Rossignol : des premiers skis en frêne pour les militaires en 1907 aux modèles connectés des JO 2026, cette saga française à connaître avant l'hiver
De l'atelier d'Abel Rossignol en 1907 aux skis connectés des JO de Cortina 2026, une marque a façonné un siècle de glisse. Comment l'histoire des skis Rossignol continue-t-elle d'influencer champions et skieurs du quotidien ?

Au début du XXe siècle, dans un atelier de menuiserie qui fabrique des pièces pour métiers à tisser, un artisan français se met soudain à courber des planches de bois. Ces skis encore rudimentaires ouvrent la voie à une aventure industrielle et sportive qui traversera les Jeux olympiques, les modes de glisse et les révolutions de matériaux jusqu’aux modèles ultramodernes exposés aujourd’hui en magasin.
De 1907 à l’ère des skis en fibres et capteurs, la marque Rossignol a transformé des planches en frêne destinées aux militaires en équipements de champions et de skieurs de loisir. Une trajectoire jalonnée de noms comme Abel Rossignol, Émile Allais ou Jean-Claude Killy, et de modèles devenus cultes. Mais derrière cette success-story bien connue en montagne, comment se raconte concrètement l’histoire des skis Rossignol que l’on chausse encore aujourd’hui ?
Des skis Rossignol en frêne aux premiers modèles en bois contrecollé
Tout commence en 1907, quand Abel Rossignol, menuisier à Voiron, décide de fabriquer des skis à côté de son activité pour le textile. Il équipe alors principalement les militaires français, quasiment les seuls à pratiquer le ski à l’époque, devenant le premier fabricant de skis du pays. Inspiré par les modèles norvégiens, il choisit le frêne massif, une essence assez souple pour courber les extrémités et tracer les premières lignes de l’ADN d’innovation de la marque.
Quelques décennies plus tard, la petite entreprise s’allie à un champion déjà légendaire : Émile Allais, médaillé aux Jeux olympiques de 1936 et triple champion du monde en 1937. Ensemble, ils mettent au point l’Olympique 41, un ski en bois contrecollé qui garde sa forme au fil des descentes. Grâce à ce modèle, la production passe en une dizaine d’années de quelques centaines de paires à plusieurs milliers, signe que le ski quitte peu à peu les seules casernes pour gagner les pistes grand public.
Allais 60, Strato : quand les skis Rossignol changent d’échelle
Au milieu des années 1950, un autre personnage clé entre en scène : Laurent Boix-Vives reprend la marque en 1956 et tombe, dans les cartons de l’entreprise, sur un projet de skis métalliques. Convaincu que l’avenir du ski passe par le métal, il lance le modèle Allais 60, avec lequel Jean Vuarnet devient champion olympique de descente en 1960. Les skieurs du monde entier s’arrachent ces skis tout métal et Rossignol commence alors son expansion internationale.
La révolution suivante arrive avec le Strato, premier ski Rossignol en fibres de verre, lancé en 1964. C’est avec ce modèle que Jean-Claude Killy et l’équipe de France décrochent 16 médailles aux championnats du monde de 1966, propulsant la marque au rang de numéro un mondial. La production dépasse alors le million de paires, un succès impressionant pour une entreprise née dans un atelier de menuiserie. Plus tard, aux Jeux de Calgary en 1988, six des dix titres olympiques de ski alpin seront encore remportés sur des skis Rossignol, confirmant le lien étroit entre innovation technique et résultats sur les pistes.
Que reste-t-il de cette saga dans les skis Rossignol d’aujourd’hui ?
Derrière les lignes colorées des modèles actuels, on retrouve encore l’héritage de ces pionniers. Les skis de piste, freeride ou randonnée de Rossignol combinent toujours noyau bois, renforts métalliques et fibres composites, dans la continuité du Strato et de l’Allais 60. En 2015, la marque a même lancé son premier ski connecté, doté d’un capteur PIQ et d’une application dédiée, prolongeant son goût historique pour les innovations techniques. Autour des skis, le groupe s’est aussi structuré en univers complet avec les fixations Look, les chaussures Lange ou la marque sœur Dynastar pour couvrir tous les besoins du skieur.
Cette histoire industrielle se joue aussi en coulisses, entre usines françaises comme Sallanches, hivers plus doux liés au dérèglement climatique et diversification vers les sports de montagne d’été, du textile aux chaussures de trail. Malgré ces virages, Rossignol continue de s’appuyer sur les champions pour faire briller son logo sur les podiums : lors des Jeux de Pékin en 2022, des athlètes équipés par la marque ont décroché 32 médailles. Aux Jeux olympiques de Cortina 2026, de la descente au ski nordique en passant par le snowboard, de nombreux sportifs viseront encore l’or à Cortina avec des skis Rossignol aux pieds. Et à chaque virage, une part de cette longue saga commencée en 1907 continue de s’exprimer sous la neige.
En bref
- En 1907, à Voiron, Abel Rossignol fabrique ses premiers skis en frêne pour l'armée, lançant une aventure industrielle et sportive française.
- Des modèles Olympique 41, Allais 60 et Strato aux skis connectés, la marque enchaîne innovations et médailles olympiques jusqu'à Pékin 2022.
- Entre fermeture annoncée de Sallanches, pari des sports d'été et ambitions pour Cortina 2026, l'histoire des skis Rossignol entre dans une nouvelle phase décisive.







