Surendettement des 18-25 ans : ce piège invisible des paiements fractionnés fait exploser les dossiers à la Banque de France en 2025

Par Paul Graph - Publié le

En trois ans, la part des 18-29 ans dans les dossiers de surendettement a plus que doublé, portée par mini-crédits et paiements fractionnés. Comment ces coups de pouce glissent-ils vers le fichage FICP et l’impasse financière ?

Surendettement des 18-25 ans : ce piège invisible des paiements fractionnés fait exploser les dossiers à la Banque de France en 2025

Un achat en trois fois pour un smartphone, un mini-crédit pour finir le mois, une facture d’énergie repoussée à plus tard… Pour beaucoup de jeunes, ces gestes du quotidien ressemblent à des coups de pouce anodins. Pourtant, ils se transforment de plus en plus en un piège silencieux : en quelques mois, des 18-25 ans se retrouvent incapables de faire face, contraints de déposer un dossier de surendettement.

La Banque de France vient de dresser un tableau inquiétant de cette nouvelle réalité. En 2025, elle a enregistré 148 013 dossiers de surendettement, soit une hausse de 9,8 % par rapport à 2024, et la part des jeunes explose. Derrière ces chiffres, une génération fragilisée par l’inflation, le chômage et l’essor des paiements fractionnés, qui bascule sans toujours comprendre quand la limite a été franchie.

Une vague de surendettement inédite chez les 18-25 ans

Chez les moins de 30 ans, le phénomène a pris une ampleur spectaculaire : en un an, le nombre de dossiers est passé de 12 500 à 17 000, soit une hausse de 36 %. Pour la tranche des 18-25 ans, la courbe s’envole encore davantage, avec une progression de 65 % des dépôts (8 205 contre 4 982 en 2024). En trois ans, la part des 18-29 ans dans l’ensemble des dossiers a plus que doublé, de 5 % à 12 %. « On n’a jamais vu ça avant. C’est pour ça qu’à la Banque de France, on en a fait un point d’attention particulier », a alerté Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers de la Banque de France, auprès de Planet.

Ces chiffres se superposent à une réalité sociale déjà fragile. Le taux de chômage atteint 21,5 % chez les 15-24 ans au quatrième trimestre 2025, et le revenu médian des débiteurs surendettés plafonne à 1 206 euros, souvent en dessous du seuil de pauvreté. Dans ces conditions, le moindre imprévu fait dérailler le budget : loyers et factures d’énergie prennent du retard, puis les incidents se multiplient. L’inscription au FICP (Fichier national des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) a progressé de 0,7 % en 2025, avec à la clé un accès bloqué au crédit ou à la location pour des jeunes qui n’ont parfois jamais vraiment commencé leur vie active.

Mini-crédits et paiements fractionnés, le piège invisible des moins de 25 ans

Derrière l’explosion du surendettement des 18-25 ans, la Banque de France pointe un changement profond dans les habitudes de consommation. Les mini-crédits et paiements fractionnés, les offres « Buy Now Pay Later » mises en avant en ligne comme en magasin, se sont imposés dans le quotidien. Jugés « moins encadrés par la loi » par l’institution, ces outils donnent l’impression de pouvoir étaler un achat sans douleur, alors qu’ils empilent des mensualités qui finissent par étouffer le budget. En 2024, 17 % des dossiers de surendettement comportaient déjà ce type de créances, contre à peine 1 % en 2022, et « un tiers des dossiers qui contenaient des paiements fractionnés ou des microcrédits étaient souscrits par des jeunes de moins de 35 ans », a précisé Hélène Arveiller. Par ailleurs, les femmes et les chômeurs sont surreprésentés parmis les jeunes concernés.

Le témoignage d’une étudiante de 29 ans illustre ce cercle infernal. Elle raconte avoir eu recours à deux mini-crédits, 5 000 euros puis 1 000 euros, faute de trésorerie pour boucler son budget. Ces sommes lui ont permis de payer « les transports et la nourriture », a-t-elle expliqué à Radio France. Chaque mois, elle doit désormais rembourser 200 euros : « C’est invivable, tu n’as même pas encore touché ton premier salaire que tu es déjà endetté ». Pour répondre à cette dérive, un nouveau cadre européen arrive : « Il y aura une obligation, notamment en matière d’informations, de publicité, d’informations précontractuelles, contractuelles et surtout d’analyse de solvabilité », promet Hélène Arveiller, qui insiste sur le fait que les prêteurs devront « analyser la solvabilité de ces emprunteurs avant de décider de leur octroyer un crédit ». En attendant, la Banque de France rappelle que plus de la moitié des procédures ont abouti en 2025 à un effacement total ou partiel des dettes, pour un montant cumulé d’environ 5 milliards d’euros, et invite les jeunes en difficulté à se tourner vers le numéro 3414 et à constituer, dès que possible, une petite épargne de précaution pour ne pas tomber dans ce piège invisible.

En bref

  • En 2025, la Banque de France a recensé 148 013 dossiers de surendettement, dont une part de 18-25 ans en hausse de 65 % sur fond de chômage élevé et de précarité.
  • Mini-crédits, paiements fractionnés et offres Buy Now Pay Later se multiplient, représentant 17 % des dossiers et entraînant de nombreux jeunes vers le fichage FICP.
  • Entre conséquences durables et nouveaux garde-fous européens prévus en 2026, quels réflexes adopter dès maintenant pour éviter ou traiter ce piège financier ?