Épargne verte : ce label d'État Greenfin, ultra-exigeant et méconnu, que votre banquier ne met jamais en avant et qui évite le greenwashing
Né à la COP21, le label Greenfin promet une épargne verte bien plus stricte que les slogans des brochures bancaires. Mais pourquoi votre conseiller vous en parle-t-il si peu, alors qu’il peut changer la couleur réelle de votre portefeuille ?

Vous voyez fleurir les expressions « durable », « responsable », « vert » sur les plaquettes d’épargne, sans trop savoir ce qui se cache derrière ? Au milieu de ce brouillard, un repère public fait figure d’OVNI : le label Greenfin, label d’État dédié à la finance verte, réputé ultra-sélectif mais presque absent des discours commerciaux.
Créé fin 2015 lors de la COP21 sous le nom TEEC, puis rebaptisé Greenfin pour « finance verte » en anglais, ce label piloté par le ministère de la Transition écologique veut orienter l’épargne verte vers des entreprises et projets qui contribuent réellement à la transition énergétique et climatique. Il ne compte pourtant qu’une petite centaine de fonds pour environ 36 milliards d’euros d’encours, face aux quelque 900 milliards d’euros placés en unités de compte dans les assurances-vie. Reste à comprendre comment il fonctionne, et comment s’en servir concrètement dans un contrat d’assurance-vie ou un PEA.
Label Greenfin : un repère d’épargne verte né dans l’urgence climatique
Derrière Greenfin, il y a d’abord un contexte financier colossal : selon l’Agence internationale de l’énergie, atteindre la neutralité carbone en 2050 suppose de tripler les investissements mondiaux dans les énergies propres pour atteindre 4 000 milliards de dollars par an d’ici 2030, soit environ 3 700 milliards d’euros. Les banques se retrouvent en première ligne. « le financement de la transition énergétique et environnementale ne peut s’effectuer sans le concours des institutionnels et, notamment, des banques. Celles-ci, en intervenant en appui des pouvoirs publics, sont un partenaire clé et l’un des principaux leviers financiers de cette transition. Elles ont un rôle de premier plan à jouer dans la décarbonation de leurs propres activités, mais également de l’ensemble de l’économie en contribuant à verdir et rendre durables les activités de leurs clients, entreprises comme particuliers », explique Olivier Cervera, Directeur du Programme Green Business de Banque Populaire dans un article publié par Banque Populaire.
Pour canaliser une partie de cette masse d’épargne, l’État a donc créé un label public, d’abord TEEC puis label Greenfin. Son principe : ne pas labelliser des entreprises mais uniquement des fonds d’investissement, en vérifiant que leur portefeuille finance majoritairement des « éco-activités » liées à la transition énergétique et écologique. Selon les chiffres publiés par le ministère au 19 décembre, 106 fonds seulement sont aujourd’hui labellisés, pour 36 milliards d’euros d’encours, une goutte d’eau dans l’univers des fonds et de l’épargne des ménages.
Pourquoi le label Greenfin est jugé ultra-exigeant par les gérants
Pour être labellisé, un fonds doit concentrer une part importante de ses investissements sur des éco-activités dans huit grands secteurs clés pour la décarbonation : énergie, bâtiment, gestion des déchets et contrôle de la pollution, industrie, transports, agriculture et forêt, adaptation au changement climatique, technologies de l’information et de la communication. Les sociétés en portefeuille sont rangées dans trois poches : celles qui réalisent plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans ces activités doivent représenter au moins 25 % du fonds, une poche intermediaire regroupe celles qui ont une part significative mais inférieure à 50 %, et la poche de diversification ne peut pas dépasser 20 % de l’actif. « Les entreprises technologiques éligibles au label Greenfin sont celles dont les activités soutiennent directement les transitions écologique et énergétique en améliorant l’efficacité énergétique, en facilitant l’intégration des énergies renouvelables ou en contribuant à des infrastructures durables », explique Alvaro Ruiz-Navajas, gérant du fonds Tocqueville Environnement ISR (La Banque Postale), cité par Capital.
Les exclusions renforcent cette sélectivité : toute la chaîne de valeur des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz) est écartée, et le seuil maximal lié au charbon a été durci début 2025, passant de 5 % à 1 % du chiffre d’affaires de la société. Les gérants doivent analyser ligne par ligne la contribution de chaque entreprise au verdissement de l’économie et à la baisse des émissions de gaz à effet de serre, puis se soumettre chaque année à un audit indépendant (Afnor, EY, Novethic, etc.) mandaté par le ministère. « C’est clairement le label de finance verte le plus exigeant des labels français et européens », affirme Laurent Trulès, gérant-analyste, coordinateur de l’investissement responsable chez Dorval AM dans Capital. Et d’ajouter : « Il faut être très sélectif sur les qualités financières et extra financières des sociétés en portefeuille, qu’elles appartiennent aux éco-activités ou non. Pour les entreprises non incluses dans les éco-activités, nous veillons au travers d’indicateurs (émissions CO2 ou plan de transition climatique par exemple) à leur adéquation avec notre ambition de soutenir la transition écologique et énergétique », explique Laurent Trulès chez Uzès Gestion.
Comment un épargnant peut se servir du label Greenfin dans sa vie quotidienne
Malgré ce niveau d’exigence, Greenfin reste discret dans l’offre grand public. On ne recense qu’une douzaine de fonds actions labellisés destinés aux particuliers, la majorité des produits étant des fonds de dette, de capital-investissement ou d’infrastructures souvent réservés aux investisseurs professionnels. Dans les brochures, les labels plus répandus comme le label ISR ou les mentions « article 8 » ou « article 9 » de la réglementation SFDR prennent souvent le dessus, alors que Greenfin fait figure de filtre supplémentaire pour qui veut éviter au maximum le greenwashing.
Pour un épargnant, la première étape consiste à repérer ce label dans ses supports existants – assurance-vie, PEA, épargne salariale – puis à l’utiliser comme boussole pour verdir progressivement son portefeuille. « Nous leur proposons une gamme de produits d’épargne et d’investissement verts qui ont un impact positif sur l’environnement et favorisent le développement de projets durables », souligne aussi Olivier Cervera. Quelques réflexes simples peuvent aider à passer à l’action :
- vérifier, dans la liste des supports de son contrat, quels fonds portent le logo ou la mention « label Greenfin » ;
- consulter la liste officielle des fonds labellisés sur le site du ministère de la Transition écologique, puis voir lesquels sont proposés par sa banque ou son assureur ;
- poser à son conseiller des questions précises sur la part réellement investie dans des éco-activités et sur la présence ou non de sociétés liées aux combustibles fossiles.
En bref
- Créé lors de la COP21, le label d’État Greenfin oriente une petite partie de l’épargne française vers des fonds dédiés à la transition écologique.
- Exclusions totales des combustibles fossiles, part verte élevée et audits annuels font de Greenfin un repère de finance verte parmi les plus exigeants.
- Reste à voir comment un épargnant peut s’en servir concrètement dans son assurance-vie ou son PEA pour limiter le greenwashing de son portefeuille.







