Surendettement : en 2025, un tiers des dossiers concerne les moins de 30 ans, ces minicrédits du quotidien qui les plongent dans la spirale

Par Paul Graph - Publié le

En un an, les dossiers de surendettement des moins de 30 ans ont explosé, poussés par la précarité et les minicrédits contractés en quelques clics. Derrière ces chiffres, des vies déjà fragiles basculent, tandis que les autorités tentent de resserrer l’étau.

Surendettement : en 2025, un tiers des dossiers concerne les moins de 30 ans, ces minicrédits du quotidien qui les plongent dans la spirale

200 euros à rembourser chaque mois, avant même d’avoir touché un premier salaire. Pour une étudiante de 29 ans, les deux minicrédits souscrits pour tenir jusqu’à la fin du mois – 5 000 euros puis 1 000 euros – sont vite devenus un piège. Elle raconte avoir utilisé cet argent pour payer « les transports et la nourriture », avant de lâcher : « C’est invivable, tu n’as même pas encore touché ton premier salaire que tu es déjà endetté », témoigne cette jeune femme interrogée par Capital.

Son histoire n’est pas isolée. La Banque de France vient de tirer la sonnette d’alarme sur la hausse du surendettement des ménages : 148 013 dossiers ont été enregistrés en 2025, soit une progression d’environ 10 % en un an. L’institution pointe un cocktail fait de pauvreté, d’inflation et de chômage. L’Association des sociétés financières a également signalé fin janvier une « tendance marquée à l’augmentation des premiers impayés » et une hausse des demandes de report sur les crédits à la consommation. Chez les moins de 30 ans, la montée des difficultés est encore plus brutale.

Surendettement : les moins de 30 ans en première ligne

En un an, les dossiers de surendettement des jeunes ont bondi. En 2025, 17 000 dossiers ont été déposés par des moins de 30 ans auprès de la Banque de France, contre 12 500 en 2024, soit une hausse de 36 %. La situation est encore plus marquée pour les 18-25 ans, avec environ 5 000 dossiers, en augmentation de 65 % sur un an. Dans cette tranche d’âge, les femmes et les chômeurs sont proportionnellement plus nombreux parmi les personnes surendettées.

Pour Hélène Arveiller, de la Banque de France, ces jeunes présentent un profil d’endettement très spécifique. « Leur endettement est caractérisé par une part de crédits à la consommation qui est plus élevée que pour l’ensemble des surendettés […] même si leur endettement médian de crédit à la consommation est plus faible », a expliqué Hélène Arveiller, citée par 20 Minutes. « Un tiers des dossiers qui contenaient des paiements fractionnés ou des minicrédits étaient souscrits par des jeunes de moins de 35 ans », a-t-elle ajouté, en évoquant un phénomène « en forte augmentation ». Les dettes portent surtout sur des créanciers privés, principalement les banques.

Minicrédits, paiements fractionnés : la spirale et la riposte des autorités

Derrière ces chiffres, un même scénario revient souvent : des dépenses du quotidien financées par des paiements en plusieurs fois ou de petits crédits contractés en quelques clics. Avec un encadrement bien moins strict que pour les crédits classiques, ces offres se multiplient chez les jeunes adultes, jusqu’à faire basculer le budget lorsque les remboursements s’empilent. Une directive européenne sur le crédit à la consommation, transposée en droit français en 2025, doit justemement s’appliquer fin 2026. « Il y aura une obligation, notamment en matière d’informations, de publicité, d’informations précontractuelles, contractuelles et surtout d’analyse de solvabilité », complète Hélène Arveiller. Les établissements prêteurs devront « analyser la solvabilité de ces emprunteurs avant de décider de leur octroyer un crédit », ajoute la responsable.

Quand la situation est trop dégradée, les ménages peuvent déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France. Plus de la moitié des dossiers clos aboutissent à un effacement total ou partiel des dettes, pour un montant global de 1,3 milliard d’euros, soit environ 20 000 euros par dossier, tandis qu’une autre partie se règle par un rééchelonnement du passif. « Le délai entre le dépôt et la solution apportée est de quatre mois », a précisé Hélène Arveiller, ce qui permet à certains jeunes de souffler plus vite, même si l’inscription aux fichiers d’incidents de paiement complique ensuite l’accès au crédit ou au logement.

En bref

  • En 2025, la Banque de France enregistre 148 013 dossiers de surendettement, en hausse d’environ 10 %, avec une poussée spectaculaire chez les moins de 30 ans.
  • Les jeunes, surtout les 18-25 ans, s’enfoncent dans la dette via crédits à la consommation, minicrédits et paiements fractionnés, tandis qu’une nouvelle directive européenne promet un encadrement renforcé.
  • Entre témoignages de jeunes étranglés par les remboursements et explication de la procédure de surendettement, l’article met en lumière les dangers de ces produits et les pistes pour limiter la casse.