Retraités au Portugal, en Grèce ou ailleurs : ce piège fiscal va faire fondre votre pension dès 2026, comment l’éviter
Soleil, coût de la vie plus bas, promesses d’impôts légers : pour de nombreux retraités expatriés, la réalité fiscale est tout autre. Entre conventions, retenues et certificats, ce piège peut faire chuter la pension dès 2026, sauf pour ceux qui s’y préparent.

Quand ils bouclent enfin leur carrière, beaucoup de Français imaginent qu’une retraite à l’étranger fera gonfler leur pouvoir d’achat : soleil, coût de la vie plus bas, impôts en baisse… Sur le papier, tout semble aligné. Puis le premier virement tombe. Et la pension nette est plus faible qu’espéré, parfois rognée à la fois par la France et par le pays d’accueil, sans que personne n’ait vraiment pris le temps d’expliquer pourquoi.
Derrière ce décalage se cache un véritable piège fiscal, nourri par des règles plus techniques qu’il n’y paraît : résidence fiscale, nature de la pension, convention fiscale entre États, certificats à fournir… Le Portugal, longtemps présenté comme eldorado, l’a montré avec la fin de son régime privilégié, tandis que la Grèce attire désormais avec un taux forfaitaire alléchant. En toile de fond, la généralisation de la télédéclaration et des contrôles automatisés rend 2026 décisive pour les retraités installés au soleil. Le piège peut pourtant être désamorcé.
Retraite à l’étranger : quand le rêve fiscal se transforme en labyrinthe
Sur le terrain, la première erreur fréquente consiste à croire que « puisque ma pension vient de France, elle doit être imposée en France ». En réalité, ce sont trois paramètres qui tranchent, comme le rappelle le Journal des Seniors : le pays où se situe votre résidence fiscale, la nature de votre pension (pension privée ou pension publique) et le contenu précis de la convention signée entre la France et le pays où vous vivez. Confondre ces éléments, ou traiter une pension de fonctionnaire comme une retraite du privé, peut coûter très cher année après année.
Concrètement, une pension du régime général ou complémentaire est, dans de nombreuses conventions, imposable uniquement dans le pays de résidence du retraité, par exemple en Espagne. À l’inverse, une pension publique versée par l’État ou une collectivité française reste le plus souvent imposable en France, même si le bénéficiaire vit à l’étranger. Le casse-tête se complique encore si la France n’a pas reçu de certificat de résidence fiscale délivré par le pays d’accueil : la caisse applique alors une retenue à la source au barème des non-résidents (0 %, 12 % ou 20 %), qui vient s’ajouter, parfois à tort, à l’impôt payé localement.
Portugal, Grèce : quand l’eldorado fiscal change de visage pour les retraités
Le cas du Portugal illustre bien ce mirage. En 2009, frappé par la crise de la dette, le pays met en place le statut de résident non habituel (RNH), qui permet aux retraités étrangers de bénéficier d’une exonération totale d’impôt sur leurs pensions pendant dix ans. Des milliers de Français s’installent alors à Lisbonne ou en Algarve, profitant d’une retraite ensoleillée et fiscalement très douce. Puis, en 2020, cette exonération est remplacée par une flat tax de 10 % sur les pensions étrangères, avant une suppression totale de l’avantage en 2024 : le RNH ne s’applique plus aux pensions, et les résidents sont désormais soumis à l’impôt sur le revenu portugais (IRS) sur l’ensemble de leurs revenus mondiaux, les pensions privées étant imposables au Portugal, les pensions publiques restant imposables en France via la convention bilatérale.
Pendant que l’eldorado portugais se referme, la Grèce attire à son tour l’attention. Le pays a instauré un régime fiscal où les pensions étrangères peuvent être soumises à un taux forfaitaire d’environ 7 % pendant quinze ans, à condition de transférer sa résidence fiscale. Une convention fiscale entre la France et la Grèce évite en principe la double imposition, et le coût de la vie, 20 à 30 % plus bas qu’en France, renforce l’attrait. Mais l’expérience portugaise montre qu’un dispositif avantageux peut évoluer : le vrai enjeu n’est pas de courir après le dernier régime à la mode, c’est de comprendre les règles écrites et leurs limites avant de s’engager.
Retraités à l’étranger : les réflexes à adopter dès 2026 pour protéger sa pension
Sur le plan pratique, beaucoup de mauvaises surprises viennent d’un simple défaut de démarches. Sans certificat de résidence envoyé chaque année aux caisses de retraite, la France continue de prélever une retenue, même si la convention confie l’imposition au pays d’accueil. Une case mal cochée dans la télédéclaration, l’oubli de l’abattement de 10 % sur les retraites de source française ou une pension indiquée dans la rubrique « revenus étrangers » au lieu de « revenus déjà imposés à l’étranger » suffisent à faire grimper l’addition. Dans certains cas, le pays d’accueil impose la pension alors que la France maintient une retenue, créant une véritable « taxation en cascade » qui ronge la pension mois après mois, alors qu’un crédit d’impôt prévu par la convention permettrait de neutraliser cette double charge si la demande est correctement formulée.
En 2026, l’enjeu est donc de remettre sa situation à plat, surtout avec des administrations de plus en plus connectées. En pratique, quelques gestes simples limitent déjà beaucoup les risques :
- lire l’article « pensions » de la convention fiscale entre la France et le pays de résidence, disponible sur le site impots.gouv.fr ;
- obtenir et transmettre chaque année un certificat de résidence fiscale à toutes ses caisses de retraite ;
- contrôler les taux de retenue à la source appliqués (0 %, 12 % ou 20 %) sur ses pensions françaises ;
- vérifier attentivement les rubriques de la déclaration en ligne dédiées aux non-résidents, en veillant à eviter toute double déclaration ;
- envisager une consultation avec un fiscaliste ou un expert-comptable qui maîtrise la fiscalité internationale des retraités, surtout si l’on cumule pensions privées et publiques.
Pour beaucoup de foyers, ce « bilan fiscal expatrié » réalisé en 2026 après quelques années de retraite à l’étranger permet non seulement de sécuriser leur situation, mais aussi de récupérer des dizaines, voire des centaines d’euros de pension nette chaque mois, initialement perdus dans les méandres du système. Un moyen concret de profiter de sa nouvelle vie au soleil sans laisser son portefeuille se faire surprendre par la mécanique fiscale.
Sources
En bref
- Depuis le durcissement du régime RNH portugais et l’essor du dispositif grec à 7 %, de plus en plus de retraités français découvrent que leur fiscalité dépend surtout de leur résidence fiscale et des conventions bilatérales.
- Entre pensions privées et publiques, certificats de résidence fiscale manquants, retenues à la source et mauvaise utilisation des rubriques de la télédéclaration, une véritable taxation en cascade peut rogner la pension chaque mois.
- Un bilan fiscal expatrié en 2026, appuyé sur les textes de convention, les bons formulaires et, au besoin, un fiscaliste spécialisé, permet souvent de stopper ce piège fiscal et de récupérer des centaines d’euros de retraite nette.





