Paiements : ce plan secret de CB et Wero pour affranchir l’Europe de Visa et Mastercard d’ici 2026 pourrait tout changer pour votre argent
Alors que Visa et Mastercard contrôlent l’essentiel des paiements européens, Bruxelles alerte sur un risque stratégique majeur. CB et Wero peuvent-ils vraiment offrir un plan B souverain sans bousculer vos habitudes au quotidien ?

Et si, un matin, votre carte refusait tous les paiements chez le boulanger, au péage ou pour vos abonnements en ligne ? Derrière ce scénario de blocage, il y a une réalité : la plupart des paiements européens reposent encore sur les réseaux des géants américains Visa et Mastercard, qui contrôlent les principaux serveurs de traitement. Dans ce contexte, la question de la souveraineté des paiements n’a plus rien de théorique.
Pour y répondre, les acteurs européens ont enclenché une riposte structurée. D’un côté, le réseau national CB reste l’infrastructure de référence en France ; de l’autre, le portefeuille numérique Wero, porté par l’European Payments Initiative (EPI), vient de s’allier à l’Alliance EuroPA pour créer une alternative commune aux schemes américains et fédérer des solutions locales comme Bizum, Bancomat ou Vipps MobilePay, avec à la clé un objectif de 130 millions d’utilisateurs dans 13 pays dès 2026. Un tournant qui prépare des changements très concrets pour les particuliers comme pour les commerçants.
CB et Wero face au « problème stratégique majeur » des paiements
Le diagnostic posé par les autorités européennes est sans détour. Aujourd’hui, la quasi-totalité des transactions par carte transite par les serveurs de Visa ou Mastercard. Cette dépendance ouvre la porte à un risque de coupure des réseaux en cas de crise, comme cela a été observé en Russie en 2022, avec à la clé la possibilité de bloquer instantanément une grande partie des paiements du quotidien. Cette situation a été qualifiée de « problème stratégique majeur » par Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, citée par Planet.fr.
Pour de nombreux économistes, bâtir des rails de paiement internes n’est plus seulement un projet industriel, mais une nécessité de sécurité. Pour Jean Dupont, économiste spécialisé dans le secteur financier cité par Actuniort, « Une plus grande autonomie dans les paiements est essentielle pour la sécurité économique de l’Europe. Avoir des alternatives permettrait de nous affranchir des profondeurs de la dépendance étasunienne. » En clair, chaque transaction traitée sur un réseau européen plutôt que sur une infrastructure américaine réduit d’autant l’exposition du continent aux décisions politiques prises ailleurs.
Comment CB et Wero bâtissent une alternative européenne aux géants américains
Dans ce contexte, Wero occupe une place centrale. Issu de l’European Payments Initiative, ce portefeuille numérique repose non pas sur la carte bancaire, mais sur le virement instantané de compte à compte (A2A) : les transactions sont exécutées en moins de 10 secondes, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, directement entre comptes bancaires. Déjà opérationnel pour les paiements entre particuliers en France, en Allemagne et en Belgique depuis la fin de l’année 2024, Wero revendiquait plus de 43,5 millions d’utilisateurs enregistrés en septembre 2025. Grâce au protocole d’accord signé début février 2026 entre EPI et l’Alliance EuroPA, cette solution doit devenir interopérable avec Bizum en Espagne, Bancomat en Italie, SIBS-MB WAY au Portugal ou encore Vipps MobilePay dans les pays nordiques.
À partir de 2026, cette interopérabilité doit permettre à un Français d’envoyer instantanément de l’argent à un proche en Espagne ou en Italie simplement avec son numéro de téléphone, qu’il utilise Wero ou une application locale comme Bizum. Le déploiement commercial suit un calendrier précis : l’usage en e-commerce, amorcé en Allemagne fin 2025, doit arriver en France et en Belgique courant 2026, tandis que des fonctionnalités de paiement en magasin via QR code ou NFC sont en cours de developpement pour offrir une solution complète d’ici 2027. De nouveaux pays rejoignent la dynamique, avec le Luxembourg attendu en juin 2026 et les Pays-Bas qui prévoient de migrer leur solution iDEAL vers cette nouvelle infrastructure. En parallèle, le réseau CB reste le socle des paiements par carte en France et se positionne comme le complément naturel de Wero : en privilégiant ces deux briques européennes quand elles sont proposées, particuliers et commerçants disposent d’alternatives concrètes pour payer et encaisser sans passer systématiquement par Visa ou Mastercard.
En bref
- En 2026, l’alliance entre le réseau CB français, le wallet Wero et l’initiative EPI-EuroPA répond à la dépendance européenne aux rails Visa et Mastercard.
- Basé sur le virement SEPA instantané, Wero promet des paiements A2A rapides et transfrontaliers tandis que CB reste l’infrastructure carte souveraine en France.
- Reste à savoir si banques, commerçants et consommateurs adopteront assez vite ce duo CB–Wero pour alléger durablement l’emprise américaine sur les paiements.







