contre la fraude, le non-recours et garantir que le travail rapporte plus que la solidarité.
  • Entre promesse de baisse de la pauvreté et risque de 3,55 millions de ménages perdants selon France Stratégie, le débat reste ouvert sur ce que cette allocation changera vraiment pour chaque foyer d’ici 2030.