Arrêt de travail : ce nouveau contrôle vidéo de l'Assurance maladie déployé en 2025 peut faire suspendre vos indemnités du jour au lendemain

Par Paul Graph - Publié le

En arrêt de travail, vous pouvez désormais être convoqué en visioconférence par un médecin-conseil de l’Assurance maladie, partout en France. Entre lutte antifraude et risque de perte d’indemnités, comment ce télécontrôle à distance peut-il bouleverser votre arrêt ?

Arrêt de travail : ce nouveau contrôle vidéo de l’Assurance maladie déployé en 2025 peut faire suspendre vos indemnités du jour au lendemain

Vous pensiez qu’un contrôle de votre arrêt de travail signifiait forcément un déplacement à la caisse ou la visite d’un médecin-conseil à la porte de chez vous. Désormais, un simple mail ou SMS peut aussi signifier qu’un contrôle par visioconférence vous attend, sans que vous ayez à bouger de votre canapé. Depuis le 1er décembre, la Caisse nationale d’assurance maladie a généralisé un nouveau télécontrôle médical à distance pour vérifier certains arrêts. Une nouveauté qui bouscule les habitudes des salariés en arrêt, mais aussi celles des médecins-conseils.

Ce durcissement s’inscrit dans une lutte plus large contre la fraude aux arrêts maladie, dont le coût a explosé en dix ans pour atteindre environ 17 milliards d’euros par an pour la Sécurité sociale. Depuis juillet 2025, un nouveau formulaire Cerfa plus sécurisé et très « infalsifiable » est devenu obligatoire pour les arrêts papier, selon un article de RMC-BFMTV, afin de limiter les faux documents. Dans la foulée, l’Assurance maladie a testé ce contrôle vidéo pendant trois mois en Normandie, en Bourgogne-Franche-Comté et en Occitanie : 85% des assurés contrôlés se sont déclarés favorables à cette démarche. Résultat, le dispositif a été étendu à tout le territoire à la fin de l’année 2025, avec des conséquences directes pour tous les assurés en arrêt.

Comment se passe le nouveau contrôle par visioconférence de l’Assurance maladie

Jusqu’ici, la Assurance maladie pouvait déjà vérifier la validité d’un arrêt en vous convoquant dans un point d’accueil ou en envoyant un médecin-conseil à votre domicile, chargé d’évaluer votre aptitude au travail. Le principe ne change pas : il s’agit toujours de vérifier que votre état de santé correspond à ce qui est indiqué sur l’arrêt, qu’il fasse suite à une maladie, un accident du travail ou une maladie professionnelle. La différence, c’est que ce rendez-vous peut maintenant se tenir à distance, en visio sécurisée, avec un médecin-conseil mandaté par votre CPAM. Cette modalité s’applique aussi à certaines demandes d’invalidité, ce qui élargit encore le champ des contrôles possibles.

Dans les faits, le télécontrôle suit une procédure bien cadrée en trois temps. Au plus tard deux jours avant, un mail de convocation est adressé à l’adress mail déclarée dans votre compte ameli, doublé d’un SMS : le message précise la date, l’heure et les modalités de connexion à la visioconférence. La veille du rendez-vous, vous recevez un nouveau courriel et un SMS de rappel, histoire de ne pas oublier ce contrôle. Le jour J, vous devez vous connecter depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur pour échanger avec le médecin-conseil sur votre pathologie et l’impact concret sur votre capacité de travail. Si vous ne pouvez pas utiliser la visio, ou si vous préférez un échange en face à face, un rendez-vous en présentiel doit alors vous être proposé.

Quels droits et quels risques en cas de télécontrôle de votre arrêt de travail

Une fois l’entretien terminé, le médecin-conseil rend immédiatement son avis : arrêt justifié ou non, poursuite ou non de la prise en charge. Vous et votre médecin traitant êtes informés sans délai de cette décision, qui peut conduire à la suspension de vos indemnités journalières si l’arrêt est jugé abusif ou plus médicalement fondé. Lorsque des indemnités ont déjà été versées à tort, l’Assurance maladie peut en réclamer le remboursement, en appliquant les règles habituelles de recouvrement. Lors de la phase d’expérimentation, la Caisse nationale d’assurance maladie a indiqué qu’environ 38% des arrêts contrôlés à distance avaient été interrompus ou écourtés, ce qui illustre l’impact potentiel de ces contrôles sur la durée des arrêts.

Ce télécontrôle ne remplace pas les autres vérifications possibles. Il ne faut pas le confondre avec la contre-visite patronale, organisée et financée par l’employeur, qui mandate son propre médecin pour vérifier votre état. Dans un même arrêt, vous pouvez donc être contrôlé à la fois par la Sécu et par un praticien missionné par votre entreprise, chacun avec ses propres objectifs. Pour les assurés, l’enjeu devient de rester joignable, de tenir à jour les coordonnées dans le compte ameli et de se préparer au rendez-vous en réunissant ordonnances et comptes rendus. Entre lutte renforcée contre la fraude et promesse de simplifier la vie des patients, ce contrôle à distance est désormais un passage possible de tout arrêt de travail un peu long.

En bref

  • Depuis décembre 2025, l’Assurance maladie généralise à toute la France le contrôle par visioconférence des arrêts de travail, testé durant trois mois en Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie.
  • Convocation par mail et SMS, rappel la veille puis entretien vidéo avec un médecin-conseil aboutissent à un avis immédiat pouvant prolonger, écourter ou interrompre vos indemnités journalières.
  • Entre lutte contre la fraude et promesse de simplifier la vie des assurés, ce télécontrôle soulève des questions sur vos droits, vos obligations et la meilleure façon de vous y préparer.