Biscuits apéro "sains" : l'enquête CLCV épingle Nutri-Score, sel caché, additifs… et révèle à quel point les vraies alternatives se font rares
Du bretzel ultra salé aux chips de lentilles bardées d’additifs, le rayon biscuits apéro reste un terrain miné pour la santé. Que révèlent vraiment les enquêtes et quelles alternatives privilégier pour un apéritif plus serein ?

Les beaux jours reviennent, les terrasses se remplissent et, presque automatiquement, les bols de biscuits apéro ressortent du placard. Pour se donner bonne conscience, beaucoup se tournent vers des versions aux lentilles, aux pois chiches ou affichées « allégées » et « riches en fibres », censées être plus vertueuses que les chips classiques.
Une grande enquête de la CLCV, association de consommateurs, a pourtant passé au crible 219 références vendues dans 10 enseignes et montre à quel point ces promesses sont fragiles. Entre sel très présent, graisses saturées, sucres ajoutés et additifs en série, les alternatives saines restent rares… même quand l’emballage joue la carte santé. Là, on commence vraiment à se demander quoi mettre dans son panier.
Biscuits apéro : sel, gras et sucres cachés au rayon des faux “amis” sains
Dans cette enquête portant sur 219 produits d’Aldi, Biocoop, Carrefour, Coopérative U, Intermarché, Leclerc, Lidl, Monoprix et Naturalia, certains chiffres parlent d’eux-mêmes. Les bretzels sont la famille la plus salée, avec en moyenne 3,15 g de sel pour 100 g. Les gressins suivent avec 1,78 g/100 g et les feuilletés 2,05 g/100 g. Ces feuilletés sont d’ailleurs les plus à écarter : 18 références sur 19 obtiennent un Nutri-Score E, ils sont aussi caloriques que les chips de pommes de terre mais avec bien plus d’acides gras saturés (14,6 g/100 g contre 2,5 g/100 g pour les chips).
L’autre piège, moins visible, se cache dans certains crackers et tuiles : des sucres ajoutés (dextrose, sirop de glucose, sucre inverti) viennent booster la glycémie là où on ne s’attend pas à en trouver. Une boîte Snack box Sun Snack vendue chez Aldi cumule par exemple quatre sucres ajoutés et dix additifs. Les promesses « sans conservateur » ou « riche en fibres » n’empêchent pas ce genre de dérapage, tout comme les chips Lays goût poulet rôti « sans colorant artificiel » mais avec cinq additifs dans la liste des ingrédients. Même les chips de lentilles ou de pois chiche, censées aider à manger plus de légumineuses et moins s’exposer au cadmium, peuvent renfermer plus de sel, plus de lipides et davantage d’additifs qu’un paquet de chips classique.
Nutri-Score et marketing “healthy” : une boussole qui déraille souvent
Le Nutri-Score est devenu un repère pour qui cherche des biscuits apéritifs sains, mais son utilisation reste loin d’être systématique. Selon la CLCV, seulement 68 % des biscuits apéritifs étudiés affichent cette note, avec un engagement plus fort des marques de distributeur (88 %) que des marques nationales (44 %). Parmi les produits notés, 56 % héritent d’un Nutri-Score D et 21 % d’un Nutri-Score E. Le mode de calcul a été revu, et l’association estime que 42 % des biscuits apéritifs qui affichent aujourd’hui un Nutri-Score verraient leur note se dégrader avec le nouvel algorithme, les industriels disposant encore de deux ans pour mettre à jour les emballages.
Autre limite : un bon Nutri-Score ne signifie pas une recette courte et peu transformée. Des chips de lentilles saveur oignons caramélisés de la gamme Natur’ et bon Vico affichent par exemple un Nutri-Score A tout en contenant trois additifs, quand des chips aux lentilles Léa Nature n’en comptent qu’un seul mais se contentent d’un Nutri-Score C. La CLCV rappelle que la longueur de la liste d’ingrédients reste un bon signal d’alerte : plus elle est fournie, plus le risque d’y trouver des additifs est élevé.
- regarder en premier la présence ou non du Nutri-Score,
- vérifier la teneur en sel, en acides gras saturés et en sucres ajoutés,
- compter le nombre d’additifs,
- préférer les recettes à liste d’ingrédients très courte.
Quelles vraies alternatives aux biscuits apéro pour les adultes… et même pour les bébés ?
Dans ce paysage peu enthousiasmant, quelques références tirent tout de même leur épingle du jeu. La CLCV met en avant des chips de pommes de terre Ramdam, qui ne contiennent que trois ingrédients et aucun additif, presque un cas d’école. Au rayon fruits à coque, les cacahuètes grillées nature Carrefour ne rassemblent que deux ingrédients et obtiennent un Nutri-Score A, bien loin des recettes enrobées très salées et sucrées comme les cacahuètes sauce barbecue Twinuts de Benenuts, qui cumulent quatre additifs, des sucres ajoutés et des arômes. Les mélanges de graines et de fruits peuvent aussi représenter une option plutôt saine, à condition de surveiller la teneur en sucre et de choisir des références où les fruits sont plus présents que les fruits à coque, comme le « cocktail » Carrefour Sensation. Cela reste peu au regard de l’avalanche de paquets moins appetissant sur le plan nutritionnel.
Le phénomène gagne même les rayons dédiés aux tout-petits, avec des gressins, mini-sablés, bâtonnets de fromage ou encas soufflés pour bébés de moins d’un an signés Blédina, Good Goût, HiPP ou Kiddylicious. 60 Millions de consommateurs a examiné 15 produits et en a classé 12 comme aliments ultratransformés. Un rapport du First Steps Nutrition Trust pointe que les encas salés pour bébés sous forme de bâtonnets, gressins ou galettes de riz présentent en moyenne des apports énergétiques et en sel parmi les plus élevés de tous les aliments pour tout-petits, avec 441 kcal pour 100 g et 0,35 g de sel pour 100 g. Des biscuits « formes et couleurs » Good Goût, proposés dès 10 mois, atteignent 0,42 g de sel pour 100 g (0,1 g pour 100 kcal), tout en restant dans les limites réglementaires. Certains encas, comme les Veggie Straws de Kiddylicious, ne contiennent que des traces de légumes (moins de 1 %), malgré un discours très axé sur ces ingrédients. Leur texture soufflée, qui fond instantanément en bouche, incite les enfants à manger sans faim et risque de perturber durablement l’apprentissage des sensations de rassasiement et de satiété décrit par l’experte en nutrition infantile Christine Zalejski.
En bref
- Une enquête de la CLCV et des analyses de 60 Millions de consommateurs passent au crible 219 biscuits apéritifs de 10 enseignes et plusieurs snacks pour bébés.
- Résultat : la plupart des produits, y compris les biscuits apéro dits sains ou pour tout-petits, sont très salés, riches en graisses, ultra-transformés et bourrés d’additifs.
- Le dossier détaille comment lire les étiquettes, repérer les rares biscuits apéritifs plus équilibrés et composer un apéro alternatif avec noix, crudités et recettes simples.





